Les investisseurs devraient s’intéresser davantage aux gestionnaires des entreprises dans lesquelles ils placent leur argent… et particulièrement à leur genre. Plus de femmes cadres mène à de meilleurs résultats, martèle une experte.

Sallie Krawcheck, chef de la direction et cofondatrice d’Ellevest, un robot-conseiller destiné aux femmes, a récemment livré un vibrant plaidoyer pour une plus grande diversité en entreprise devant quelque 500 personnes réunies à l’initiative de CFA Montréal jeudi soir. Fait intéressant : seuls 17 % des membres de l’organisation sont des femmes.

« Qu’est-ce qui augmente le succès des entreprises? a-t-elle demandé d’entrée de jeu. Quel est LE gros élément qui décuple les rendements, les ventes, l’engagement des employés et l’innovation, en plus de diminuer le risque? Ce sont les gestionnaires. Une meilleure gestion donne de meilleurs résultats. Or, qu’est-ce qui permet d’améliorer fortement la gestion? La diversité. La diversité de genre, mais aussi de race, de couleur de peau, de manière de penser, de parcours universitaire, etc. C’est la voie du succès. »

Elle suggère de concevoir une équipe comme un cube Rubik. On ne veut pas avoir une seule couleur. Si l’équipe est bourrée d’optimistes, il faut y ajouter des pessimistes; s’il n’y a que des hommes, faites-y entrer des femmes; s’il n’y a que des Blancs, greffez-y des gens d’autres origines. Dans son ouvrage Own It, The Power of Women at Work, Sallie Krawcheck va jusqu’à soutenir que la crise de 2008 n’a pas été causée seulement par l’appétit du gain, la stupidité ou la malhonnêteté, mais aussi par le manque de diversité. Personne n’a rien vu venir parce que tout le monde pensait de la même manière, croit-elle.

Sallie Krawcheck agit aussi comme présidente du réseau mondial féminin Ellevate, qui promeut l’avancement des femmes en milieu de travail. Elle rappelle que les postes de direction sont encore très majoritairement occupés par des hommes blancs d’un certain âge, lesquels ont souvent fréquenté les mêmes universités et partagent un parcours similaire. Les femmes demeurent particulièrement défavorisées.

VIVE LA DIFFÉRENCE

Au fil de ses 30 années de carrière dans la finance, Sallie Krawcheck en est venue à une conclusion : oui, elle est différente de ses collègues masculins, justement parce qu’elle est une femme. Une idée confirmée par plusieurs de ses lectures sur le sujet.

Les femmes, a-t-elle soutenu devant un auditoire très largement féminin, placent les relations au premier plan et se soucient souvent d’abord du client, plutôt que du patron. Elles aiment apprendre et ont tendance à voir à long terme. Elles sont conscientes des risques, « une expression beaucoup plus juste que de dire qu’elles les craignent », juge Mme Krawcheck. Et toujours selon elle, les femmes sont plus douées que les hommes pour analyser des situations complexes.

« Les femmes apportent donc des atouts différents de ceux des hommes et cela enrichit les discussions et la prise de décision », dit-elle. Or, les femmes se font dire que pour avoir du succès, elles doivent se montrer plus confiantes, plus fortes, mettre le point sur la table pour se faire entendre. Autrement dit, agir… comme un homme. Pas étonnant que tant d’entre elles quittent les entreprises dans la trentaine, affirme l’entrepreneure.

D’autant plus qu’elles font face à un double standard quand vient le temps d’exprimer des émotions. « Un homme brise un téléphone dans un élan de colère, qui s’en soucie? lance la conférencière. Une femme se ferait rapidement reprocher d’être trop émotive. Et que Dieu la protège si elle ose pleurer! Vous savez quoi? Les femmes pleurent. C’est comme ça. Pourquoi devraient-elles apprendre à réagir comme des hommes? »

S’ADAPTER AUX INVESTISSEUSES

Classée sixième femme la plus puissante du monde par Forbes en 2006, Sallie Krawcheck s’intéresse de près à la présence des femmes dans les entreprises du secteur de la finance, mais également à leurs activités d’investisseuses. En 2016, elle a fondé Ellevest, une plateforme numérique d’investissement pour femmes, dont l’objectif est de combler le fossé entre les hommes et les femmes dans le monde du placement.

« Il n’y aura pas d’égalité homme-femme tant que les femmes ne seront pas aussi riches que les hommes, croit-elle. Présentement, elles n’investissent pas autant que les hommes. Et c’est à l’industrie de changer pour les amener à investir plus. Le domaine de la finance est actuellement dominé à 86 % par des hommes. Les femmes ne s’y reconnaissent pas. Tout y est question de gagner, de battre les indices, de pulvériser les concurrents. Quel est le symbole de Wall Street? Un taureau! Peut-on trouver symbole plus phallique? »

Elle rappelle au passage que le rôle du robot-conseiller Ellevest n’est pas de battre l’indice S&P, mais d’atteindre les objectifs financiers des investisseuses. Selon elle, il y a beaucoup d’argent à gagner à prendre les femmes au sérieux. « Les femmes ont plus de pouvoir qu’elles ne le croient », conclut-elle.