Pirate informatique
Photo : Elnur Amikishiyev / 123RF

Les informations se multiplient ces derniers jours au sujet du vol de données chez Desjardins, alors même que la police tarde à porter des accusations après une enquête de plusieurs mois.

En ce moment, 17 individus seraient considérés comme des « personnes d’intérêt ». Diffusée à TVA jeudi soir, l’émission J.E. présentait les efforts des journalistes pour traquer certains de ces individus. 

Les journalistes ont réussi à s’entretenir avec Sébastien Boulanger-Dorval, ce conseiller en marketing et segmentation de Desjardins, qui serait l’auteur du vol de données. Ébranlé par une vague de haine à son endroit (il aurait notamment reçu plusieurs menaces de mort), ce dernier a clairement indiqué que d’autres personnes étaient impliquées dans l’arnaque.

DES PRÊTEURS PRIVÉS IMPLIQUÉS

Parmi celles-ci, J.E. s’est mis sur la trace de Jean-Loup Leullier Masse, un prêteur privé dont l’entreprise était actionnaire de Prêt Argent 500 et Financière Blackstone, qui pratiquaient des taux d’intérêt pouvant dépasser 400 %. Sébastien Boulanger-Dorval aurait fait sa connaissance par l’entremise de sa conjointe. C’est Jean-Loup Leullier Masse qui aurait, selon Sébastien Boulanger-Dorval, eut l’idée de dérober quelques milliers de données de Desjardins. Il lui aurait aussi acheté des données. Le 6 juin dernier, la police a procédé à une perquisition dans les locaux de Prêt Argent 500, en lien avec cette affaire.

Le plan aurait ensuite pris de l’ampleur, pour aboutir au vol des données de près de trois millions de personnes et d’entreprises. L’employé de Desjardins avait facilement accès aux données des clients de Desjardins, pour des fins de marketing. Au dire d’une source anonyme travaillant chez Desjardins, ces données se seraient d’ailleurs retrouvées à la portée de plusieurs employés de la division du marketing, sans trop de protection. Une situation que Desjardins affirme avoir corrigée depuis lors. Des sources citées par J.E. soutiennent que l’ex-employé de Desjardins n’aurait reçu que quelques milliers de dollars en carte-cadeaux pour son vol.

J.E. a aussi tenté de retracer François Baillargeon Bouchard, enregistré comme représentant en épargne collective et assurance de personnes auprès de l’Autorité des marchés financiers, et Mathieu Joncas, un courtier hypothécaire propriétaire des Centres hypothécaire Dominion Accès, qui aurait utilisé des données volées pour se donner un avantage concurrentiel. Ces données permettent d’identifier des clients qui sont rendus au moment de renouveler leur hypothèque ou qui investissent en Bourse. Il est aussi propriétaire de Capital garanti, une firme de prêts privés. François Baillargeon Bouchard et lui sont copropriétaires du cabinet Bouchard Joncas Investissement.

UN FRAUDEUR DANS LA MIRE

Enfin, J.E. a réussi à s’entretenir avec Juan Pablo Serrano. Ce dernier a purgé plusieurs peines de prison pour falsification de cartes de crédit, entrave au travail d’un agent public, vol et fraude. Il a été aperçu au volant de plusieurs voitures de luxe, dont une Lamborghini Huracán d’une valeur de plus de 200 000 dollars, qu’il soutient avoir loué pour faire la publicité d’une entreprise de fruits.

Il a aussi spéculé sur les bitcoins, une monnaie souvent utilisée pour payer des transactions sur le Dark Web, révèle le Journal de Montréal.

C’est justement sur le Dark Web qu’il est soupçonné d’avoir acquis des données volées de Desjardins, à des fins de fraude sur l’identité. Refusant de s’exprimer à ce sujet, il a plutôt jeté le blâme sur Desjardins, pour avoir mal protégé les informations de ses clients. Selon lui, il ne faut pas s’en prendre à ceux qui ont acheté des données offertes librement sur le Web, mais plutôt à ceux qui ont rendu cette situation possible. 

MAUVAISE CIBLE

De son côté, Hugo Neveu, directeur principal équipe Sommet chez Planiprêt agence hypothécaire, a confié à Conseiller être un peu remonté contre l’accent mis sur la profession de certaines personnes d’intérêt. Il vise notamment le titre d’un article de La Presse qui soutient que les données auraient été utilisées par des courtiers.

« Cela donne une mauvaise image de la profession et c’est plutôt injuste, dit-il. Si un courtier hypothécaire a fait une fraude, qu’on le nomme, mais qu’on n’éclabousse pas toute la profession pour ça. Il n’y a pas beaucoup de courtiers hypothécaires qui travaillent au Québec et ils n’ont vraiment pas besoin de ce genre de mauvaise publicité. »