Un homme d'affaires courbé en deux, une flèche rouge vers le bas, au-dessus de lui.
Photo : bee32 / 123RF

Les signes d’une récession ne sont pas aussi évidents qu’on le pense, affirme Craig Jerusalim, gestionnaire de portefeuille, actions canadiennes pour Gestion d’actifs CIBC.

Cliquez ici pour entendre l’entrevue complète en baladodiffusion sur Gestionnaires en direct, de la CIBC

« Depuis que la courbe de rendement s’est inversée, on ne compte plus les manchettes pessimistes annonçant une récession imminente. Mais avant de vendre vos actifs risqués, mieux vaut prendre un pas de recul et adopter un point de vue holistique sur l’économie », dit Craig Jerusalim.

Seule, l’inversion de la courbe de rendement est insuffisante pour prédire une récession, croit l’expert. Lors des épisodes passés, elle était accompagnée de certaines circonstances aggravantes, comme la perception d’un ralentissement ou une fuite vers les obligations souveraines. Et elle n’a jamais été vraiment précise en matière de timing, puisque la récession est survenue en moyenne de 18 à 24 mois plus tard.

« Il est important de noter que l’environnement d’aujourd’hui ne ressemble à rien de ce qu’on a vu par le passé. On a 17 billions de dollars de dette gouvernementale à rendement négatif, qui tire vers le bas les taux nord-américains, en plus des politiques d’apaisement quantitatif des banques centrales. Ces deux éléments faussent la courbe des taux d’intérêt », dit Craig Jerusalim.

Selon lui, il y a six autres éléments importants à considérer avant de prédire une récession : l’emploi, l’immobilier, le marché du crédit, l’indice des directeurs d’achat (PMI), la confiance des petites entreprises, et la consommation.

En ce qui concerne l’emploi, M. Jerusalim retient le taux de chômage U6 selon la nomenclature américaine, qui inclut les chômeurs mais aussi ceux qui ont cessé de chercher un emploi et ceux qui ne peuvent travailler autant qu’ils le voudraient. Il est actuellement à 7 %, soit le plus bas depuis des décennies, et continue à descendre « à mesure que les citoyens qui avaient quitté la population active y retournent avec un optimisme renouvelé », note l’expert. Il ne voit donc aucune inquiétude de ce côté.

L’immobilier pourrait souffrir d’un excès de nouvelles constructions, qui ferait chuter les prix. Or, le marché américain n’est pas revenu à sa moyenne historique depuis la crise financière d’il y a dix ans. L’expert mentionne aussi les émissions de permis de construction, qui suivent une « tendance positive ».

« Du côté du PMI, il indique généralement une contraction quand il tombe sous la barre des 50, et une expansion au-delà. Il est peu au-dessus de 50 dans le secteur manufacturier à travers le monde, mais lorsqu’on le combine avec les services, il est en pleine zone d’expansion », dit Craig Jerusalim.

« Le marché du crédit reflète encore un environnement d’accommodation. Les écarts de crédit avec les obligations de sociétés de catégorie investissement sont encore bien en-dessous des moyennes à long terme et très loin des niveaux où ils pourraient sonner l’alarme », poursuit-il.

« Les petites entreprises, qui sont le moteur de l’économie américaine, sont encore optimistes. Cela augure bien pour leurs perspectives de recrutement, d’investissement et de croissance. Enfin, la consommation se porte très bien de quelque façon qu’on l’observe. On peut donc dire que les tendances sont plutôt positives ! » affirme Craig Jerusalim.

Sa conclusion : la raison doit l’emporter sur l’émotion.

« Même si votre intuition vous dicte de vendre vos actifs, les données signalent une expansion économique malgré ce que certains médias en disent. Au fond, on est toujours mal avisé d’essayer de tirer parti d’une différence de valeur dans une période de temps (market timing). L’essentiel est d’investir dans des entreprises de haute qualité avec des états financiers stables et une position concurrentielle avantageuse, de façon à profiter d’un cumul du capital à long terme. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.