L’année 2018 devrait être marquée à la fois par la persistance des incertitudes économiques et commerciales, une grande volatilité du marché et une diminution de la mobilisation des capitaux par les petites et moyennes entreprises, estime Ian Russell.

Dans la dernière édition de sa Lettre du président, le président et chef de la direction de l’Association canadienne du commerce des valeurs mobilières (ACCVM) note que « la performance du secteur des valeurs mobilières a été compromise au cours des dernières années par l’augmentation persistante des frais d’exploitation concomitante de la faiblesse des marchés des ressources naturelles et de la mauvaise conjoncture des services bancaires d’investissement dans le secteur des entreprises de petite et moyenne capitalisation ».

Résultat : les sociétés de courtage indépendantes de petite et moyenne taille ont obtenu les pires résultats, tandis qu’une cinquantaine d’entre elles ont mis la clé sous la porte au cours des cinq dernières années.

LA GESTION DE PATRIMOINE, MOTEUR DU SECTEUR

Et pour les prochaines années, le tableau ne s’annonce guère meilleur dans le secteur. En effet, la croissance économique restera « modeste », les prix de l’énergie oscilleront probablement « autour des valeurs actuelles », les financements boursiers des petites entreprises et des entreprises de moyenne capitalisation seront faibles et les frais continueront d’augmenter. Par conséquent, « le secteur continuera de se regrouper autour des sociétés qui sont restées rentables au cours de la période », ce qui aboutira à « la constitution d’un secteur réduit et résilient ». « L’ensemble des activités de gestion de patrimoine, tant chez les petites que les grandes sociétés, continueront d’être le moteur du secteur, mais elles seront aux prises avec des augmentations constantes des frais d’exploitation », prévoit Ian Russell.

L’essoufflement du rythme des placements d’actions ordinaires au pays au deuxième semestre de l’année dernière, qui s’est manifesté par un effondrement et une forte volatilité des actions canadiennes, a été causé par les négociations difficiles de l’ALÉNA et par la réussite de la réforme fiscale aux États Unis, explique le dirigeant. Celui-ci relève que « la chute des cours des actions a contribué aux faibles résultats des services bancaires d’investissement » des derniers mois de l’année écoulée et entraîné « une diminution des bénéfices des sociétés de courtage intégrées, même si les honoraires générés par les services-conseils aux entreprises ont remarquablement bien tenu le coup ».

Si la bonne nouvelle est que les bénéfices du secteur des valeurs mobilières sont meilleurs que ce qui était prévu en raison de « la solide performance des activités de détail », force est de constater que ces bénéfices « n’ont pas été également répartis, mais à l’avantage des grandes sociétés intégrées et des sociétés de taille moyenne responsables de leur propre compensation », écrit le patron de l’ACCVM.

FORTE DEMANDE DES CLIENTS POUR DES CONSEILS

Autre point positif, selon Ian Russell, « les produits d’exploitation des sociétés de courtage de petite et grande taille générés par les activités de détail ont connu une forte hausse ». Une bonne performance en partie due aux « transformations massives effectuées par les sociétés qui sont passées aux produits et services à honoraires » ainsi qu’à « l’élargissement et la numérisation des plateformes de gestion de patrimoine ».

Rappelant que les produits d’exploitation générés par les activités de détail ont bien performé l’an dernier (+14 % pour les sociétés intégrées et 19 % pour les sociétés spécialisées), le président et chef de la direction de l’ACCVM juge que cette progression est due « à l’augmentation soutenue et rapide des actifs assujettis à des honoraires détenus par les clients », qui ont enregistré une hausse de 12 % comparativement à 2016. Il précise que les actifs assujettis à des honoraires de courtage et les comptes gérés par les conseillers sont les catégories d’honoraires qui ont le plus augmenté, au point de représenter aujourd’hui quelque 60 % du total en ce qui concerne les sociétés de courtage de plein exercice.

Selon lui, cette popularité résulte d’une forte demande des clients pour des conseils professionnels en matière de placement et pour une planification financière, successorale et fiscale à long terme. Il ajoute que ces investisseurs sont non seulement des « clients à valeur élevée », mais qu’ils proviennent également « du marché de masse des investisseurs fortunés ».

L’ESSOR DES PLATEFORMES DE GESTION EN LIGNE

Ian Russell estime que ce phénomène met en évidence « la priorité que les clients accordent au processus d’épargne et de placement et leur besoin de se constituer un portefeuille d’actifs, particulièrement pour les nombreux investisseurs qui s’approchent de la retraite ». De même, il révèle « la complexité et le coût de plus en plus élevés des produits de placement » ainsi que le besoin des particuliers d’obtenir des rendements plus élevés tout en gérant les risques pour préserver leur capital.

À propos de l’évolution des plateformes de gestion de patrimoine en ligne, le dirigeant constate que si les clients se rendent compte de la valeur des conseils, ils sont en même temps attirés par ce qu’il nomme « la convivialité numérique ». Il souligne également que c’est « la forte demande des consommateurs pour des conseils professionnels qui façonne la transition vers des plateformes de gestion de patrimoine en ligne offrant les services de robots-conseillers » ainsi que leur évolution.

Rappelant que « la fourniture de conseils a toujours fait partie des plateformes de gestion de patrimoine en ligne », que ce soit au moment de l’ouverture du compte pour constituer le portefeuille et par la suite pour le rééquilibrer, Ian Russell note que l’accent était alors mis sur les bas prix et la convivialité et il insiste sur le fait que, contrairement à ce que certains observateurs avaient prédit, l’offre en ligne de comptes intégrés carte blanche gérés par des tiers n’a pas éliminé le recours aux conseillers financiers classiques.

« LE ROBOT NE PEUT REMPLACER UN CONSEILLER »

« Pour un grand nombre de clients qui font affaire avec des services de gestion de patrimoine, les conseils font partie intégrante et sont indissociable du processus de placement, car ils orientent les décisions financières à court terme et à long terme dans le cadre d’une stratégie et d’un plan financiers bien définis », souligne le dirigeant. Dans ce contexte, le conseiller « devient la personne ressource du client », surtout en cette période où les crises « deviennent de plus en plus imprévisibles », où « les marchés sont plus vulnérables aux chocs et au risque de pertes » et où « les décisions de placement doivent tenir compte des coûts et des conséquences fiscales » tout étant conformes aux objectifs financiers et au niveau de vie projeté du client. Autrement dit, résume-t-il, « le robot conseiller en ligne ne peut pas remplacer un conseiller en placement de confiance ».

« Le changement structurel restera la préoccupation omniprésente du secteur des valeurs mobilières cette année », et ce phénomène, dû à « la poursuite des regroupements de sociétés dans le secteur et par des coentreprises et des partenariats avec des plateformes en ligne », sera généralisé, prévoit Ian Russell. À cela s’ajoutera « le besoin d’adapter la technologie financière pour élargir la gamme des produits et services, améliorer le rapport coût-efficacité et fournir de la convivialité au moyen de la numérisation », conclut-il.

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