Les particuliers auraient intérêt à investir plus souvent dans des entreprises privées, et les conseillers devraient donc penser à leur proposer cette option, estime Charles-Henri Paquette, du cabinet-conseil 1+1.

Comptable de formation et associé principal au sein de la firme de Verdun spécialisée en stratégie et en gestion des affaires, celui-ci a répondu aux questions de Conseiller au sujet de cette approche qui ne correspond pas forcément à la tendance actuelle observée dans l’industrie.

D’emblée, il souligne qu’il est « très important » de préciser que, dans le cours normal de l’exercice de leur profession, les cabinets-conseils en stratégie d’entreprise peuvent être amenés à « exposer des opportunités à des investisseurs avertis », par exemple dans des contextes de fusions et acquisitions. Même si, insiste-t-il, « 1+1 n’est ni un courtier ni un conseiller en placement et n’agit pas pour le compte d’investisseurs ».

« SE DÉMARQUER DE LA CONCURRENCE »

« En fait, il ne s’agit pas d’inciter les particuliers à investir dans telle ou telle compagnie, mais de leur procurer davantage d’informations sur des occasions d’investissement en entreprise privée, explique Charles-Henri Paquette, qui note que le marché des petites et moyennes entreprises représente un haut niveau de valeur et qu’il offre une possibilité de « maximiser la rapidité de sortie et les chances de retours élevés ».

Interrogé sur le fait de savoir comment les conseillers devraient s’y prendre, concrètement, pour être en mesure de proposer ce genre d’options à leurs clients, l’associé principal répond qu’ils devraient commencer par « proposer aux investisseurs avertis désireux de diversifier leur portefeuille et de s’impliquer dans l’économie québécoise de recueillir d’avantage d’informations sur des investissements en entreprises privées ». Dans ce domaine, ajoute-t-il, des cabinets-conseils spécialisés peuvent les aider « à identifier et à fournir des informations concernant des opportunités d’investissement dans le secteur des PME », car « ils ont déjà réalisé un audit auprès des entreprises concernées et ont défini le profil d’investisseur qu’elles recherchent ».

Selon Charles-Henri Paquette, adopter une telle approche permettrait notamment à un conseiller « de se différencier de ses compétiteurs ». Et sans lui occasionner de travail supplémentaire, puisque celui-ci aurait « simplement à faire part à l’investisseur qu’il peut chercher des conseils auprès de cabinet-conseil spécialisés en stratégie d’entreprise ». Ce type d’investissement est également d’intérêt « pour des anciens entrepreneurs et présidents d’entreprises qui aiment les affaires, et qui veulent participer à un projet entrepreneurial sans s’impliquer au quotidien », indique-t-il.

MISE DE FONDS MOYENNE : DE 250 000 $ À 1 M $

Enfin, il s’agit d’une façon directe d’« aider les entrepreneurs locaux à créer de la valeur pour la collectivité » en plus de celle qui reviendra aux investisseurs. Une formule séduisante, soutient l’associé principal de 1+1, puisqu’« elle peut être appliquée localement, régionalement ou à l’échelle de la province en termes d’entreprises ciblées », en l’occurrence des sociétés des secteurs manufacturier, des technologies ou des services, et dont le chiffre d’affaires se situe entre cinq et 25 millions de dollars.

« L’objectif est de faire contribuer l’épargne québécoise à l’économie locale », résume-t-il, tout en précisant que ce genre de placements ne concerne que des investisseurs avertis, c’est-à-dire des personnes ayant « une tolérance à un niveau de risque compris entre moyen et élevé et en quête d’un rendement au moins égal ou supérieur à 15 % ». Et disposant de fonds importants, puisque, en fonction de l’entreprise et du nombre d’investisseurs par transaction, les montants en jeu varient de 250 000 dollars à un million, en moyenne.

Toutefois, Charles-Henri Paquette reconnaît que ce genre de démarche peut parfois s’avérer compliquée à mettre en pratique, ne serait-ce que parce que, avant d’investir dans une PME, un particulier voudra naturellement s’assurer qu’elle est performante, ce qui n’est pas toujours facile à vérifier. « Dans ce contexte, le fait d’être encadré par un cabinet-conseil spécialisé en stratégie d’entreprise constitue un atout pour l’évaluation du niveau de risque par l’investisseur », souligne le responsable.

DANS L’INTÉRÊT DES DEUX PARTIES

Par ailleurs, explique-t-il, cette possibilité d’intervenir directement dans le financement d’une société « n’est pas forcément désirée de tous les entrepreneurs privés, d’où la raison pour laquelle il est important qu’il y ait un fit entre l’investisseur averti, son expérience en affaire et le propriétaire de l’entreprise ». Pour contribuer à valider une telle opération, les opportunités identifiées par un cabinet-conseil spécialisé en stratégie d’entreprise doivent être détaillées en fonction de trois éléments : la qualité du leadership et de la gestion de la PME; la culture d’exécution; et l’opportunité de rendement, c’est-à-dire « la capacité de faire évoluer le niveau de professionnalisme du leadership et de l’exécutif ».

Dans cette optique, les interventions d’un cabinet-conseil visent à « mettre en place une culture d’exécution bâtie sur de solides processus humains, stratégiques et opérationnels », avec notamment « un plan de croissance documenté en ligne conforme aux capacités de l’entreprise », détaille Charles-Henri Paquette. « En collaboration avec la haute direction de la compagnie, le cabinet-conseil élaborera un plan stratégique, intégrant un plan de sortie de l’investisseur établi selon les intérêts de chacune des parties ». Avec, pour résultat escompté, « une croissance saine et soutenue ».

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