Nos confrères d’Advisor.ca ont décortiqué quelques-unes des lettres envoyées par les conseillers aux Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) à l’occasion de la grande consultation menée pour trouver une alternative aux commissions intégrées. Et que disent-ils? Qu’ils en ont assez d’être considérés comme des bandits assoiffés par la fortune de leurs clients.

Mais quand diable suis-je devenu un mauvais garçon? s’interroge par exemple Brad O’Morrow, de O’Morrow Financial Services, dans sa lettre de commentaire sur la proposition d’interdire les commissions intégrées, résumant bien là un sentiment partagé par nombre de conseillers.

Rob Reid, de Reid & Associates Financial Solutions, va plus loin, affirmant que les autorités de régulation font plusieurs erreurs quant au rôle des conseillers. Il les accuse de les cantonner à une fonction d’exécutant, oubliant leur tâche fondamentale, à savoir conseiller.

Quant au gestionnaire de portefeuille Stan Penner, qui exerce depuis vingt ans, il raconte avoir vu des vies ruinées par des escroqueries du type placement sans prospectus, par des fausses déclarations ou des produits d’assurances surestimés… mais jamais par une taxe supplémentaire de 0,3 % sur un fonds commun de placement.

Alors pourquoi s’en prendre aux conseillers? Pourquoi les soupçonner tous de ne rouler que pour leurs intérêts? se demandent-ils. Alors même que, révèlent certaines lettres, les clients sondés ne souhaitent pas être facturés indépendamment de leurs investissements. Ils disent plutôt vouloir être informés et faire leurs propres choix en la matière.

INCOHÉRENCES

D’autres conseillers font valoir que les règles éthiques sont devenues telles qu’elles sont de nature à décourager les jeunes à se lancer dans une carrière de conseiller… alors même que l’industrie est en pénurie de main-d’œuvre.

Ils fustigent ainsi l’ampleur de la réglementation mais aussi ses incohérences.

Le conseiller Lorne Radke conteste par exemple l’obligation qui leur serait faite d’opter pour les fonds les plus performants, ceci démontrant selon lui une méconnaissance du marché. Il explique qu’en trente ans de carrière il n’a jamais constaté de corrélation significative entre les performances passées et futures, ajoutant qu’il suggère souvent d’investir dans des fonds sous-performants, surtout lorsqu’il connaît la société qui les émet et leur gestionnaire.

Son confrère Kay Crawford note quant à lui que les conflits d’intérêts, que le bannissement des commissions intégrées est censé éliminer, posent surtout problème au sein des banques et des compagnies d’assurance, et non chez les courtiers indépendants. Parce qu’elles ont leurs propres produits à vendre et parce qu’elles sont des organismes prêteurs, il en va de leur avantage de pousser leurs clients à emprunter de l’argent et à utiliser le crédit.

CONSÉQUENCES POUR LES PETITS INVESTISSEURS

Un autre estime d’ailleurs que la fin des commissions intégrées ne permettrait plus aux petits épargnants de s’offrir les services d’un conseiller indépendant et que toute cette frange de la population se tournerait vers le système bancaire. Ce qui aura forcément des conséquences en matière de choix d’investissement, chaque établissement ne proposant que ses produits maison.

Rappelons cependant que plusieurs institutions financières comme la Banque Nationale, la CIBC et Desjardins ont elles aussi pressé les autorités réglementaires de bien peser le pour et le contre avant d’abolir les commissions intégrées. Elles estiment en effet que cela pourrait avoir un effet disproportionné sur les investisseurs moins nantis.

Toutes ces voix viennent s’ajouter, entre autres, à celles de l’Association professionnelle des conseillers en services financiers, du Conseil des professionnels en services financiers (CDPSF) et de l’Institut des fonds d’investissement du Canada, qui eux aussi ont formulé des inquiétudes quant à une éventuelle élimination des commissions par les ACVM.