Quatre personnages observent une courbe de rendement.
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Des experts croient que la nouvelle saison des résultats qui approche sera éclipsée par le climat économique plus large, les taux d’intérêt et les données sur l’inflation étant plus étroitement surveillés que les rapports des entreprises individuelles.

Et de leur côté, plusieurs entreprises annoncent une saison de bénéfices sans éclat pour une grande variété de raisons, dont plusieurs sont mondiales.

Avec des données économiques montrant un ralentissement à la fin de 2022 et des économistes divisés sur la question de savoir si 2023 sera le théâtre d’une récession ou d’un atterrissage en douceur, les bénéfices des entreprises donneront un aperçu de la façon dont les entreprises ont résisté au dernier trimestre de l’année _ et de ce qui les attend pour l’année à venir.

« Il ne manque pas de vents contraires ayant une incidence sur les bénéfices, comme une demande réduite, des stocks gonflés et des coûts plus élevés », a souligné Lesley Marks, directrice des placements en actions chez Placements Mackenzie.

Par exemple, le fabricant et détaillant de vêtements d’exercice Lululemon a relevé ses prévisions de revenus, mais a abaissé ses prévisions de marges, affirmant que la société naviguait dans un « macrocontexte dynamique ». Le fabricant de parkas de luxe Canada Goose a pour sa part précédemment révisé ses perspectives pour l’année 2022 en raison d’une baisse des ventes en Chine.

Certaines entreprises affirment que les bénéfices du dernier trimestre de 2022 seront affectés par les conditions météorologiques, comme Cenovus Energy, qui s’attend à ce que la production de sa raffinerie soit plus faible en raison des conditions météorologiques hivernales extrêmes, des problèmes opérationnels et des pannes de pipelines de tiers.

Cependant, certains croient que le marché pourrait être agréablement surpris par l’ensemble des profits.

« Il y a généralement une vision pessimiste alors que nous approchons de la saison des bénéfices, dans les bons comme dans les mauvais moments », a affirmé Michael Currie, conseiller principal en placement chez Gestion de patrimoine TD. Celui-ci estime que le pessimisme est souvent exagéré.

À l’heure actuelle, le tableau économique global de l’inflation et des taux d’intérêt est beaucoup plus important pour les investisseurs que les rapports sur les bénéfices individuels, a ajouté Michael Currie.

UN RALLIEMENT MOINS PROBABLE

En 2022, les investisseurs étaient toujours dans l’attente d’un nouvel événement indésirable, a souligné Greg Taylor, directeur des investissements chez Purpose Investments. Ils anticipaient une crise chaque nouvelle saison des résultats, puis se ralliaient avec soulagement lorsque les résultats étaient meilleurs que prévu.

Cette situation semble se répéter à l’approche de la première saison de résultats de 2023, a observé Greg Taylor, mais il reste à voir si les résultats offriront de quoi pour un éventuel ralliement.

« On a l’impression que les entreprises ont fait un travail décent en contrôlant les dépenses », a-t-il noté.

Cependant, les marchés ont commencé 2023 avec un rebond, donc s’il y a une reprise de soulagement, elle pourrait être modérée, car elle ne fera pas suite à un creux semblable à ceux observés lors des saisons de résultats précédentes, a-t-il noté.

Cette saison, l’accent sera mis en grande partie sur ce que les entreprises ont à dire sur leurs perspectives pour 2023, a estimé Angelo Kourkafas, stratège en investissement pour la firme Edward Jones.

« Il y a beaucoup d’incertitude macroéconomique et les investisseurs vont rechercher des signes, rechercher tout type d’orientation pour l’année », a-t-il expliqué.

Mme Marks a souligné que les attentes du marché pour les résultats de 2023 semblaient un peu élevées en ce moment, mais elle croit que les investisseurs pourraient abaisser la barre une fois qu’ils auront vu les perspectives des entreprises à partir des résultats du quatrième trimestre.

« Il sera intéressant de voir si, lors de la saison des rapports sur les résultats du quatrième trimestre, nous voyons ces attentes en matière de bénéfices commencer à diminuer pour cette année », a-t-elle affirmé.

Certains des premiers rapports financiers dévoilés se sont révélés corrects, a indiqué Greg Taylor, les revenus restant solides, même si les marges commencent à faiblir. Mais les résultats des banques américaines sont ceux que tout le monde attend de vraiment regarder, a-t-il affirmé.

« Il y a une certaine nervosité et tout le monde essaie toujours de comprendre comment le consommateur va faire face à des taux hypothécaires plus élevés et aux coûts d’intérêt plus élevés, a-t-il expliqué. Mais cela (…) pourrait être une chance pour les gens de vendre sur la rumeur et d’acheter sur les nouvelles. »

Jusqu’à présent, les entreprises ont été relativement silencieuses en ce qui concerne les prévisions de bénéfices, a observé Greg Taylor.

Il prédit une dispersion plus large que d’habitude des résultats entre les entreprises et les industries, ce qui se favorisera davantage la sélection de titres individuels chez les investisseurs.

RÉVISIONS À LA BAISSE AU COURS DE L’ANNÉE?

Les bénéfices du détaillant de vêtements Aritzia, dévoilés jeudi, sont un bon exemple des difficultés que certaines entreprises ont rencontrées avec les stocks et la demande, dans un contexte de volatilité géopolitique, a souligné Mme Marks.

La société a vu ses ventes augmenter, mais elle est également prise avec des stocks gonflés.

Même si certaines entreprises ont déjà signalé que leurs profits pourraient être amoindris, Angelo Kourkafas pense qu’il y a de la place pour de bonnes nouvelles.

« Nous savons, sur la base des données rétrospectives (que) la demande des consommateurs a assez bien résisté au quatrième trimestre de l’année dernière, donc j’imagine, étant donné que la barre a été abaissée à l’approche de la saison des résultats, que les bénéfices pourraient être décents », a-t-il analysé.

Cependant, Angelo Kourkafas croit que les bénéfices risquent toujours d’être révisés à la baisse au fil de l’année.

« Je pense que le risque sur les bénéfices est clairement devant nous, a-t-il affirmé. Je ne pense pas que cela soit pleinement pris en compte dans les estimations consensuelles actuelles. »

D’autres s’accordent à dire que la nouvelle année continuera de voir la volatilité qui a caractérisé 2022.

« L’année 2023 s’annonce comme une année cahoteuse, ennuyante et en dessous de la moyenne », a prédit Ashish Utarid, vice-président adjoint de la stratégie de placement chez IG Gestion de patrimoine.

Cependant, il croit que les investisseurs abordent les bénéfices avec un certain optimisme, ayant déjà intégré le déclin attendu de la croissance il y a six à huit semaines.

« Le S&P 500 a connu un assez bon rebond au cours du dernier mois, a-t-il souligné. Donc, les gens sont un peu plus optimistes (…) malgré une récession manufacturière et (une) récession des bénéfices. »