Femme qui regarde un écran où s'affiche graphiques et tableaux boursiers.
Photo : Laurence Dutton / iStock

L’un des plus grands fournisseurs d’indices au monde envisage de retirer les cotations russes de ses indices, ce qui place l’industrie des fonds en « eaux inconnues », selon Daniel Straus, expert en fonds négociés en Bourse (FNB). Récemment, Reuters a rapporté que Dimitris Melas, responsable de la recherche sur les indices de MSCI et président du comité de politique des indices, a déclaré que le retrait des cotations russes de ses indices était une « prochaine étape naturelle » après un barrage de sanctions occidentales et la fermeture de la Bourse de Moscou.

MSCI a depuis entamé une consultation avec les acteurs du marché « sur le traitement approprié du marché des actions russes au sein des indices MSCI jusqu’à et y compris la reclassification potentielle des indices MSCI Russia des marchés émergents au statut de marchés autonomes », rapporte la société dans un communiqué.

Daniel Straus, directeur de la recherche et de la stratégie des FNB à la Financière Banque Nationale, affirme dans un courriel à Advisor’s Edge que « comme de nouvelles sanctions sont annoncées à la minute, nous sommes vraiment en eaux inconnues en termes de réaction de l’industrie des fonds (et pas seulement des FNB) ».

La Russie représente environ 3,24% de l’indice de référence des marchés émergents de MSCI et environ 0,3% de l’indice de référence mondial, selon Reuters. « Cela représente plusieurs milliards de dollars d’actions russes détenues dans les seuls FNB américains, sans parler des 1,3 milliard de dollars américains détenus dans RSX, le plus grand FNB russe coté aux États-Unis (pour l’instant) », souligne Daniel Straus.

Si les sanctions rendent les transactions sur les titres russes difficiles, impossibles ou illégales, dit-il, « il n’y aura personne pour les acheter si les gestionnaires de fonds occidentaux sont obligés de désinvestir – c’est pourquoi je dis que nous sommes en eaux inconnues ».

Daniel Straus mentionne que les FNB qui suivent les titres russes pourraient continuer à négocier les unités existantes, mais qu’il n’y aurait pas de rachats ou de nouvelles unités créées jusqu’à ce que les sanctions soient levées.

Cela a été le cas pour d’autres FNB lorsque leurs marchés sous-jacents étaient complètement fermés, déclare Daniel Straus, comme le Global X MSCI Greece ETF pendant le référendum grec et le VanEck Egypt Index ETF pendant le soulèvement de la place Tahrir en Égypte.

En effet, BlackRock a récemment déclaré dans un communiqué que le iShares MSCI Russia ETF (NYSE Arca : ERUS) a temporairement suspendu la création de nouvelles actions jusqu’à nouvel ordre, les parts d’ERUS se négociant toujours sur les marchés secondaires.

Comme c’est le cas pour tout FNB confronté à des problèmes de liquidité et à une suspension de cette nature, BlackRock avertit qu’ERUS pourrait connaître une augmentation de l’écart de suivi et des primes ou des décotes importantes par rapport à sa valeur nette d’inventaire, ainsi que des écarts entre les cours acheteur et vendeur supérieurs à la moyenne historique.

Et pour les grands FNB des marchés émergents et mondiaux qui détiennent des milliards de dollars de titres russes, « il est difficile de dire ce qu’il adviendra de cette partie du portefeuille si MSCI supprime ces titres de l’indice », selon Daniel Straus.

L’expert fait également remarquer que les marchés ont déjà géré ce type de sanctions par le passé.

« Nous avons un léger précédent de ce type d’action lorsque les États-Unis ont interdit une petite poignée de sociétés de défense domiciliées en Chine, rappelle-t-il. Par exemple, ce décret a été annoncé en juin et est entré en vigueur en août de l’année dernière, ce qui a donné aux sociétés d’indexation et aux autres institutions financières le temps de céder leurs positions dans ces actions chinoises. »

Cependant, selon Daniel Straus, « le cas des sanctions contre la Russie peut être plus immédiat et d’une plus grande ampleur ».

MSCI a déclaré qu’elle publierait une nouvelle communication « avant la fin de la semaine après l’examen des commentaires des participants au marché ».

Au début de la semaine, Fitch Ratings indiquait qu’un certain nombre de fonds communs de placement européens axés sur l’investissement en Russie avaient suspendu leurs rachats, et que d’autres allaient probablement suivre.

L’agence de notation rapportait que dix fonds communs de placement européens axés sur la Russie ou les marchés émergents en général ont suspendu leurs rachats à ce jour. Ces fonds représentent environ 4,2 milliards d’euros d’actifs sous gestion.