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Les femmes sont sous-représentées à tous les niveaux du système financier mondial et réduire l’écart entre les sexes « favoriserait une plus grande stabilité du système bancaire et renforcerait la croissance économique », affirme le Fonds monétaire international.

Dans une étude publiée lundi, le FMI soutient qu’une meilleure inclusion de celles-ci en tant qu’utilisatrices, prestataires et régulatrices des services financiers présenterait plusieurs avantages, notamment en termes d’efficacité dans le domaine de la politique monétaire et fiscale.

Le document d’une quarantaine de pages relève ainsi qu’« un accès accru des femmes à un compte bancaire dans le monde pour effectuer des transactions financières, épargner et prendre des assurances peut avoir des avantages à la fois économiques et sociaux ». Par exemple, les commerçantes qui ont ouvert un compte de base auraient tendance à investir davantage dans leur entreprise, tandis que les ménages dirigés par une mère de famille dépensent souvent davantage pour l’éducation après avoir souscrit un plan d’épargne.

UN GRAND ÉCART « CHOQUANT »

Le rapport du FMI dénonce également « les grands écarts qui existent entre la représentation des hommes et des femmes aux postes de direction dans les banques et les organismes de surveillance partout dans le monde ». Il estime « choquant » de constater que ces dernières représentent aujourd’hui moins de 2 % des PDG des institutions financières de la planète, soit dans 15 des 800 banques sélectionnées dans 72 pays (dont la moitié aux États-Unis et 20 % en Europe), et qu’elles occupent, en moyenne, à peine 20 % des sièges dans leurs conseils d’administration.

Au total, seuls 4 % des établissements bancaires affichent plus de 30 % de représentation féminine. Du côté des organismes de surveillance, le tableau n’est guère plus reluisant puisque, dans les 115 pays étudiés, ils ne comptent en moyenne que 17 % de femmes.

Ce phénomène « contraste fortement » avec le nombre élevé de femmes détenant des diplômes pertinents, met en avant le FMI. Ainsi, ces dernières représentaient environ 30 % des diplômés en économie et près de 50 % des diplômés en sciences économiques et sociales, selon une étude de Credit Suisse menée en 2014. Même si cette proportion peut varier d’un pays à l’autre, le constat selon lequel les hauts cadres féminins dans le secteur de la finance sont largement sous-représentés est universel, insiste l’organisme international.

La situation est d’autant plus absurde, ajoute-t-il, qu’une plus forte proportion de femmes dans les conseils d’administration et la haute direction des établissements bancaires semble associée à une plus grande résilience financière. Et la situation est identique en ce qui concerne les conseils d’administration des agences de régulation bancaire, où une présence féminine accrue va souvent de pair avec une meilleure stabilité des banques. En fait, calcule le FMI, il suffirait de réduire d’environ 10 % le fossé qui sépare les femmes des hommes dans les CA des institutions financières pour que leur situation s’améliore dans l’ensemble.

LES PAYS RICHES SONT EN RETARD

Fait intéressant, note l’étude, cet écart n’est pas lié aux niveaux de revenu des pays. Au contraire, il est en général plus important dans les pays industrialisés que dans ceux en voie de développement. Résultat, la proportion de femmes dans les conseils d’administration de banques en Afrique subsaharienne a quasiment doublé entre 2001 et 2013, passant de 10 % à près de 20 %, alors que dans le même temps, celle-ci est passée d’environ 6 % à 13 % en Amérique du Nord. De son côté, la région de l’Asie de l’Est a enregistré un bond de 2 % à 14 %, tandis que celle de l’Amérique latine stagnait à 2 %.

Les auteurs de l’étude mettent par ailleurs en avant trois grandes raisons pour expliquer l’effet bénéfique d’une plus forte proportion de femmes au sein de la haute direction des banques et des organismes de surveillance. D’abord, expliquent-ils, elles sont parfois de meilleures gestionnaires de risques que leurs homologues masculins. Ensuite, « les pratiques discriminatoires en matière d’embauche peuvent signifier que les quelques femmes qui arrivent au niveau de la direction sont particulièrement bien qualifiées ». Enfin, le fait que davantage d’entre elles occupent de hauts postes « contribue à la diversité des idées, ce qui mène souvent à prendre de meilleures décisions ».