Au cours de la décennie écoulée, les exportations canadiennes de services financiers ont progressé d’environ 10 % par an, selon un récent rapport de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes.

Le secteur des services financiers fait même partie des cinq services au pays les plus performants à l’international, en plus de figurer parmi ceux qui affichent le plus souvent un excédent commercial, souligne l’ACCAP.

Les assureurs canadiens sont aujourd’hui présents dans plus de 20 pays où ils détiennent 800 milliards de dollars d’actifs. Très concurrentielles à l’étranger, ces sociétés sont en pleine expansion. Entre 2005 et 2014, la part canadienne des exportations mondiales liées aux régimes de retraite et à des services connexes est passée de 0,18 % à 0,29 %, tandis que celle liée aux autres services financiers a bondi de 0,79 % à 1,35 %.

« AVANTAGE CONCURRENTIEL CONSIDÉRABLE »

« Le Canada possède un avantage concurrentiel considérable dans ces domaines. Ses entreprises de services financiers (ESF) figurent parmi les plus compétitives au monde, et le pays profite énormément de leurs activités internationales. En effet, non seulement elles contribuent fortement au produit intérieur brut et à l’emploi, mais l’expertise, l’innovation et le capital provenant de l’étranger sont en grande partie redirigés dans l’économie canadienne », applaudit l’ACCAP.

Toutefois, « si le pays peut être fier de cette réussite, nous commençons à peine à exploiter notre plein potentiel » et, pour améliorer encore la situation, le gouvernement fédéral pourrait « prendre certaines mesures concrètes afin de favoriser la croissance et d’assurer la compétitivité à long terme du secteur », ajoute-t-elle. Pour l’aider à « stimuler le commerce des assurances de personnes », l’Association a émis sept recommandations (voir l’encadré).

Selon l’Organisation mondiale du commerce, le commerce international des services d’assurance et des régimes de retraite canadiens a connu une croissance annuelle de 8 % au cours des 10 dernières années. Les exportations mondiales de services financiers ont triplé en 15 ans, tandis que l’ensemble des exportations du Canada, elles, ont quadruplé. Les souscriptions d’assurance de Manuvie au Japon ont, par exemple, progressé de 23 % par an en moyenne au cours de la dernière décennie et, en 2015, ses activités en Asie ont, pour le troisième exercice consécutif, enregistré un record en la matière. De son côté, la Financière Sun Life a elle aussi connu une forte croissance dans la région, où son bénéfice net est passé de 174 à 252 millions de dollars en 2015.

UN APPORT IMPORTANT À L’ÉCONOMIE CANADIENNE

Les opérations hors frontières des ESF canadiennes représentent « une source importante de capital » et constituent une part de plus en plus grande des revenus des institutions financières au pays, insiste l’ACCAP. À la fin de 2015, les assureurs de personnes y détenaient ainsi des actifs de 804 milliards provenant des titulaires de polices à l’étranger, soit une hausse de près de 20 % par rapport à la même période l’année précédente. Et d’après une étude menée par le Conference Board, 40 % des compagnies qu’il a sondées tirent jusqu’au quart de leurs revenus de transactions effectuées ailleurs qu’au Canada.

Cette réussite favorise l’expansion de l’industrie au pays, selon l’Association, qui indique que 791 000 personnes (4,4 % environ de la population active) travaillent aujourd’hui dans le secteur financier d’un océan à l’autre. À elle seule, l’industrie des assurances de personnes emploie quelque 150 000 Canadiens. L’ACCAP note qu’« il s’agit généralement d’emplois hautement spécialisés et bien rémunérés », puisque le salaire moyen dans les services financiers et d’assurance dépasse les 63 000 dollars annuellement, un montant nettement supérieur à la moyenne nationale de 49 000 dollars.

