Vous vous basez encore sur un taux de décaissement de 4% par an pour vos clients retraités? Il est temps de revoir vos hypothèses…

En 1994, le gourou financier américain William Bengen affirmait que les retraités pouvaient tenir au moins 30 ans en retirant chaque année 4% de leur portefeuille d’investissement. Ses calculs s’appuyaient sur l’évolution des marchés depuis 1926, en tenant compte notamment de l’impact des crises financières.

La règle des 4 % avait alors été validée par nombre d’experts. Elle était ainsi devenue un repère populaire pour calculer le besoin d’effort d’épargne avant la fin de la vie active, et le rythme de décaissement durant la retraite.

Mais cette règle oublie de trop nombreux paramètres pour pouvoir être suivie à la lettre, explique sur MarketWatch Angie O’Leary, cheffe de la planification financière chez RBC Gestion de patrimoine aux États-Unis.

Parmi les données omises, Mme O’Leary cite la longévité du retraité, la performance des marchés financiers, les taux d’intérêt, le taux d’inflation, l’évolution des dépenses à la retraite, les frais liés aux soins de santé, l’impact des décaissements sur le montant d’impôt sur le revenu à payer…

UNE RÈGLE QUI NE TIENT PAS COMPTE DES DÉPENSES

La règle des 4 % a aussi pour travers de mettre au premier plan la longévité du portefeuille d’investissement, sans tenir compte des besoins réels de dépenses. Un retraité pourrait avoir pour objectif de voyager durant ses premières années hors du monde professionnel. Ses décaissements seraient alors bien supérieurs à 4 % par an dans un premier temps, mais le retraité pourrait ensuite se satisfaire de retraits moindres.

Aussi, cette règle calculée sur le long terme ne tient pas compte d’une chute des marchés au début de la retraite… que le retraité aurait bien du mal à compenser en maintenant des décaissements de 4 % chaque année.

Bref, la règle des 4 % ignore toutes les stratégies de décaissement plus souples. Par exemple, on peut imaginer s’autoriser à retirer un montant compris dans une fourchette située entre un minimum et un maximum annuels, poursuit Angie O’Leary.

Aussi, l’imposition des produits d’investissement a beaucoup évolué depuis 1994. Le rythme de décaissement doit tenir compte de cette évolution, en s’adaptant aux possibilités offertes par les gouvernements pour réduire la facture d’impôt.

Finalement, cette règle des 4 % est surtout utile pour savoir combien on devrait accumuler d’épargne en vue de la retraite. En appliquant un décaissement annuel de 4 % au portefeuille d’investissement, on peut conclure que le besoin d’épargne doit être égal à 25 fois les dépenses annuelles moyennes à la retraite.

Une fois arrivé à la retraite, il conviendra d’ajuster le rythme de décaissement en fonction des objectifs personnels, des dépenses nécessaires et des règles fiscales en vigueur.