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L’essor des robots-conseillers au cours de la dernière décennie s’est fait dans une période de croissance soutenue. Le retour de la volatilité et la perspective d’une éventuelle crise (qui finira bien par arriver) en amènent à se questionner sur la résilience de ces plateformes.

En 2020, l’actif sous gestion des robots-conseillers devraient atteindre 1 billion de dollars américains (1,33 billion de dollars canadiens), selon le Aite Group. À ce jour, la plupart des firmes numériques n’ont pas encore complété un cycle de marché complet. Elles ont donc eu beau jeu de comparer avantageusement leur performance par rapport à celle des fonds gérés activement. 

Cependant, les performances en dents de scie de 2018, année du retour de la volatilité, laisse penser que les startup ont un talon d’Achille, selon Financial-Planning.com. Dans un marché en baisse, les clients vont-ils continuer de confier leur pécule à des plateformes automatisées qui ne font généralement que reproduire des indices?

GÉRER LES COMPORTEMENTS

« En effet, nous craignons que sans accès à un conseiller, les clients des robots n’aient des réactions émotives à un marché baissier ou cèdent à la pression de s’ajuster aux produits qui, selon eux, les aideront le mieux à protéger leur actif », admet Craig Birk, PDG de Personnal Capital, un robot-conseiller hybride. Il a déjà noté que les clients des robots-conseillers sont rapides à augmenter ou réduire leur actif sur ces plateformes.

La faiblesse des robots ne viendrait donc peut-être pas tant de leur performance que du comportement de leurs usagers. En février, certaines plateformes ont connu des pannes en raison d’une trop forte activité suite à deux jours de forte volatilité sur les marchés. Le marché avait alors perdu 1 175 points et les investisseurs voulaient avoir accès à leur actif.

« Si la stratégie de portefeuilles diversifiés à bas frais peut être attirante, c’est l’élément du comportement qui pourrait causer problème aux robots lors de la prochaine correction boursière », renchérit James Gambaccini, PDG d’Acorn Financial.

PREMIÈRES PERTES

Les plateformes numériques ont rapporté des pertes en 2018, les premières pour la plupart d’entre elles. Les portefeuilles de croissance très exposés aux actions ont été les plus fortement touchés. La croissance moyenne des portefeuilles a diminué d’environ 1,5 % sur l’année. Des résultats qui sont en lien avec ceux du reste de l’industrie. 

Cependant, cette performance plus difficile ne s’est pas traduite par une fuite des capitaux. « Nos clients sont intelligents et ils tendent à maintenir le cap, soutient une porte-parole de Betterment. Nous savons aussi que c’est plus facile à dire qu’à faire et nous avons construit plusieurs garde-fous comportementaux pour décourager les réactions impulsives basées sur les mouvements du marché. »

Toutefois, lors d’une forte correction de marché, si les robots-conseillers n’offrent pas un service-conseil adéquat et disponible à leurs investisseurs, ceux-ci pourraient bien vouloir simplement liquider leur actif et récupérer leurs billes. En plus d’offrir du conseil, certaines firmes offrent des produits moins risqués pour éviter ce risque. Les clients qui veulent sortir du marché des actions à Wealthfront et Betterment ont accès à des comptes d’épargne à taux élevés (plus de 2 %). De tels comptes existent aussi au Canada, notamment à Wealthsimple.

LE RETOUR DE LA GESTION ACTIVE?

La gestion active pourrait aussi gagner en popularité chez les robots-conseillers en cas de marché baissier. « Les fonds gérés activement des compétiteurs qui ont sous-performé dans les récentes années pourraient soudainement devenir attractifs s’ils peuvent réduire les pertes dans un marché baissier », souligne Greg O’Gara, du groupe Aite. 

Greg Birk croit que les robots-conseillers pourraient reprendre une page du livre de jeu de Wall Street et élaborer de nouveaux produits jouant sur la peur des investisseurs. Mais John Stein, PDG de Betterment, n’achète pas cette vision. Selon lui, la gestion active n’est pas la panacée pour survivre à une marché baissier et elle saperait la mission de plusieurs plateformes numériques. 

Beaucoup plus négatif, Allan Katz, de Comprehensive Wealth Management, prédit que les robots-conseillers ne survivront pas à un vrai marché baissier. Selon lui, leurs algorithmes sont toujours basés sur les données passées et n’aident pas à s’adapter aux mouvements à venir. C’est bien sur une mer d’huile comme les marchés boursiers entre 2009 et 2018, mais il faut une gestion active pour maintenir la barque à flot lorsque la tempête se lève.