Marchés financiers mondiaux « ennuyeux », investisseurs peu anxieux malgré le risque de conflit entre les États-Unis et la Corée du Nord, investisseurs américains privilégiés, risque de ralentissement économique. Voici les différentes perspectives financières mondiales.

Le dernier bulletin Connaissances mondiales de Gestion d’actifs Manuvie (en anglais seulement) passe en revue quelques facteurs susceptibles de déstabiliser les marchés dans les prochains mois et présente une synthèse des perspectives à court terme d’après les prévisions des experts en placement de la firme.

« FAIBLE ANXIÉTÉ » À PROPOS DES POLITIQUES MONÉTAIRES

Directeur général principal de la branche Marchés des capitaux et Stratégie de Manuvie, Bob Boyda observe que, pour l’instant, le calme règne sur l’ensemble des marchés boursiers, au point que ceux-ci en deviennent presque « ennuyeux ». Selon lui, le marché des options laisse même penser que les investisseurs sont tellement satisfaits qu’ils ne cherchent pas à couvrir leurs placements.

« Les marchés boursiers mondiaux sont si calmes que la menace d’une guerre nucléaire avec la Corée du Nord ne les a pas perturbés plus d’une journée dans leur mouvement à la hausse. Au cours du dernier trimestre, plusieurs Bourses dans les pays industrialisés ont d’ailleurs atteint des sommets inédits », constate-t-il.

En ce qui concerne les taux obligataires et les taux d’intérêt, le dirigeant relève qu’« en général, la hausse du prix des obligations et la baisse inhérente des rendements représentent une source d’anxiété qui pousse les investisseurs à rechercher la sécurité. » Or, souligne-t-il, ce n’est pas ce qui se passe aujourd’hui.

« En fait, explique Bob Boyda, la baisse des taux obligataires semble signaler une autre forme de faible anxiété, particulièrement en ce qui concerne la tendance des politiques monétaires. La prolongation de la faiblesse des taux continue de dominer le cœur et l’esprit des investisseurs mondiaux. » De plus, ajoute-t-il, « après avoir chanté les louanges des titres de créance américains à rendement élevé pendant 10 ans, nous pensons qu’il est temps de commencer à en réduire la pondération. »

LES INVESTISSEURS AMÉRICAINS SONT PRIVILÉGIÉS

Le dirigeant prévoit que la faiblesse du dollar américain fera croître les bénéfices des entreprises aux États-Unis, « surtout ceux des principales sociétés du S&P 500, qui génèrent jusqu’à 40 % de leur chiffre d’affaires à l’étranger ». La perte de valeur du billet vert a également gonflé la valeur relative des placements non américains, note-t-il. Résultat : les investisseurs chez nos voisins du Sud peuvent se frotter les mains, puisque « les actions des autres pays industrialisés [leur] ont procuré un rendement de près de 20 % depuis le début de l’année et celles des marchés émergents, près de 30 % ».

Toujours dans le bulletin de Manuvie, Megan Greene évoque les prochaines décisions des banques centrales. « Après une décennie d’assouplissement monétaire, les banques centrales semblent s’orienter vers un nouveau paradigme, selon lequel elles passent le témoin aux gouvernements. Mais cette stratégie est risquée, et elles réaliseront peut-être qu’au lieu de passer le témoin aux États, elles l’auront tout simplement laissé tomber », met en garde l’économiste en chef de la firme.

Celle-ci s’inquiète par ailleurs des possibles répercussions qu’une telle politique pourrait engendrer. « La Réserve fédérale, la Banque centrale européenne, la Banque du Japon et la Banque populaire de Chine devraient réduire leur soutien monétaire l’année prochaine, bien qu’elles le fassent pour des raisons, et de manières, différentes », rappelle la responsable.

UN RISQUE DE RALENTISSEMENT ÉCONOMIQUE?

