Un homme géant et une femme minuscule debout devant un coucher de soleil.
Photo : prazis / 123RF

Les excuses plus ou moins valables, les statistiques erronées et les réponses de mauvaise foi empêcheraient-elles le secteur bancaire aux États-Unis de progresser en matière de parité salariale entre hommes et femmes?

Dans un communiqué diffusé mardi, le groupe d’investissement activiste Arjuna Capital et le site web Proxy Impact répondent par l’affirmative, tout en mettant en garde les institutions financières contre ce genre d’attitudes.

« Les investisseurs américains ne sont pas dupes des fausses informations qui circulent au sujet du salaire médian des femmes et des minorités, par exemple, divulguées par la haute direction avant les réunions annuelles des établissements bancaires », expliquent les deux organisations. Celles-ci pointent en particulier JP Morgan, qui tenait mardi son assemblée annuelle à la Chase Tower de Chicago.

LES FEMMES DE COULEUR DISCRIMINÉES

La raison? Les dirigeants de la grande banque américaine demandaient aux actionnaires de voter « non » à une proposition d’Arjuna réclamant qu’elle divulgue son écart de rémunération médian global. « Une manière de s’opposer à la transparence en matière salariale » et de camoufler les inégalités existantes entre hommes et femmes, accuse le groupe activiste.

Histoire d’enfoncer le clou, ce dernier affirme que « Jamie Dimon et d’autres membres du conseil d’administration de JP Morgan adopteront le même comportement avec certaines institutions financières, notamment Bank of America, Bank of New York Mellon et Wells Fargo ». Leur but étant de « freiner les progrès accomplis dans la réduction des écarts de rémunération des femmes et des minorités ».

« Nous avons entendu beaucoup de commentaires de la part des entreprises qui ont rejeté notre proposition concernant l’écart de rémunération médian entre hommes et femmes, et également entre races. Malheureusement, nous constatons que, dans le cas de JP Morgan, celui-ci se situe à 26 % pour ses opérations au Royaume-Uni, par exemple », déplore Natasha Lamb, associée et directrice d’Arjuna Capital.

« Les grandes banques, comme les géants de la technologie et du commerce de détail, ne recruteront et ne fidéliseront pas les femmes simplement en proclamant qu’ils sont des leaders en matière de soutien à leurs employées. Pour mettre un terme aux discriminations à l’embauche au plus haut niveau de la hiérarchie, nous avons besoin d’informations précises et d’outils de mesure significatifs », ajoute la dirigeante.

Rappelant que le salaire médian est une mesure brute non ajustée utilisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour évaluer à la fois l’égalité de rémunération et l’égalité des chances dans le milieu professionnel, Arjuna Capital et Proxy Impact relèvent que, à tâche égale, les femmes blanches qui travaillent à temps plein aux États-Unis gagnent 20 % de moins que leurs homologues masculins. Et la situation est encore pire dans le cas des femmes afro-américaines, qui gagnent 40 % de moins, et dans celui des femmes latines (45 % de moins).

CALCULER LE SALAIRE MÉDIAN GLOBAL

« Lorsqu’elles sont confrontées à notre proposition de divulguer la rémunération médiane de leurs employés, Bank of America, Wells Fargo, Bank of New York Mellon, JP Morgan et d’autres sociétés récusent la validité de cette mesure. Et non seulement ils la refusent, mais ils continuent de mettre l’accent sur les anciens indicateurs centrés sur la notion d“un salaire égal pour un travail égal”. Mais le fait d’avoir un salaire égal ne représente que la moitié de l’histoire et ne suffit pas à remédier aux écarts très importants en matière de salaire médian, dus au fait que très peu de femmes occupent un emploi bien rémunéré », explique Michael Passoff, PDG de Proxy Impact.

« Aujourd’hui, les actionnaires de JP Morgan veulent détourner l’attention des investisseurs avec des données (…) prétendant faussement que l’équité salariale entre les sexes a déjà été réalisée au sein de l’entreprise grâce à une politique de salaire égal pour un travail égal », poursuivent les deux organisations, qui dénoncent un leurre.

« Calculer le salaire médian global constitue un moyen précis de mesurer l’équité entre les sexes en milieu de travail et de contribuer ainsi, entre autres, à la fidélisation des meilleurs talents. Contrairement à d’autres indicateurs, cet outil ne représente pas une approche trompeuse quant aux occasions offertes aux employées », concluent Arjuna Capital et Proxy Impact.