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La recrudescence des cas de fraude financière observée en ces temps de crise sanitaire remet cette importante question à l’ordre du jour. Que pouvez-vous faire pour aider vos clients qui sont dans cette fâcheuse position?

Il n’y a pas que les cas de COVID-19 qui se multiplient au pays; ceux de fraude aussi. Le Centre antifraude du Canada fait état d’une explosion du nombre d’arnaques attribuables au nouveau coronavirus dans les dernières semaines : faux avis envoyés par Hydro-Québec, versement immédiat de compensations gouvernementales, imposteurs qui encouragent à investir dans de nouvelles actions prometteuses liées au virus… Les scénarios échafaudés par les fraudeurs pour soutirer de l’argent à leurs victimes vont dans tous les sens. Tous, sans exception, misent sur la vulnérabilité à laquelle plusieurs sont actuellement confrontés.

« Le contexte actuel est très propice à la fraude. Tout le monde est concerné de près ou de loin par la situation, pas seulement les personnes âgées ou défavorisées », constate Sylvain Théberge, porte-parole de l’Autorité des marchés financiers (AMF), en entrevue avec Conseiller.

Le gendarme financier s’attend d’ailleurs à voir bondir le nombre de cas de fraude qui lui seront rapportés dans les prochains mois. Les victimes perdent en moyenne 20 000 $ chacune, rappelait l’AMF en mars à l’occasion du Mois de la prévention de la fraude.

« La question n’est pas de savoir si ça va arriver, mais bien quand et comment », regrette le porte-parole.

LA PRÉVENTION AVANT TOUT

En matière de fraude comme d’épidémie, mieux vaut prévenir que guérir. Michel Mailloux, planificateur financier spécialisé en déontologie financière, suggère aux conseillers d’aiguiser la vigilance de leurs clients vis-à-vis l’investissement en ces temps de crise sanitaire.

« De manière générale, quand c’est trop beau pour être vrai, ce ne l’est probablement pas. Il faut communiquer ce message », affirme-t-il. À ce chapitre, vos clients gagnent à jeter un coup d’œil à la Liste noire de sites Web et de compagnies sollicitant illégalement des investisseurs et au Registre des entreprises et des individus autorisés à exercer de l’AMF.

Plusieurs signes ne mentent pas quand il est question de fraude de nature financière : transferts d’argent inhabituels dans le compte d’un client, signatures suspectes ou contrefaites et demandes pressantes provenant d’individus ou de proches non autorisés sont autant de drapeaux rouges qui doivent alerter le conseiller. En fait, une modification, même banale, dans un document appartenant à un client devrait lui mettre la puce à l’oreille, estime Michel Mailloux.

« Il lui faut savoir utiliser son gros bon sens et éviter de fonctionner sur le pilote automatique. Son rôle en est un de sentinelle », dit ce spécialiste de la conformité et de l’éthique.

En cas de doute, le professionnel doit pousser plus loin son enquête, tout en s’assurant de ne pas outrepasser les limites fixées par la loi, notamment celle sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé.

C’est pourquoi il est judicieux, dès l’ouverture de compte, de faire signer aux clients vulnérables un formulaire de tiers intervenants. En cas d’urgence, le conseiller pourra donc contacter les individus de confiance dont le nom y est inscrit. Lors de son enquête, il doit en outre veiller à poser des questions ouvertes sans brusquer le client.

« Personne n’avouera qu’il s’est fait frauder. On doit tâter le terrain, éviter de personnaliser les questions », souligne Michel Mailloux.

RÉPARER LES POTS CASSÉS

Malgré toutes ces précautions, certains investisseurs tombent malheureusement dans le filet des fraudeurs. Le conseiller, avec l’accord de la victime, gagne alors à diriger cette personne vers les autorités compétentes. Dans tous les cas, le premier réflexe devrait être de contacter l’AMF.

« Même si nous nous occupons surtout des cas de manquements à la réglementation en place, nous pouvons rediriger des dossiers vers les bonnes ressources, notamment policières. Dans les dernières années, nous avons aussi développé des ententes avec les Centres d’aide aux victimes d’actes criminels des différentes régions du Québec », indique Sylvain Théberge.

Michel Mailloux insiste pour sa part sur l’importance de signaler rapidement les cas de fraude financière. « Deux jours, c’est mieux que deux semaines ou deux ans… Le plus vite on agit, moins graves seront les conséquences », fait-il valoir.

Selon la nature de la fraude, la victime peut faire appel au service de traitement des plaintes de son institution financière. Si l’auteur du manquement ou du crime est inscrit auprès de l’AMF, la personne peut alors compter sur le Fonds d’indemnisation des services financiers. Mais dans tous les cas, le mieux reste la prévention. Rappelez à vos clients d’être vigilants et de vérifier à qui ils ont affaire avant de puiser dans leurs poches.