Cependant, pour « être en mesure de survivre dans des territoires de compétence étrangers », les sociétés canadiennes doivent « constamment veiller à ce que leurs pratiques commerciales soient les meilleures possible », insiste l’Association. Ce qu’elles font, si l’on en croit une récente enquête de Statistique Canada sur l’innovation et les stratégies d’entreprise, qui montre que près de 74 % des ESF ont déjà adopté de nouveaux produits et pratiques (optimisation des opérations, développement de produits et services innovants, etc.). « L’exposition de ces entreprises à de nouveaux marchés leur permet de maximiser leur avantage concurrentiel et d’étendre leurs chaînes logistiques mondiales », résume l’ACCAP.

« TROUVER L’ÉQUILIBRE ENTRE SÛRETÉ ET SOUPLESSE »

D’autres facteurs sont également déterminants pour accroître la présence des ESF à l’international, estime l’Association, notamment « un environnement au pays favorable, un cadre réglementaire sain dans le territoire de compétence hôte, une concurrence loyale avec les fournisseurs du marché du pays hôte, un cadre commercial international solide et exécutoire, et la coopération entre les autorités de contrôle en cause ».

« La capacité des institutions financières canadiennes de réussir à l’étranger dépend du régime réglementaire qui les régit au Canada, ajoute l’ACCAP. De saines politiques de réglementation peuvent profiter aux consommateurs et aux sociétés; par contre, des politiques incertaines, obscures ou trop lourdes peuvent freiner la compétitivité et la croissance. Un régime réglementaire équilibré est essentiel à la compétitivité de tout marché financier. »

L’Association en profite pour lancer une mise en garde au gouvernement fédéral : « Des normes de capital et des exigences réglementaires trop éloignées des normes internationales peuvent désavantager une industrie par rapport à ses concurrentes étrangères. Les organismes de réglementation doivent trouver le juste équilibre entre sûreté, solidité et souplesse. Ils doivent être conscients des répercussions que peuvent avoir les modifications réglementaires sur la compétitivité des entreprises, surtout si ces dernières livrent concurrence à l’étranger. »

« Un régime assurant de solides pratiques prudentielles, une surveillance efficace et la transparence sert au mieux les intérêts des consommateurs et des fournisseurs de services financiers », tandis qu’« une politique de commerce stratégique, jumelée à un environnement favorable au pays, permettra aux assureurs de personnes canadiens de prospérer sur la scène internationale », conclut l’ACCAP.

Les sept recommandations de l’ACCAP

  1. En élaborant des règles, les autorités de réglementation au pays devraient tenir compte du fait que les assureurs canadiens ont besoin d’être compétitifs à l’international, et veiller à ce que les exigences de capital et autres exigences réglementaires ne soient pas trop lourdes.
  2. Le Canada devrait accorder une attention particulière au secteur des services financiers dans le cadre des accords commerciaux internationaux qu’il conclut. Si les accords de libre-échange (ALÉ) en place ne couvrent pas ce secteur, il faudrait les actualiser.
  3. Le Canada doit continuer à prioriser ce type d’accords et ceux-ci devraient réserver une place majeure aux services financiers.
  4. Les ALÉ canadiens devraient couvrir des enjeux émergents liés au commerce, comme la circulation transfrontalière de données et les règles régissant les opérations commerciales que mènent les entreprises publiques.
  5. Ottawa devrait allouer plus de ressources afin que Statistique Canada améliore sa collecte de données issues du secteur des services, en particulier celui des services financiers. Le Canada devrait en outre continuer de travailler avec ses partenaires commerciaux et les organismes internationaux pour renforcer la cueillette de ces données.
  6. Les dialogues portant sur la politique du secteur financier et les missions commerciales devraient continuer d’être hautement prioritaires. Pour assurer le succès des missions commerciales, des visites d’État et de ces dialogues, le milieu des affaires devrait être consulté au préalable.
  7. Le gouvernement fédéral devrait entretenir un dialogue constructif avec les marchés clés de la zone Asie‐Pacifique, en particulier avec la Chine, qui intéresse fortement l’industrie canadienne des assurances de personnes. Un lien bilatéral avec ce pays doit donc rester prioritaire et s’inscrire dans la visée stratégique à long terme d’Ottawa, surtout quand on sait que le marché asiatique devrait compter pour 90 % de la croissance de l’industrie des assurances de personnes au cours des 10 prochaines années.

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