La représentation féminine au sein des conseils d’administration progresse trop lentement au pays, notamment dans le secteur de la finance, rapporte Le Devoir dans son édition d’hier.

Citant des extraits d’un rapport de Louise Champoux-Paillé, administratrice auprès de plusieurs sociétés et ex-présidente du Cercle des administrateurs de sociétés certifiés, le quotidien relève que même si la réglementation canadienne est entrée en vigueur il y a plus de deux ans, un grand nombre d’entreprises ne se sont toujours pas fixé d’objectifs de mixité pour leur haute direction.

Louise Champoux-Paillé dit néanmoins « constater une amélioration constante, mais légère » des éléments suivants : le nombre de femmes siégeant aux conseils d’administration, le nombre de compagnies qui se sont dotées d’une politique de diversité et le nombre d’entreprises comptant trois administratrices et plus. Et elle ajoute que, parmi les candidatures proposées à des postes d’administrateurs, 43 % sont féminines, « ce qui s’inscrit dans la tendance observée depuis les dernières années ».

TROP FAIBLE PROGRESSION

D’après les données fournies par les plus importantes sociétés canadiennes cotées en Bourse, le taux de représentation féminine au sein des conseils d’administration atteignait 26,7 % à la mi-avril, comparativement 24,4 % en 2016 et à 20,7 % en 2014, précise Le Devoir.

Dans les postes à responsabilité élevée, la représentativité féminine demeure cependant faible, à 21 %, observe Mme Champoux-Paillé, qui note que près du tiers des entreprises n’ont toujours pas établi de politique pour l’accroître au sein de leurs conseils d’administration. De plus, seule une petite minorité se sont fixé des objectifs quant aux postes de haute direction, soit 13 %, contre 40 % pour les postes d’administrateurs.

Rappelant que les autorités canadiennes de réglementation en valeurs mobilières ont choisi de régler cette question en laissant aux directions des entités qu’elles supervisent le soin de « se conformer ou s’expliquer », Le Devoir constate que, ce faisant, « les entreprises sont ainsi devant un engagement moral mais non contraignant auprès des actionnaires et des investisseurs ».

INSTAURER DES QUOTAS?

Une approche qui, selon Louise Champoux-Paillé, n’est pas forcément très efficace, en tout cas moins que celle des quotas, instaurée par exemple dans plusieurs pays européens. « Le Québec a favorisé cette voie pour ses sociétés d’État de grande taille en 2006 et a obtenu, après cinq ans, les résultats souhaités. La France, la Norvège, le Danemark et la Suède ont également atteint une représentation féminine supérieure avec une stratégie de quotas », souligne l’administratrice.

« L’expérience actuelle de la réglementation canadienne requiert que nos autorités réglementaires et nos gouvernements soient plus fermes et demandent aux dirigeants de nos organisations d’accroître leurs efforts en l’inscrivant dans une politique nationale de parité », ajoute-t-elle. Son rapport montre que la proportion de femmes dans les conseils d’administration d’entreprises dotée d’une politique officielle de mixité atteint 28,7 %, contre 22,2 % lorsqu’une telle politique n’existe pas.

L’an dernier, la présidente de l’Association des femmes en finance du Québec dressait déjà un constat similaire. « On compte encore à peine 19 % de femmes dans les conseils d’administration. Les progrès sont lents. On ne voit pas de changement notable à ce stade», déplorait alors Dana Ades-Landy, affirmant qu’elle s’employait activement à accroître la présence féminine au sein des conseils d’administration dans la province.