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Malgré leurs services très bon marché, les entreprises spécialisées en technologies de la finance ne risquent pas de supplanter les institutions financières traditionnelles, assure le PDG de la Banque Nationale.

Dans une entrevue accordée lundi au Journal de Montréal, Louis Vachon est catégorique : « Si leur modèle d’affaires c’est de remplacer les banques, bonne chance, c’est tout ce que je peux leur souhaiter parce que, nous, on ne se tassera pas. »

À l’appui de ses dires, le dirigeant soutient que les fintechs sont aujourd’hui très peu actives dans les marchés des capitaux, c’est-à-dire en matière de prêts aux gouvernements et aux grandes entreprises, mais qu’elles évoluent davantage « dans le prêt des particuliers et dans le système de paiement », qui ne représente que 15 % des revenus de la BN, explique le JdeM.

« COMBIEN DE FINTECHS FONT DE L’ARGENT? »

« Au-delà du bruit, combien de fintechs font beaucoup d’argent au Canada? Lesquelles ont des revenus importants? » se demande Louis Vachon. « Dans fintech, il y a le mot “fin” qui veut dire finance. Les gens de fintechs, il y en a beaucoup qui sont bons en technologie, mais pas très bons en finance », ajoute-t-il. Qu’il s’agisse de cybersécurité, de blanchiment d’argent ou de réglementation, le patron de la BN juge que les fintechs sont encore bien loin d’avoir acquis le niveau des banques traditionnelles. « Une des grandes faiblesses, pour nous, de travailler avec les fintechs, c’est que dans de nombreux cas elles n’ont pas beaucoup de rigueur [en matière de] cybersécurité », insiste-t-il.

Dans certains cas, précise le JdeM, l’équipe de sécurité de la Nationale serait ainsi parvenue « à pénétrer dans leur système souche en moins d’une demi-heure », ce qui montre la fragilité extrême de ces structures… et les risques qu’elles pourraient donc faire courir au réseau informatique d’une grande institution à laquelle elles seraient associées.

Louis Vachon se dit néanmoins conscient du fait que certaines d’entre elles parviendront un jour à tirer leur épingle du jeu et qu’il convient de tenir compte de leur existence. « Il y a de la caricature, c’est gonflé. Cela dit, le phénomène est réel, il y a des compagnies là-dedans qui vont vraiment réussir », reconnaît le patron de la BN, un établissement qui a prêté quelque 30 millions de dollars à huit d’entre elles au cours des derniers mois, selon le Journal.

DE L’INTÉRÊT POUR LA CHAîNE DE BLOCS

Interrogé par le quotidien montréalais, le dirigeant se dit par ailleurs préoccupé par cinq grands enjeux : l’intelligence artificielle (IA), la préservation de l’emploi à la BN, la « nature humaine » des activités du secteur, la montée en puissance des cryptomonnaies et l’émergence des chaînes de blocs (blockchain). Soulignant notamment que le groupe qu’il dirige a investi dans l’IA depuis environ cinq ans, il rappelle qu’une vingtaine de petits projets sont en cours dans ce domaine et qu’il vient de recruter Manuel Morales, un spécialiste en mathématique de l’Université de Montréal, pour occuper le poste de scientifique en chef en intelligence artificielle de la banque.

Louis Vachon affirme également qu’il est aujourd’hui impossible de prédire quelle sera l’incidence de l’automatisation des services en matière d’emplois. Il ne croit cependant pas que l’arrivée des nouvelles technologies aboutira forcément à la suppression de nombreux postes, même si, reconnaît-il, celles-ci génèrent des gains de productivité importants, notamment dans le cas des cambistes. Dans la foulée, le dirigeant se dit hostile au fait que la technologie supplante les humains. « La base de l’économie de marché, la base de la société, c’est la nature humaine. Ce n’est pas les algorithmes. Ce n’est pas les applications », insiste-t-il.

Le patron de la BN ne croit pas non plus à l’avenir des cryptomonnaies. « C’est déjà une bulle, c’est démontré. On était à 16 000 dollars, on est déjà rendu à 7000 dollars. Ce n’est pas une monnaie non plus. Tu ne peux l’utiliser pour payer à peu près nulle part », lance-t-il. Le dirigeant se montre en revanche intéressé par la technologie des chaînes de blocs, ce qui l’a incité à lancer récemment une émission de 150 M $US avec l’américaine J.P. Morgan tout en faisant la même chose en parallèle sur les chaînes de blocs. « Est-ce que ça va être plus rapide? Moins coûteux? Plus sécuritaire? On va voir dans un an », conclut-il.