• Ce texte est paru dans l’édition de mai 2004 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF.
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Pour de nombreux investisseurs prudents, le bonheur est dans les CPG. Fluctuation zéro, rendement garanti : ils ne courent aucun risque de perdre de l’argent, croient-ils. Mais seraient-ils en train de tomber dans un piège, celui de ne pas en faire assez? Sans crier gare, l’inflation gruge chaque année une partie de leur pouvoir d’achat.

Les conseillers interrogés sont d’accord sur un point: il faut respecter la volonté du client. Si celui-ci tient mordicus à conserver une pondération de 100 % en revenus fixes, c’est son droit. Mais votre responsabilité, c’est de lui suggérer d’autres avenues qui recèlent un plus grand potentiel, avec une présence sur le marché boursier si possible, car, selon un consensus, ce dernier offre à long terme une protection supérieure contre l’inflation. Bref, entre le rodéo et la balade en calèche, il y a une mer de possibilités à explorer.

ET S’ILS MANQUAIENT D’ARGENT?

L’inflation ne cause plus autant d’insomnie aux épargnants que durant les années 1980. La Banque du Canada est déterminée à atteindre sa cible de 2 % annuellement, et elle semble y arriver. Mais, cumulativement, c’est beaucoup d’argent au bout de 30 ans. Dans cet avenir pas si lointain, un bon repas pour deux au restaurant ne coûtera plus 100 $, mais bien 181 $. Sans oublier le pourboire et le salaire de la gardienne, qui sera majoré d’autant, tout comme les coûts du moyen de transport utilisé pour s’y rendre. Pour avoir une idée concrète de cette réalité économique, votre client peut refaire son budget à la mode de 2034 en multipliant les montants actuels par 1,811 (30 ans d’inflation à 2 %). On en déduit que plus il prend sa retraite jeune et que plus son espérance de vie est grande, plus l’impact de l’inflation est important sur sa sécurité financière, surtout si son fonds de pension n’est pas pleinement indexé.

Il existe cependant une autre école de pensée qui soutient que l’inflation affecte moins les personnes âgées. Matt Casey, conseiller en placement à la TD Waterhouse, en fait partie. «Généralement, les personnes âgées dépensent un peu moins et ne consomment pas tous les produits compris dans le panier de biens qui forme l’indice des prix à la consommation. Par exemple, elles achètent moins de maisons et de voitures.» En résumé, selon cette théorie, le train de vie du client peut en partie compenser la diminution du pouvoir d’achat causée par l’inflation.

Ce qui nous conduit à considérer les deux forces qui s’affrontent chez l’épargnant : la tolérance au risque et les besoins financiers. «Si le client a trop peur, il faut respecter cela, car tu ne peux pas lui imposer un portefeuille qui ne lui convient pas. L’exercice devient alors budgétaire et vise, faute d’engranger plus de revenus, à augmenter sa capacité d’épargne», explique Daniel Mercier, directeur associé du développement des stratégies financières du Groupe Gestion du Patrimoine J.L.L. Les Sommets. Mais, si le client n’est pas disposé à épargner davantage et ne souhaite pas repousser le moment de sa retraite, il devra songer à stimuler son portefeuille.

« On peut leur démontrer qu’en prenant un peu plus de risques ils auront plus d’argent à dépenser, car, en ajoutant 25% d’actions, ils peuvent augmenter le rendement prévu du portefeuille de 1 %. »

INCONTOURNABLE, LE MARCHÉ BOURSIER

C’est là que le marché boursier entre en jeu, car, en toute logique, la Bourse devrait toujours, à long terme, faire mieux que les revenus fixes : «S’il fallait que les déposants fassent plus d’argent que les entrepreneurs, il n’y aurait plus d’économie!» illustre Daniel Laverdière, directeur principal de Planification financière Banque Nationale. Mais, pour profiter de ce rendement supérieur, il est inévitable d’accepter certaines fluctuations des cours, ce que plusieurs clients prudents refusent.

Pour tenter de les convaincre du bien-fondé de la pré- sence sur le marché boursier, on peut estimer le manque à gagner causé par leur stratégie à l’aide d’une simulation de retraite. En optant pour un portefeuille de revenus fixes, on peut difficilement utiliser une hypothèse de rendement supérieure à 4,5 %, contre 2 % d’inflation. Il est ainsi possible de leur illustrer le genre de retraite vers lequel ils se dirigent, souligne M. Laverdière. «Ensuite, on peut leur démontrer qu’en prenant un peu plus de risques ils auront plus d’argent à dépenser, car, en ajoutant 25 % d’actions, ils peuvent augmenter le rendement prévu du portefeuille de 1 %.»

Des outils de base, comme un profil d’investisseur, sont aussi incontournables. «Il est rare que le résultat va donner une pondération de 0 % d’actions. Malgré ce qu’ils pourraient penser de prime abord, les clients obtiennent généralement un minimum de 20, 30 %», soutient M. Laverdière. C’est un bon début! Vous pourrez alors utiliser une stratégie étapiste en intégrant graduellement une petite part d’actions dans le portefeuille et augmenter cette dernière si le client réagit avec calme aux fluctuations. Cette stratégie des petits pas permettrait aux clients de réaliser par la pratique la nature du risque lié au marché boursier. «Le risque, pour eux, c’est de perdre de l’argent, ce n’est pas nécessairement la fluctuation des marchés. Or, si au moment où tu vis la fluctuation tu vends, ce n’est certainement pas la faute du marché!» souligne avec justesse Pierre-Y. Pelland, vice-président de RBC Investissements et dirigeant de Pelland gestion-conseil, un groupe de conseillers en placement.

