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À moins d’un incident majeur, le Canada a les cartes en main pour conjurer la morosité en 2020, croit Avery Shenfeld, économiste en chef de la CIBC.

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« Nous avons traversé une période intéressante où les États-Unis ont baissé leurs taux d’intérêt pendant que le Canada les gardait inchangés. Une partie de l’explication est que la Fed a poussé plus haut son taux directeur, jusqu’à près de 2,5 %, tandis que la Banque du Canada entrevoyait avec raison un ralentissement et plafonnait son taux à 1,75 % », observe Avery Shenfeld.

Le taux à un jour américain est désormais plus bas que le canadien, qui devrait être abaissé en conséquence au cours du premier trimestre pour éviter une hausse du huard et préserver la vitalité des exportations, prévoit l’expert. Cela donnera aussi au Canada une « assurance » contre les effets négatifs de la morosité économique au niveau mondial.

« Les perspectives de croissance pour les deux pays doivent prendre en compte le fait qu’ils sont tous deux près du plein emploi. Dans ce contexte, il va être difficile pour l’économie américaine de dépasser les 2 % dans les prochaines années, et nous nous attendons même à 1,7 % pour 2020. La croissance sera médiocre, mais suffisante pour maintenir un presque plein emploi », dit Avery Shenfeld.

« Au Canada, la croissance devrait demeurer autour de 1,5 % comme dans l’année passée, ce qui est un peu faible pour maintenir l’emploi, et on devrait voit une légère hausse du chômage. Cela reflète le fait que nous sommes davantage dépendants du commerce mondial que nos voisins du Sud, et nous ressentirons davantage une éventuelle récession en Europe ainsi que le ralentissement en Chine. Mais avec la baisse des taux de par le monde, et espérons-le, la résolution des conflits commerciaux qui ont secoué 2019, on peut s’attendre à voir la croissance canadienne reprendre un peu en 2021. Elle restera modérée cependant étant donné le marché de l’emploi presque plein en Ontario et au Québec », pense l’économiste.

Qu’en est-il des rumeurs de récession dont on parle depuis des mois? Selon Avery Shenfeld, le Canada a encore moyen de l’éviter si tout va bien.

« Une année sur dix connaît une récession en moyenne, alors on ne peut écarter ce risque pour 2020. Et avec la faiblesse de certains de nos partenaires, la morosité actuelle de l’économie mondiale pourrait bien se changer en récession. Mais je crois que le Canada peut l’éviter. Par exemple, l’Europe a connu une récession en 2012 et l’Amérique du Nord n’a pas été affectée », dit-il.

« La Banque du Canada a encore de la marge pour baisser les taux d’intérêt, et le gouvernement fédéral peut mettre en œuvre des programmes de relance budgétaire. Si l’économie venait à s’affaiblir, ces outils pourraient y injecter un surplus de pouvoir d’achat. Bien que je n’écarte pas le risque d’une récession, les chances sont bonnes pour qu’avec les bonnes initiatives politiques, le Canada et les États-Unis l’évitent. Le plus grand risque serait de voir la guerre commerciale sino-américaine s’échauffer davantage : cela ajouterait une pression à l’économie mondiale que le Canada aurait du mal à éviter. Mais à ce point-ci, le scénario le plus probable est que nous traverserons la morosité. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.