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La transition vers une économie sobre en carbone expose les institutions financières à des chocs économiques importants. Pour bien évaluer les risques climatiques, le secteur financier dispose de l’analyse de scénarios qui s’avère un outil plus efficace que les modèles économiques traditionnels, selon un récent rapport publié par la Banque du Canada et le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF).

Le document fournit les résultats d’un projet pilote sur l’analyse de scénarios climatiques que les deux organisations ont mené avec la collaboration de six institutions financières canadiennes. Ces différentes hypothèses aideront le secteur financier à cerner, mesurer et communiquer les risques climatiques.

Elles conviennent mieux que les modèles économiques, car les changements climatiques s’opèrent à l’échelle de la planète et sont complexes, et les risques qui en découlent concernent le très long terme. En outre, l’évolution des nouvelles technologies et des politiques visant à combattre les changements climatiques est très incertaine.

DES CHANGEMENTS STRUCTURELS PROFONDS

Les auteurs du rapport tiennent à préciser que ces scénarios ne constituent pas des prévisions ni des prédictions. Ils illustrent plutôt diverses conséquences possibles de la transition, dont certaines intentionnellement défavorables, vers un monde sobre en carbone.

Il est clair que l’atteinte des cibles climatiques entraînera des changements structurels profonds au sein des économies. Les pays qui auront le plus de difficultés à assurer cette transition sont ceux qui ont de grands secteurs à fortes émissions de carbone, comme le Canada.

À noter que les scénarios sont fondés sur des hypothèses très prudentes quant à l’évolution des technologies vertes. Ils ne rendent donc pas compte des effets perturbateurs potentiels de ces technologies ni des possibilités qu’elles pourraient offrir.

Lancé à la fin de 2020, le projet pilote s’est appuyé sur les travaux du Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS). L’organisme, qui a été le premier à recourir à l’analyse de scénarios, définit et préconise les meilleures pratiques concernant la gestion des risques climatiques dans le secteur financier.

La Banque du Canada et le BSIF ont été encore plus loin en étudiant les effets potentiels de ces risques sur des secteurs particuliers de l’économie, dont l’agriculture, l’énergie primaire, l’électricité, le transport, etc.

Le projet pilote a également permis de connaître le niveau de maturité des pratiques de gouvernance et de gestion du risque des institutions financières canadiennes, et leur état de préparation, vis-à-vis des enjeux climatiques. En règle générale, les institutions financières commencent à peine à mettre sur pied leurs capacités d’évaluation des risques associés à la transition climatique. Le constat est le même dans les secteurs privé et public.

Il y a donc place à l’amélioration en ce qui a trait à la collecte des données sur les expositions et les vulnérabilités. Il serait également important que plus d’organisations aient recours à l’analyse de scénarios.

La Banque du Canada passera à l’action en renforçant sa capacité à évaluer les implications des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents, ainsi que l’incidence de la transition vers une économie sobre en carbone sur la croissance de la production potentielle, le marché du travail et l’inflation.

« Les changements climatiques auront des répercussions économiques et financières profondes. La Banque s’est donc engagée à élaborer de nouveaux modèles et de nouvelles méthodes pour mieux comprendre les effets physiques de ces changements et l’incidence de la transition climatique sur l’économie canadienne », affirme Toni Gravelle, sous-gouverneur de la Banque du Canada.

« Ce projet pilote montre que les secteurs public et privé doivent unir leurs efforts afin de veiller à ce que l’économie et le système financier soient fin prêts pour la transition vers une économie sobre en carbone », ajoute-t-il.

Le BSIF a quant à lui publié une lettre aux institutions financières qui fournit des lignes directrices préliminaires sur la gestion des risques climatiques à l’intention des institutions sous réglementation fédérale.