C’est dans les conjonctures de marché les plus difficiles que l’on peut réellement déterminer le degré de tolérance au risque d’un investisseur. Car les portefeuilles audacieux des beaux jours empêchent souvent leur détenteur de dormir dans les moments de crise.

Dans le Globe and Mail, Mark Slater, conseiller en placement à CIBC Wood Gundy à Toronto, raconte l’histoire d’un couple qui voulait obtenir le maximum de croissance possible en investissant 100 % de ses actifs en actions.

« La crise financière de 2008 est arrivée et ils ont vu la valeur de leur portefeuille chuter de 30 %, se souvient-il. Ils ont réalisé qu’ils n’étaient pas aussi à l’aise qu’ils le croyaient avec un niveau de risque aussi élevé. »

Le conseiller a donc aidé ses clients à rééquilibrer leur portefeuille, en y intégrant des titres à revenu fixe pour les protéger contre de trop grandes fluctuations des marchés. « Ils dorment beaucoup mieux maintenant », affirme-t-il.

« Lorsque les marchés sont en pleine expansion et que les choses tournent rondement, les gens ont tendance à surestimer leur tolérance au risque, confirme au Globe and Mail Amy Dietz-Graham, conseillère en placement et gestionnaire de portefeuille à BMO Nesbitt Burns. En 2008, beaucoup d’investisseurs ont compris trop tard à quel point leurs placements étaient exposés au risque. »

POUSSER LA DISCUSSION PLUS LOIN

L’évaluation continue de la tolérance au risque est donc un élément essentiel de la relation client-conseiller. Mais cela n’a rien de facile.

« La tolérance faible d’un certain client peut être très différente de la tolérance faible d’un autre client. Je pousse donc [la discussion] plus loin. Qu’est-ce que signifie exactement pour lui une tolérance faible? », explique Mme Dietz-Graham.

Pour mieux déterminer la tolérance au risque de sa clientèle, un conseiller peut par exemple poser des questions sur les derniers ralentissements des marchés. « Ont-ils vu ces replis comme une occasion d’achat, ou ont-ils paniqué et tout vendu? », demande-t-elle.

La vision du client par rapport au risque peut également évoluer à mesure qu’il traverse différentes étapes de sa vie. Aborder cet enjeu régulièrement lors des rencontres permet de créer un lien plus « intime » avec lui, de développer une relation de confiance.

« Mes clients me tiennent informés à propos des changements dans leur vie. Un mariage, un divorce, la maladie, l’achat d’une maison, un héritage, un nouvel emploi… ce sont tous des événements importants susceptibles de modifier leur plan financier », soutient au Globe and Mail Kristine Douglas, planificatrice financière au Investment Planning Counsel à Toronto.

La taille du patrimoine peut également affecter le niveau de tolérance au risque. Une personne âgée de 60 ans qui possède un filet de sécurité d’un million de dollars et un régime de retraite de son employeur n’aura pas la même vision des choses quant à sa capacité à prendre des risques qu’un autre client de 60 ans moins fortuné.

LA VIE CHANGE, LA TOLÉRANCE AU RISQUE AUSSI

À quelle fréquence la tolérance au risque des clients devrait-elle être révisée? Il n’y a pas de règle universelle, mais elle peut varier en fonction de différents facteurs, comme l’âge. Évidemment, plus un investisseur est près de la retraite, moins il disposera de temps pour se remettre d’une baisse des marchés. Mais comme la vie des clients change constamment, réévaluer fréquemment la tolérance au risque des épargnants plus jeunes est aussi une bonne idée, disent les experts.

« Nous examinons généralement les plans financiers sur une base annuelle ou semestrielle et de façon ponctuelle lors d’un changement important dans la vie du client. Ce plan financier comprend tous les différents objectifs à court terme et à long termes des clients et la tolérance au risque associée à chacun de ses objectifs », explique Mark Slater.

La rédaction vous recommande :