Femme se cachant le visage avec une tablette sur laquelle il est écrit "Sexisme".
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Les institutions financières françaises veulent en finir avec les « comportements déviants » de certains de leurs employés masculins envers leurs collègues féminins, rapporte Le Monde.

Après avoir rappelé que le responsable des activités de marché de HSBC avait récemment été licencié pour « conduite inappropriée » envers une employée et que le groupe suisse UBS avait mis sur pied une ligne téléphonique pour dénoncer les cas de harcèlement sexuel, le quotidien affirme que les salles de marché de l’Hexagone sont elles aussi imprégnées d’une « culture misogyne ».

Le problème, ajoute-t-il, c’est qu’aucune enquête n’a pour l’instant été menée en France, contrairement à ce qui s’est passé au Royaume-Uni, où une étude réalisée en 2017 par le site Financial News a révélé que les trois quarts des femmes travaillant à la City avaient déjà été confrontées à des gestes ou des propos déplacés au bureau.

MAUVAIS POUR LA RÉPUTATION

« Les banques françaises reconnaissent toutefois la persistance de “comportements déviants” nuisibles à leur réputation », écrit le journal. En mars, le responsable des activités de marché de Natixis, Luc François, a ainsi publiquement rappelé à l’ordre ses équipes en leur enjoignant de cesser d’avoir des comportements misogynes, message qui est « régulièrement diffusé » dans le groupe, assure sa directrice des ressources humaines, Anne Lebel.

Questionnée par Le Monde, une autre directrice des ressources humaine dans le secteur bancaire explique que les salles de marché constituent un terreau fertile pour le développement du sexisme en raison de « la pression et du stress » des opérateurs qui interviennent sur les marchés financiers et d’« un environnement peu mixte ». Un diagnostic confirmé par les statistiques, souligne le journal : à Natixis et BNP Paribas, par exemple, les activités de marché emploient seulement un quart de femmes, « et encore, celles-ci n’occupent pas les postes les plus prisés ».

Un rapport récemment publié par BNP Paribas montre par ailleurs que, l’an dernier, les primes des cadres masculins ont été en moyenne supérieures de 67 % à celles de leurs collègues femmes dans la filiale londonienne du groupe. Selon une source interne consultée par le quotidien français, cet écart serait dû « à la sous-représentation des femmes dans les postes de direction et d’expert [trading et vente] ».

« MAINS AUX FESSES »

Interrogée par Le Monde, Lydia Linan témoigne de son quotidien dans les salles de marché qu’elle a fréquentées. « J’ai commencé ce métier jeune et ça n’a pas été facile. La vulgarité était de mise. On me demandait si mon patron ne me payait pas assez pour m’acheter des jupes. Les filles savaient qu’elles ne devaient pas aller vers le desk “taux”, parce qu’on y mettait des mains aux fesses. Certains responsables arrivaient le matin avec leur chemise de la veille, en racontant leur nuit au [bar-discothèque] Baron avec des prostituées, et quand leurs femmes appelaient, nous devions dire qu’ils étaient en déplacement à Londres », raconte cette ex-employée de salles de marché durant plus de 20 ans, notamment à Paribas.

Si l’on en croit Anne Lebel, l’ambiance dans ce milieu de travail a néanmoins beaucoup évolué par rapport à ce qu’elle était il y a quelques années. « Si ces environnements restent à dominante masculine, la direction promeut une ligne “zéro tolérance” et travaille à développer une culture du respect », soutient la dirigeante.

Une analyse confirmée au Monde par un trader travaillant pour la Société Générale : « Les traders sont devenus moins bêtes sur les filles, sur les homosexuels et sur le racisme. Aujourd’hui, le profil en salle, ce ne sont plus des self-made-men, ce sont des ingénieurs (…) beaucoup plus tranquilles. Ils ne font plus la fête, ils mettent leurs photos de vacances en famille en fond d’écran. Cela n’empêche pas certains de convoiter leur jeune stagiaire. Mais la banque est devenue “survigilante” sur ces sujets-là. »