Photo : Dmitrii Shironosov / 123RF

Selon Morningstar, la proportion de femmes gestionnaires de portefeuille est passée de 10 % à 9 % de 2009 à 2015, malgré le fait que celles qui occupent ce poste obtiennent de meilleures performances que leurs collègues masculins. Actuellement, elles ne gèrent que 2 % des actifs.

Les femmes sont également sous-représentées du côté des analystes financiers. Pourtant, en analysant deux millions de prévisions provenant de 18 292 analystes, couvrant 21 107 actions, deux autrices constatent qu’elles prédisaient mieux les revenus des entreprises.

D’où vient donc cette absence de diversité ?

ThinkAdvisor présentait récemment la réponse d’Elisabetta Basilico, d’Applied Quantitative Analysis et de Tommi Johnsen, de la Reiman School of Finance, de l’Université de Denver. Les deux ont abordé le sujet ensemble dans un livre intitulé Smart(er) Investing : How Academic Insights Propel the Savvy Investor.

DES APPROCHES DIFFÉRENTES

Les autrices présentent d’abord des différences entre les approches de gestion des deux genres. Les hommes témoignent trop de confiance dans l’investissement et effectuent conséquemment un trop grand nombre de transactions. Les études montrent que ceux-ci concluent en moyenne 45 % plus de transactions que les femmes.

La différence est encore plus grande chez les célibataires. Les hommes qui n’ont pas encore trouvé l’âme sœur font 64 % plus de transactions boursières que les femmes dans la même situation. Sans surprise, les hommes paient aussi des frais de transactions plus élevés. Ils sont en moyenne de 2,65 %, contre 1,72 % pour les femmes. 

DES PRÉJUGÉS QUI SE PERPÉTUENT

Par ailleurs, bien que l’on ne trouve pas vraiment de différence sur les plans de la performance et du risque entre les fonds gérés par des hommes et des femmes, les investisseurs préfèrent les fonds gérés par les premiers. Cela pourrait diminuer l’envie des firmes d’embaucher des gestionnaires féminines, puisqu’ils craignent que des investisseurs se détournent de leurs fonds.

Les deux autrices notent aussi que si l’effet du réseau est crucial pour la carrière des hommes, il est plus marginal du côté de leurs collègues féminines. Selon elles, les préjugés de genre se créent à l’intérieur même de l’industrie financière. Pourtant, rappelle-t-elle, bien des recherches montrent que les équipes de gestionnaires mixtes, qui comptent sur des hommes et des femmes, récoltent de meilleures performances que leurs concurrents moins diversifiés.

Alors, comment faire pour s’ouvrir à la diversité des genres?

Voici cinq trucs qu’offrent les deux autrices.

1. Développer une image de marque de l’industrie financière qui souligne son ouverture aux femmes.

Cela devrait commencer par développer les meilleures pratiques à l’entrée dans les professions financières, afin d’y attirer les femmes à la fin de leurs études ou de leurs stages. 

2. Donner accès à du mentorat.

Les entreprises doivent s’assurer que les femmes qui entrent dans les entreprises sont parrainées et ont accès à des mentors. Les candidats juniors doivent pouvoir côtoyer des modèles plus expérimentés.

3. Réduire les préjugés dans les évaluations et les promotions.

Les jeunes femmes ont 24 % moins de chances d’être promues que leurs collègues masculins. 

4. Offrir plus de flexibilité et d’équilibre travail-vie personnelle.

Les sondages montrent que les femmes refusent parfois des postes plus élevés parce qu’ils entrent en conflit avec l’équilibre travail-vie personnelle. Les entreprises peuvent prévenir cela en développant des manières de travailler plus flexibles. 

5. Développer des cibles et des indicateurs de l’avancement de la diversité et se tenir responsable de leur atteinte. 

LA ROUTE EST LONGUE…

La diversité n’exige d’ailleurs pas des efforts que dans la gestion d’actifs. En octobre dernier, les autorités en valeurs mobilières du Canada présentaient leur plus récent rapport sur la représentation féminine dans les postes d’administrateurs et à titre de membres de la haute direction. Il portait sur 641 émetteurs, dont la fin d’exercice tombait entre le 31 décembre 2018 et le 21 mars 2019. 

Au total, le nombre de postes d’administrateurs occupés par les femmes est passé de 11 % en 2015 à 17,5 % en 2019. Les trois quarts (73 %) des émetteurs comptaient au moins une femme à leur CA, contre 49 % en 2015. Il reste tout de même un quart des conseils qui n’en compte aucune.

Par ailleurs, les femmes ne présidaient le conseil que chez 5 % de ces émetteurs, dont la moitié ne comptait aucune politique sur la représentation féminine. 

Il reste du chemin à faire…