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On entend souvent dire que lorsqu’on est jeune, le CELI est plus approprié puisque l’on gagne moins et qu’en vieillissant, le REER est la recette gagnante. Cette croyance est vraie en théorie, mais la réalité est bien plus complexe.

Le CELI est un régime où l’on investit de l’argent après impôt, tout comme un placement conventionnel, mais les intérêts, dividendes et gains en capitaux reçus ne sont pas imposables. Il y a une limite de cotisation annuelle, soit 6 000 $ en 2019, cumulative à partir de l’âge de 18 ans ou à partir de 2009, date de création du programme. Il faut faire bien attention à ne pas dépasser le maximum autorisé puisqu’une pénalité de 1 % par mois sera appliquée sur le montant excédentaire. L’argent investi dans le CELI peut être décaissé au désir de l’épargnant.

Le REER, quant à lui, permet de déduire le montant qui y est investi du salaire annuel imposable. Si quelqu’un a 50 000 $ de revenu avant impôt et investit 1000 $ dans son REER, il sera imposé sur un revenu de 49 000 $. L’impôt sera payé lors du décaissement, soit à la retraite.

En 2019, la cotisation maximale annuelle est le plus petit de ces deux montants : 26 500 $ ou 18 % du salaire annuel de l’an dernier. Les cotisations sont cumulatives à partir de la date du premier travail rémunéré de la personne. Le décaissement peut se faire à la retraite ou dans le cadre de certains régimes comme le régime d’accession à la propriété (RAP), qui peut servir de mise de fonds pour l’achat d’une maison.

UN CAS À L’ÉPREUVE

Prenons maintenant le temps d’étudier le cas d’un jeune adulte tout juste sorti des études. Ce dernier débute sa carrière et a un salaire d’entrée d’environ 50 000 $. Il est presque certain que cette personne aura un salaire relativement plus élevé dans 10 ans et encore plus en fin de carrière.

On pourrait avoir le réflexe de lui dire de cotiser à son CELI et d’attendre d’avoir un revenu plus important pour verser des sommes à son REER. Supposons que ce jeune homme a une conjointe qui travaille et un enfant de deux ans inscrit à la garderie. Cet homme cotise déjà au REEE de sa progéniture et il lui reste de l’argent pour son épargne personnelle. Le fait de placer ces sommes dans son REER pourrait lui donner une économie d’impôt pouvant aller jusqu’à plus de 70 %!

Comment est-ce possible? Il suffit de comprendre qu’il n’y a pas que l’impôt qui est influencé par le revenu annuel, mais également les différentes subventions gouvernementales. Dans ce cas-ci, on peut notamment penser à l’Allocation canadienne pour enfant, au crédit pour la TPS/TVH et au crédit d’impôt remboursable pour frais de garde d’enfants. Ces subventions sont à prendre en compte lorsqu’on doit choisir entre un REER ou un CELI.

On peut penser que le calcul est ardu, mais des outils existent déjà pour l’effectuer. Parmi ceux-ci, les courbes de Laferrière[1] se démarquent par leur simplicité d’utilisation. Elles permettent notamment d’évaluer l’imposition d’une personne selon sa situation familiale.

Ce cas est évocateur, mais touche une portion très ciblée de la population. Qu’en est-il d’une personne désirant planifier sa retraite? La première chose à faire est d’établir un budget afin de savoir de combien elle aura besoin pour vivre à la retraite, compte tenu de ses projets et de ses ambitions. Une fois cet objectif établi, il faut réduire au maximum la facture d’impôt sur son épargne afin d’en avoir le plus longtemps possible.

Si, une fois à la retraite, la personne ne détient que des REER, les stratégies fiscales sont limitées. En effet, quelqu’un qui veut vivre avec 50 000 $ annuellement à la retraite devra retirer environ 56 000 $ de ses REER, pour obtenir 30 000 $ après imposition, auxquels s’ajouteront les 20 000 $ de versements combinés du Régime de rentes du Québec et de la pension de la Sécurité de vieillesse auxquels il a droit. Dans le cas présent, il aurait été intéressant de profiter du CELI afin de diminuer les retraits du REER et, comme les CELI ne sont pas imposables à la sortie, diminuer l’impôt payé à ce moment. Une analyse préalable doit être faite afin de voir s’il y a avantage à répartir l’épargne plutôt que de tout mettre au même endroit.

Dans tous les cas, plusieurs facteurs viennent influencer la prise de décision. On pense notamment au nombre d’enfants, à l’âge de ces derniers, au type de milieu où ils sont gardés, aux montants d’épargne déjà accumulés, aux objectifs de retraite, à la présence d’un conjoint et bien d’autres. L’exemple qui nous concerne représente donc un de ces cas où la réponse théorique et la pratique divergent énormément. Il faut ainsi éviter de suivre les croyances populaires et les conseils reçus de la famille et des amis qui ne travaillent pas dans le domaine financier. Afin d’avoir la meilleure réponse, il est important de faire une analyse de retraite complète avec un planificateur financier afin d’établir la stratégie la plus appropriée pour sa situation particulière.


Ce texte a été publié dans le cadre de la série Place à la relève!, qui met en valeur les quatre meilleurs travaux universitaires d’étudiants du cours « Planification de retraite : aspects financiers », donné dans le cadre du certificat en planification financière de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Vincent Gauthier est finissant au baccalauréat en administration des affaires, profil Planification financière.

[1] http://cqff.com/claude_laferriere/courbe2018.htm