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On fait grand cas de la croissance fulgurante de l’industrie des fonds négociés en Bourse (FNB) au Canada au cours des dernières années. Et s’il y avait un peu plus de fumée que de flammes?

Un article publié récemment dans le Financial Post soutient que les données concernant les actifs sous gestion seraient gonflées, car certains actifs seraient comptabilisés en double. Au total, jusqu’à 15 milliards de dollars d’actifs pourraient faire l’objet de cette comptabilité généreuse. Cette façon de compter s’appliquerait particulièrement aux actifs détenus dans des « fonds de fonds ».

La plupart des grands joueurs de FNB au Canada ont lancé des FNB de FNB, qui rassemblent dans un même fonds plusieurs autres FNB, plutôt que des titres individuels. Cela permet de répartir les actifs dans plus d’un fournisseur de FNB de base. Les investisseurs aiment bien ces fonds qui leur permettent de détenir des milliers de titres, plutôt que des centaines dans un FNB régulier. Toutefois, lorsque les actifs sous gestion sont calculés, les actifs des fonds de fonds sont comptés une fois comme actif de ces produits et une autre fois comme actif du FNB de base.

TOUT LE MONDE LE SAIT

Chez les professionnels et les chercheurs universitaires, il s’agirait là d’un secret de Polichinelle. Ce serait même une convention dans l’industrie. Le but est bien sûr de faire paraître certains fournisseurs de FNB et l’industrie des FNB elle-même comme plus gros qu’ils ne le sont. Selon la Banque Nationale du Canada, les actifs sous gestion passent de 188 à 173 milliards de dollars lorsque l’on élimine ce dédoublement, une baisse de près de huit pour cent.

« Le comptage en double est une tactique de mise en marché, une démonstration de force », soutient Mark Noble, vice-président principal, stratégies FBN de Horizons ETF. Selon lui, cela vient du fait que le facteur décisif pour les investisseurs lorsque vient le temps de choisir un FNB dans une catégorie d’actif est sa taille. Ils tendent à acheter le plus gros. 

Horizons utilise cette manière de rapporter les actifs, tout comme BMO, le deuxième plus grand fournisseur de FNB au Canada. Le Financial Post a calculé que BMO détenait 59,91 G$ au 7 octobre en actifs sous gestion dans ses FNB. En éliminant les actifs comptés en double, le quotidien arrive plutôt à un total de 52,93 G$, une différence de plus de 11 %. 

PAS INTERDIT

Daniel Straus, vice-président des FNB et des recherches sur les produits financiers à la Banque Nationale du Canada, rappelle que cette double comptabilité externe n’a rien d’illégal. Selon lui, elle ne place pas non plus les investisseurs à risque. À son avis, la taille des actifs dans une firme de fonds n’a de réelle signification que pour les gestionnaires et les actionnaires de cette entreprise. 

Les données comprenant les actifs comptés deux fois sont utilisées dans les recherches de la Banque Nationale et de Strategic Insight’s, des documents publiés sur le site de l’Association canadienne des FNB (CEFTA) et utilisés par cet organisme lors de ses discussions avec les autorités gouvernementales au sujet de la croissance de l’industrie. La directrice principale de CEFTA, Pat Dunwoody, a confié au Financial Post qu’elle avait toujours cru que la double comptabilité avait été retirée de ces documents. 

Cette approche risque de prendre encore de l’ampleur avec la croissance de l’industrie et la multiplication des produits. Il deviendra bien difficile pour les investisseurs de se faire une idée précise de la taille de l’industrie et de sa croissance réelle.