Dans un récent article, Financial Advisor IQ se demande pourquoi si peu de femmes souhaitent devenir des professionnelles du conseil financier aux États-Unis. Serait-il possible que plusieurs d’entre elles aient une vision trop négative – et fausse – du métier?

L’époque serait pourtant propice à l’arrivée massive de conseillères. Les femmes ont de plus en plus de richesses à gérer et nombre d’entre elles recherchent des professionnels pour les appuyer. Pourtant, si l’on se fie à une récente étude du CFP Board, aux États-Unis, elles ont bien plus de chance d’être servies par un homme que par une femme.

Les femmes représentent un tiers des conseillers en services financiers aux États-Unis et moins d’un quart des planificateurs financiers certifiés, selon le CFP Board. Au Québec, 33 % des 240 nouveaux diplômés de l’Institut québécois de planification financière étaient des femmes en 2016, selon le rapport annuel de 2017.

UN MÉTIER PEU CONNU DES FEMMES

Comment expliquer une telle désaffection de la profession par les femmes? Dans Financial Advisor IQ, Garrett Keyes avance une hypothèse : et si la vision exagérément négative que les femmes ont du métier leur coupait l’envie d’y entrer?

Il cite Kathleen McQuizzan, conseillère spéciale sur la diversité de genre du CFP Board, selon qui une grande partie du problème de recrutement des femmes serait l’échec de l’industrie à leur présenter positivement cette carrière.

Dans la recherche réalisée par le CFP Board, on constate en effet que les femmes en connaissent assez peu la profession de planificateur financier. Parmi celles qui ne font déjà partie de l’industrie, seulement 22 %, contre 53 % des hommes soutiennent être très au fait de ce métier. Pour une grande part d’entre elles, la profession se résume surtout à des « cold calls » auprès de clients potentiels, donc à un travail de vente. Elles mentionnent rarement le fait que les planificateurs financiers travaillent à améliorer tous les aspects de la vie financière de leurs clients.

Elles imaginent aussi les planificateurs financiers comme des gens qui font des investissements et des calculs mathématiques, mais négligent de voir les habilités communicationnelles, relationnelles et de conseil holistique nécessaires pour bien faire ce métier.

PAS JUSTE L’IMAGINATION

Le fait que le revenu soit souvent fonction du niveau d’actif sous gestion ou des commissions obtenues semble aussi représenter une barrière à l’entrée dans le métier pour les femmes.

Outre les perceptions, certains faits peuvent aussi expliquer le désintérêt des femmes envers cette profession. En 2012 et 2013, même avec une expérience équivalente et le même revenu généré auprès des clients, une femme dans le secteur des conseils financiers touchait annuellement 32 000 dollars américains (42 112 $CA) de moins qu’un homme en moyenne, selon l’Aite Group.

Une partie de l’explication provient peut-être du fait qu’elles étaient plus nombreuses à être salariées (32 %, contre 13 % des hommes, en 2013). Une femmes sur cinq était une employée de banque, contre un homme sur dix. Leur âge pourrait aussi jouer. La moitié des femmes conseillères étaient âgées de moins de 40 ans en 2012 et 2013, contre un tiers des hommes. Enfin, 39 % des femmes étaient propriétaires de leur bureau, contre 63 % des hommes.

BOY’S CLUB

Par ailleurs, l’Institute for Women’s Policy Research soutient avoir eu vent de plusieurs cas où des réseaux informels d’hommes dans des firmes s’organisaient pour se partager les meilleurs clients et empêcher les conseillères féminines de les servir. Par exemple, ce type de réseau s’activerait lorsqu’un conseiller prend sa retraite et qu’il faut redistribuer ses clients. Il semble aussi plus difficile pour une femme d’accéder aux plus hauts postes dans les firmes, avance le CFP Board. Le faible nombre de femmes dans des postes de leadership enverrait donc aux femmes à l’extérieur de l’industrie le signal qu’elles n’auront pas de bonnes chances de progresser dans cette carrière.

Les femmes semblent craindre ce côté inhospitalier du domaine de la finance. Si près de la moitié des hommes qui ne travaillent pas dans le secteur du conseil financier croient que la culture dans les firmes est accueillante pour les femmes planificatrices financières, cette croyance est partagée par seulement 29 % des femmes.

Si c’est l’image que les femmes ont de la profession, pas étonnant qu’elles s’en tiennent loin. Cette perception est-elle justifiée?