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TENTER DE PRÉVOIR LE COURS DU MARCHÉ, VOILÀ LE RÉEL DANGER

Le plus grand risque à la Bourse, c’est probablement d’essayer de prévoir ses mouvements. «Il est évident qu’entrer et sortir du marché augmente le risque», affirme Daniel Mercier, directeur associé du développement des stratégies financières du Groupe Gestion du Patrimoine J.L.L. Les Sommets. Ainsi, un dollar placé en 1925 dans le S&P 500 vaudrait 2 152 $ aujourd’hui, mais, advenant qu’un investisseur spéculatif ait raté les rendements enregistrés lors des 40 meilleurs mois de la période, la somme chute à… 14 $! «Le rendement de la Bourse s’est fait dans 4 % du temps, s’exclame M. Mercier. Cela signifie que, si tu n’es pas là durant ces mois, ton portefeuille en prend pour son rhume.» En somme, il faut être persévérant pour profiter du marché.

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LE MARCHÉ BOURSIER DEVANCE LES REVENUS FIXES

Un coup d’œil aux quatre dernières tranches de 15 ans nous fait réaliser que, chaque fois, les actions ont battu l’inflation et, généralement, les revenus fixes. Notons que la période 1989-2003 constitue une exception qui ne devrait pas se reproduire, affirme Daniel Laverdière, directeur principal de Planification financière Banque Nationale. «Les taux d’intérêt étaient tellement élevés durant les années 1980 qu’ils ont nécessairement chuté, ce qui a augmenté la valeur des revenus fixes durant cette période.»

Les gestionnaires consultés par la firme Watson Wyatt, dans son enquête annuelle sur les prévisions économiques de 2004, abondent dans le même sens. La médiane des gestionnaires anticipe des rendements globaux du S&P/TSX de 8 % pour la période 2005-2018. En comparaison, les gestionnaires prévoient que le rendement de l’indice obligataire universel SC devrait être de 5,3 % entre 2005 et 2008 et de 5,5 % entre 2009 et 2018.

Enfin, une recherche réalisée par la maison Bear Stearns ajoute du poids dans la balance. Elle a observé les résultats de la Bourse américaine depuis 1947. En utilisant des tranches de 20 ans (1947-1967, 1948-1968, etc.), elle a établi des patterns sur le marché pour prévoir les rendements futurs. «Pour les 20 prochaines années, le marché qui ferait le mieux est le marché boursier, dont les petites capitalisations», révèle Pierre-Y. Pelland, vice-président de RBC Investissements. À l’opposé, les marchés sous-performants seront ceux des placements à revenus fixes, selon cette même étude.

DES OPTIONS À CONSIDÉRER

Certaines démarches peuvent contribuer efficacement à préserver le portefeuille des clients ou à en limiter la volatilité.

LES OBLIGATIONS À RENDEMENT RÉEL PROTÈGENT LE PORTEFEUILLE CONTRE L’INFLATION. Ainsi, si vous avez une obligation de 5 000 $ à 4 % d’intérêt et que l’inflation se situe à 3 %, le taux d’intérêt sera calculé sur le capital ajusté à celle-ci (donc 5 150 $). Précisons que ce mécanisme d’ajustement peut aussi varier à la baisse advenant une inflation négative. «Les obligations à rendement réel sont un complément aux obligations régulières. Les fonds de pension les utilisent pour se pré- munir contre le risque d’inflation», soutient Chris Kresic, vice-président des Placements chez Mackenzie et cogestionnaire, avec Patrick O’Toole, du Fonds d’obligations à rendement réel Mackenzie Sentinelle. Actuellement, ce marché est composé dans sa presque totalité d’obligations des gouvernements du Canada et du Québec.

LES CLIENTS PEUVENT AUSSI SE RABATTRE SUR L’IMMOBILIER. «Historiquement, la valeur des maisons a augmenté plus rapidement que l’inflation», observe M. Casey.

LES TITRES DE GRANDES ENTREPRISES QUI VERSENT UN BON DIVIDENDE STABLE constituent aussi un bon outil à long terme, selon M. Mercier. «En plus de l’avantage fiscal rattaché aux revenus de dividendes, ils apportent de la stabilité et un bon potentiel à long terme.»

DES VALEURS REFUGES, comme un fonds commun ou un indice de métaux précieux, peuvent être une composante intéressante dans un portefeuille, signale M. Pelland. «Elles ont tendance à monter en prix quand les marchés boursiers ne vont pas bien.» Le vice-président de RBC Investissements évitera toutefois d’aborder le sujet des instruments plus complexes, comme les fonds de couverture, avec les clients néophytes.

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• Ce texte est paru dans l’édition de mai 2004 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF.
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