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Un gouvernement qui ressemble presque exactement au précédent ne risque pas de faire vaciller les marchés, selon l’économiste en chef de la Banque CIBC. Mais certains secteurs réglementés et les entreprises d’énergie verte pourraient être affectés si les promesses du programme électoral sont mises en œuvre.

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« Il y a des secteurs individuels où le gouvernement avait des propositions sur le plan fiscal ou réglementaire, a rappelé Avery Shenfeld de la CIBC dans une entrevue mardi. Comme le résultat de cette élection était largement anticipé, une partie de ces propositions aurait déjà été prise en compte dans les actions de ces secteurs spécifiques. »

Les libéraux de Justin Trudeau se sont engagés à augmenter le taux d’imposition des sociétés pour les banques et les compagnies d’assurance. Ces institutions devraient aussi contribuer à un Fonds de dividendes du Canada. Ensemble, ces deux mesures permettraient de recueillir environ 10 milliards de dollars (G$) sur quatre ans.

Les libéraux ont également fait campagne pour revoir le traitement fiscal des grandes sociétés propriétaires de biens résidentiels, comme les FPI, et pour mettre en œuvre des politiques visant à « freiner les profits excessifs. »

« Je pense que, dans l’ensemble, le marché attendra de voir les détails de certaines de ces propositions, car lorsque vous avez un gouvernement minoritaire, le programme électoral ne correspond pas exactement à ce qui est finalement adopté », a souligné M. Shenfeld.

Dans une note de recherche mardi, Douglas Porter, économiste en chef de la Banque de Montréal, a déclaré que le nouveau gouvernement minoritaire pourrait entraîner une hausse des impôts. Il a pointé du doigt la politique libérale pour les banques et les compagnies d’assurance, et les promesses fiscales du NPD pour les sociétés, les hauts revenus et le taux d’inclusion des gains en capital.

« Il semble que ce sont des domaines dans lesquels les libéraux pourraient potentiellement être prêts à aller afin d’obtenir du soutien, a écrit M. Porter. En fait, il est notable que les changements fiscaux sont un domaine où nombre d’engagements des libéraux et des néo-démocrates se chevauchent, et on pourrait faire valoir que le risque d’augmentation des impôts est plus élevé dans ce mandat minoritaire qu’il ne l’était dans le dernier. »

Selon M. Shenfeld, le « virage à gauche » du nouveau Parlement pourrait profiter à certaines entreprises axées sur la lutte contre les changements climatiques.

« Nous avons vu beaucoup d’argent affluer vers des fonds qui investissent dans des initiatives vertes, et je soupçonne que cette tendance va se poursuivre », a-t-il confié, alors que davantage de gouvernements se montrent à la hauteur des objectifs climatiques et financent des initiatives promouvant l’énergie verte, la capture et le stockage du carbone, et les véhicules électriques.

« Les segments du marché des actions qui peuvent bénéficier de ces dépenses sont ceux à surveiller », a-t-il ajouté.

Bien que la plateforme libérale ne comprenne pas de plan pour éliminer le déficit, les marchés obligataires ne sont pas inquiets, a déclaré M. Shenfeld, et il ne s’attend pas à ce que le résultat fasse bouger les rendements.

« Le Canada participe à un concours de beauté avec d’autres pays, dont aucun ne semble particulièrement bon en termes de résultats fiscaux », a-t-il dit.

« Et compte tenu de la faiblesse actuelle des taux d’intérêt, les marchés obligataires sont à l’aise avec le fait que le fardeau du service de la dette du gouvernement fédéral ne semble pas, à ce stade, trop lourd. »

Rebekah Young, directrice de l’économie fiscale et provinciale chez Scotiabank Economics, a écrit dans une note de recherche mardi qu’un « certain degré d’activisme fiscal » avait été évalué dans les obligations souveraines canadiennes avant le vote, puisque le programme conservateur n’était pas très différent dans son plan de réduction de la dette.

Dans un « environnement de recherche de rendement » où environ 17 000 G$ US d’obligations souveraines se négocient en territoire négatif, les écarts de taux canadiens sont restés serrés et sont toujours attrayants avec leurs rendements positifs, a-t-elle assuré.

En ce qui concerne les marchés des devises, M. Shenfeld ne s’attend pas à un drame concernant le huard. Le résultat des élections a été anticipé et il est probable qu’il n’entraînera pas le genre de changements majeurs dans les déficits budgétaires ou la politique fiscale qui font bouger les taux de change.

« Nous ne nous attendons pas vraiment à voir le dollar canadien bouger en réponse à ce résultat électoral », a-t-il déclaré.

Le huard a clôturé à 77,95 cents US lundi, et s’échangeait autour de 78 cents à 13 h 30 HE.

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.