Prévoyant que l’implantation des « chaînes de blocs », ou blockchains, dans l’industrie financière « n’est plus qu’une question de temps », Michel Mailloux s’apprête à lancer une formation consacrée à cette nouvelle technologie.

Interrogé par Conseiller, l’expert en conformité financière, spécialiste en éthique et Pl. Fin. raconte ce qui l’a amené à concevoir cette formation à distance, qui sera offerte en ligne gratuitement à partir de la deuxième semaine de mars (voir l’encadré) dans le cadre des activités du Collège des professions financières.

Son objectif? Expliquer aux conseillers et aux Pl. Fin., « et plus largement à tous les professionnels des domaines de l’immobilier, des placements ou des assurances de personnes », en quoi consiste une « chaîne de blocs », tant sous son aspect technique que sous ses aspects conformité, et pour quelles raisons elle aura bientôt « des conséquences majeures sur leurs pratiques ».

« CETTE TECHNOLOGIE S’IMPOSERA SUR LE MARCHÉ »

« Le déclencheur à l’origine de cette idée a été le phénomène du bitcoin, raconte-t-il. En creusant les choses, j’ai en effet constaté qu’à la base du phénomène des cryptomonnaies, il y avait la blockchain et que celle-ci allait bientôt avoir un impact considérable sur la profession. Actuellement, ce n’est pas encore le cas, mais toutes les grandes institutions et les gouvernements travaillent déjà là-dessus, à commencer par la Banque du Canada avec son Projet Jasper [prototype de système de paiement de gros décentralisé fondé sur la technologie du grand livre distribué, ou TGLD] qui prévoit l’établissement d’un nouveau système pour les transactions entre la banque centrale et les institutions financières. »

Si l’ensemble de l’industrie s’intéresse au phénomène, poursuit Michel Mailloux, c’est que cette technologie de stockage et de transmission d’informations constitue « un outil extrêmement puissant » qui permet à ses utilisateurs d’inclure des transactions tout en sécurisant leurs réseaux et en leur permettant de réduire les coûts. C’est aujourd’hui déjà le cas, notamment avec Ethereum, une plateforme testée en Europe et aux États-Unis qui permet de réaliser des transactions complètes grâce aux « chaînes de blocs », précise le Pl. Fin., qui se dit certain que cette technologie « bouleversera la vie quotidienne des conseillers ».

« Dans le cas d’une transaction en matière d’assurance, par exemple, toute l’opération pourra être placée dans une blockchain. On assistera alors à l’intervention de robots et de conseillers, mais la plupart des manipulations seront totalement intégrées à la chaîne de blocs. Dans ces conditions, le conseiller va devoir développer de nouvelles compétences pour participer au processus, car s’il ne le fait pas il disparaîtra tout simplement. Bien sûr, il ne court aujourd’hui aucun danger, car on en reste pour l’instant aux monnaies virtuelles comme le bitcoin, mais la situation évoluera d’ici un à trois ans au plus tard », affirme Michel Mailloux.

« AUSSI IMPORTANT QUE L’ARRIVÉE DE L’INFORMATIQUE »

Le Pl. Fin. souligne par ailleurs que la blockchain demeure encore inutilisable dans le domaine des transactions financières ou boursières en raison d’un « effet de latence » trop important. « Réaliser une opération par son intermédiaire peut prendre jusqu’à neuf minutes, et quand on sait qu’en Bourse on calcule en millisecondes, on comprend bien qu’il est pour l’instant impossible d’y intégrer des transactions boursières. » Par contre, ajoute-t-il, dans les domaines de l’assurance ou de l’immobilier, « neuf minutes pour une transaction représentent un délai très rapide, puisqu'[élaborer] une assurance dure souvent plusieurs jours, et la chaîne de blocs constituera un immense progrès dans ce secteur lorsqu’elle sera opérationnelle ».

Dans ces conditions, insiste Michel Mailloux, la formation à distance qui sera offerte à partir du mois de mars est « une excellente occasion pour les professionnels de l’industrie de mettre à jour leurs connaissances dans ce domaine ». « Le développement de cette nouvelle technologie représentera une révolution d’aussi grande ampleur que celle de l’arrivée de l’informatique. Il est donc très important pour les conseillers de bien comprendre ce qui se passe actuellement afin d’être prêts à tirer pleinement parti de cette nouvelle technologie lorsqu’elle s’imposera sur le marché », conclut le Pl. Fin.

Une formation en trois parties

La formation se décompose en trois blocs distincts : il y est d’abord question du bitcoin et des monnaies virtuelles en général, puis elle décortique le fonctionnement de la blockchain et, enfin, elle aborde les questions de conformité en expliquant comment cette nouvelle technologie modifiera le monde de la finance.

Concrètement, elle consiste en un texte de 18 pages que les professionnels sont appelés à lire; ils doivent ensuite répondre à 10 questions. S’ils réussissent cet « examen de passage », le système leur émettra automatiquement un certificat, qui pourra ensuite être enregistré auprès de la Chambre de la sécurité financière, de l’Institut québécois de planification financière ou d’un autre organisme, selon les cas (la certification est en cours d’homologation, mais pour l’instant la question de savoir dans quelle matière elle sera reconnue demeure en suspens).

GRATUITE ET À DISTANCE

Gratuite, cette formation à distance conçue et supervisée par Michel Mailloux sera offerte en ligne à partir de la deuxième semaine de mars. Les personnes intéressées peuvent s’inscrire en se rendant sur deontologie.ca, un site associé au Collège des professions financières.

« À travers l’exemple du bitcoin et des problèmes qui entourent l’émergence des cryptomonnaies, qui sont aujourd’hui 5 000 dans le monde, son but est de faire découvrir comment fonctionne ce système et de montrer comment il peut être décliné par plusieurs industries », résume le Pl. Fin.

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