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Malgré le soutien continu du gouvernement, la reprise économique reste très incertaine et dépend en grande partie de la trajectoire du virus.

Les mesures de soutien directes et indirectes du fédéral, représentant 20 % du PIB canadien, ont évité une crise de solvabilité et retardé la réduction des leviers d’endettement « qui a caractérisé jusqu’à présent tous les cycles économiques de l’histoire moderne », a récemment affirmé Stéfane Marion, économiste en chef et stratège à la Banque Nationale, lors d’un panel de la conférence Global Risk Institute.

L’économiste a noté que bien que la baisse de la rémunération du travail soit la plus élevée jamais enregistrée, celle-ci a été compensée par des transferts gouvernementaux massifs aux ménages, qui ont entraîné une augmentation du taux d’épargne à 28 %. Ces transferts ont aussi permis une reprise en forme de V des ventes au détail malgré un taux de chômage élevé persistant.

« C’est incroyable : en pleine récession, c’est la plus forte augmentation du revenu disponible réel de l’histoire », a-t-il dit, ajoutant que les aides gouvernementales étaient peut-être trop généreuses.

Peter Levitt, vice-président exécutif et trésorier de la CIBC, a souligné que l’appui du gouvernement avait conduit les banques à accepter beaucoup plus d’argent en dépôts qu’elles n’en accordaient en prêts. Cela signifie que les banques n’ont pas eu à dépendre des liquidités de la banque centrale.

Le gestionnaire a déclaré que les dépôts sont « fortement dépendants » des programmes de soutien du gouvernement qui prendront fin à un moment donné, ce qui signifie que les clients pourraient retirer des fonds tout aussi rapidement.

« Il est important de noter que la mesure du risque de crédit n’a jamais été aussi complexe, car elle repose sur un ensemble de facteurs qui n’ont jamais été vus auparavant, a-t-il ajouté. L’interaction entre les fermetures économiques, le chômage, les programmes de soutien gouvernementaux et le comportement humain définit le risque de crédit futur. »

Selon lui, le point positif est que les solides bénéfices des banques canadiennes agissent comme un amortisseur important, et les niveaux de capital devraient être suffisants pour résister aux pertes.

LES RENDEMENTS SOUFFRIRONT LONGTEMPS

Au-delà de la reprise immédiate, les investisseurs doivent réfléchir aux tendances mondiales à plus long terme qui se sont accélérées pendant la pandémie, a prévenu Jonathan Hausman, directeur général et chef des relations stratégiques mondiales du Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario.

« C’est le moteur de l’agenda social qui, je pense, aura un grand effet sur les investisseurs, un grand effet sur les investissements de notre portefeuille et un grand effet sur notre politique à l’avenir », a-t-il souligné.

Il a averti que les investisseurs devraient se préparer à une période prolongée de rendements moyens inférieurs. Le nationalisme économique croissant fragmentera les marchés et réduira les bénéfices des entreprises en interrompant les chaînes d’approvisionnement et en mettant fin à l’arbitrage du travail. Une focalisation politique sur les inégalités affectera également les impôts sur les sociétés.

« Les titres à revenu fixe sont essentiellement absents aujourd’hui en termes de rendement bêta, ce qui rend la construction de portefeuille vraiment difficile », croit-il.

La mauvaise nouvelle pour le Canada, selon lui, est que la fragmentation du marché est particulièrement préjudiciable aux nations commerçantes, et le Canada ne devrait pas s’attendre à ce que les volumes d’échanges reviennent aux niveaux d’avant la pandémie.