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Certaines banques en ligne françaises sont désormais en mesure de rivaliser avec les grandes institutions financières traditionnelles, rapporte Le Monde.

Alors que la Société générale, poids lourd de l’industrie bancaire dans l’Hexagone, a perdu plus d’un million de clients particuliers en l’espace de six ans, sa filiale Boursorama, leader français de la banque en ligne, s’apprête à passer le seuil des deux millions de clients. Et celle-ci ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’elle vise à attirer plus de trois millions de consommateurs à l’horizon 2021. D’ores et déjà, souligne le quotidien, les « néobanques » captent un tiers des ouvertures de comptes réalisées sur le marché français.

« Le secteur a le vent en poupe. Je n’ai plus à convaincre les clients de nous rejoindre comme il y a cinq ans. Et il faut que nous accélérions dans les deux ans qui viennent, car c’est maintenant que les parts de marché se prennent », indique Benoît Grisoni, directeur général de Boursorama.

« LA FORTERESSE N’EST PLUS IMPRENABLE »

Les atouts mis en avant par ces nouvelles banques sont principalement des tarifs plus avantageux que leurs homologues ainsi qu’une gamme très complète de produits de base, allant du crédit immobilier à l’épargne. « Nous ne promettons pas la Lune, mais nous sommes cohérents : le client est autonome, ce qui nous permet d’industrialiser nos processus et de rendre du pouvoir d’achat aux consommateurs », explique Benoît Grisoni.

Cette recette n’a cependant pas toujours connu un tel succès auprès du grand public, note Le Monde. Née au début des années 2000, Boursorama est par exemple longtemps restée une banque en ligne « confinée à une clientèle aisée et technophile ». Et il lui a fallu une quinzaine d’années pour atteindre, en 2017, le million de clients.

Jusqu’à récemment, l’arrivée du numérique et la multiplication des téléphones intelligents n’avaient eu qu’une faible incidence sur les grandes banques françaises, relève le journal. Mais la situation est en train d’évoluer et « la croissance désormais exponentielle de Boursorama montre que la forteresse n’est plus imprenable ». Curieusement, ajoute Le Monde, les consommateurs français ne semblent pas non plus effrayés à l’idée de confier leurs économies à des nouvelles fintech établies hors de l’Hexagone, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni.

UNE TENDANCE QUI S’ANNONCE DURABLE

Le processus entamé depuis quelques années a déjà commencé à faire évoluer les parts de marché, note également le quotidien français. Une étude du cabinet Bain & Company publiée en mars révèle ainsi que les banques en ligne ont gagné 14 % de clients par an au cours des trois dernières années, tandis que dans le même temps les banques traditionnelles perdaient de leur lustre.

Et la tendance n’est pas prêt de s’inverser, estime Le Monde sur la base d’un récent rapport de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Publié en octobre dernier, celui-ci montrait qu’un tiers des nouveaux clients avaient été attirés du côté des banques en ligne. « Par leur dynamisme commercial, elles sont devenues des acteurs incontournables de la banque de détail en France », soulignait alors l’institution chargée de surveiller l’activité des banques et des compagnies d’assurances en France.

Cette concurrence effrénée avec les établissements bancaires classiques coûte cependant beaucoup d’argent aux « néobanques », notamment en raison des services quasiment gratuits et des primes de bienvenue qu’elles versent aux consommateurs pour mieux les attirer. Résultat, elles ne parviennent pas, pour l’instant, à réaliser des profits (Boursorama, par exemple, a perdu 35 millions d’euros l’an dernier, soit 53 millions de dollars canadiens). « Les incertitudes restent nombreuses quant à la capacité des nouveaux acteurs bancaires à construire un modèle d’affaires rentable », conclut l’ACPR dans son rapport.