Plutôt que de se concentrer sur la réduction du bilan de la banque centrale américaine, qui est « une fausse piste », Megan Greene juge que les investisseurs devraient « porter leur attention sur le fait que la réduction du bilan de la Fed, la réduction du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE, la réduction (…) des mesures monétaires de la Banque du Japon et le retrait des mesures de relance par la banque centrale chinoise auront tous lieu en même temps. » Or, prévient-elle, « si toutes ces instances réduisent en même temps leur soutien monétaire, cela devrait se traduire par un ralentissement économique, à moins que les gouvernements ne prennent la relève ».

Enfin, le rapport indique que la plupart des gestionnaires considèrent le risque géopolitique actuel comme « préoccupant », spécialement en ce qui concerne les tensions croissantes entre les États-Unis et la Corée du Nord. De même, ils jugent que l’économie américaine demeure fondamentalement solide, même si cela ne s’est pas encore traduit par « un taux d’inflation sain ». En conclusion, ils s’attendent à ce que la Fed et la BCE commencent à réduire leurs mesures de relance monétaire et surveilleront donc de près les prochaines décisions de ces deux banques centrales.

Les perspectives financières mondiales vues par Fiera Capital

Fiera Capital a publié hier un rapport portant sur les sept prochaines années destiné à « guider les investisseurs qui souhaitent structurer leur portefeuille en fonction de la conjoncture et qui veulent se préparer aux orientations politiques de demain ». Intitulé Perspectives financières mondiales 2017-2024, ce document d’une vingtaine de pages met en lumière « les cinq grandes tendances mondiales qui devraient modeler et caractériser les placements » durant cette période.

Ces cinq tendances sont : la productivité, qui « devrait augmenter du fait que les économies locales profiteront de l’évolution de la technologie »; la démographie, puisque « le vieillissement de la population aura un effet négatif sur la croissance et que le ratio de dépendance plus élevé stimulera l’inflation »; le cycle économique, car si aucune récession n’est prévue dans les prochaines années, elle pourrait survenir après 2020 »; le rôle des banques centrales, qui devrait « diminuer au fil du temps pendant que l’économie mondiale se normalisera »; et la politique. En effet, si « les gouvernements relâcheront l’accent mis sur la réglementation pour améliorer l’efficience et la productivité », il est toutefois probable que « la tentation protectionniste et le penchant nationaliste des politiciens de diverses allégeances se poursuivent ».

« ON VA VERS UN RETOUR À LA NORMALE »

« Au cours des sept dernières années, l’économie mondiale a franchi des étapes importantes dans le redressement qui a suivi la crise de 2008. La conduite des marchés financiers a été dictée par les mesures exceptionnelles qu’ont prises les banques centrales, la recherche effrénée du rendement, une baisse de la productivité et une expansion économique prolongée accompagnée d’une très faible inflation », commente François Bourdon, chef des placements global à Fiera.

Après cette « période inhabituelle », celui-ci anticipe néanmoins que les sept prochaines années « seront caractérisées par un retour à la normale tant dans le cycle économique et les niveaux de productivité que dans les mesures prises par les banques centrales. » De plus, il croit que « le vieillissement de la population poussera sans doute les investisseurs à privilégier le revenu » et que « la politique devrait jouer un rôle encore plus important que par le passé. »

QUEL PORTEFEUILLE POUR L’AVENIR?

Le rapport fournit aussi de l’information sur la façon dont les investisseurs pourraient envisager de structurer leur portefeuille pour atteindre leurs objectifs de placement. Pour les personnes priorisant le revenu, les catégories d’actif non traditionnelles, comme l’agriculture, les infrastructures et le financement privé, devraient offrir d’excellents rendements. Parmi les solutions traditionnelles axées sur le revenu, les actions privilégiées et les obligations à rendement élevé devraient aussi offrir un bon potentiel.

Pour les investisseurs davantage intéressés par la plus-value du capital, le capital-investissement et la stratégie des positions long/short sur actions devraient offrir de bons rendements. Sur les marchés boursiers traditionnels, les grandes capitalisations des marchés émergents et des marchés frontières devraient surpasser les grandes capitalisations des marchés développés et les moyennes capitalisations mondiales.

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