L’Université de Sherbrooke dispense le premier cours consacré uniquement à l’économie comportementale dans une université canadienne, rapporte Le Devoir.

Soulignant que, depuis la crise financière de 2008, certains économistes se sont ouverts à d’autres théories que celles enseignées par la « science économique » officielle, le quotidien précise que le nouveau cours d’économie comportementale ECN122 de l’École de gestion de l’université compte déjà une trentaine d’étudiants du niveau baccalauréat.

Et à la place des graphiques et autres courbes qui figurent dans l’enseignement traditionnel, celui-ci aborde « toutes ces fois où la raison humaine rompt avec la logique rationnelle ainsi que la façon d’utiliser ces failles pour inciter les individus à prendre de meilleures décisions dans leur propre intérêt et celui de la société ».

DES APPLICATIONS POSSIBLES SUR LE TERRAIN

Passé par le « moule » classique, le professeur chargé du cours, François Delorme, a travaillé 30 ans comme économiste au ministère fédéral des Finances, à Ottawa, à Industrie Canada ainsi qu’au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Je m’y suis rendu compte que, si le calcul différentiel et intégral permet de gonfler l’ego des enseignants, il n’a que peu de rapport avec ce qu’un économiste doit faire dans son travail de tous les jours hors les murs universitaires », explique-t-il au Devoir.

Selon le journal, sa découverte de l’économie comportementale a constitué pour lui une véritable révélation, au point qu’il a décidé d’y consacrer un cours entier. En effet, il se dit convaincu que les théories classiques, basées sur l’idée que les individus seraient des acteurs rationnels agissant toujours en fonction de leur bien-être économique, sont souvent insuffisantes pour expliquer ce qui se passe dans la « vraie vie ».

Issue du mariage entre l’économie, la psychologie et la sociologie, l’économie comportementale « recense les ressorts et travers cognitifs auxquels sont systématiquement soumis les humains, comme la loi du moindre effort, la mentalité de troupeau ou l’influence immense des normes sociales », explique Le Devoir. Avec en toile de fond des applications possibles sur le terrain, puisque cette approche pourrait par exemple permettre d’améliorer la façon dont les consommateurs gèrent leurs finances personnelles.

« NOUS AVONS BEAUCOUP DE RETARD À RATTRAPER »

Relevant que son cours semble être le premier consacré uniquement à l’économie comportementale au pays, François Delorme s’étonne de la situation : « Imaginez, il y en avait 16 seulement au Massachusetts Institute of Technology l’an dernier, appliqués à la santé, à l’éducation, aux retraites ou à l’environnement. Nous avons beaucoup de retard à rattraper. On sent d’ailleurs une soif des étudiants. »

Interrogé par Le Devoir, l’un de ses étudiants, Olivier Normandeau-Naud, dit ne pas voir cette nouvelle branche du savoir économique comme un rejet des théories classiques, mais plutôt comme une façon de mieux appréhender certaines réalités qu’elle ne prend pas en compte. « J’ai l’image en tête d’un coffre à outils dans lequel il n’y aurait que des marteaux et auquel on viendrait ajouter un tournevis », précise-t-il. Également étudiant dans le cours, Alex Héroux-Messier indique pour sa part avoir l’impression de se rapprocher de la vie réelle. Ayant déjà travaillé dans une banque, il a par exemple eu l’occasion de constater qu’au moment de contracter un prêt, certains clients se préoccupaient davantage des paiements qu’ils allaient effectuer chaque mois plutôt que du coût final qu’ils auraient à assumer…

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