Les excédents d’encaisse sous la loupe

Par Pierre-Luc Trudel | 1 octobre 2018 | Dernière mise à jour le 15 août 2023
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Photo : Nonwarit Pruetisirirot / 123RF

Votre client propriétaire d’entreprise affiche un important excédent d’encaisse dans les états financiers de sa société? Voici quelques conseils pour utiliser ces sommes de façon optimale.

Louise, une avocate incorporée de 45 ans, détient près de 70 000 $ d’encaisse dans sa société, un montant qui excède largement ses besoins liés à son fond de roulement. Plusieurs possibilités s’offrent à elle : augmenter sa rémunération de façon à contribuer à un REER, un CELI ou un REEE, rembourser une dette personnelle ou encore investir cet actif en le conservant à l’intérieur de la société. Que devrait-elle faire?

« Tout dépend de son profil d’investisseur », résume Sylvain Chartier, planificateur financier et fiscaliste à Banque Nationale Gestion privée 1859.

Lors du Congrès de l’Institut québécois de planification financière (IQPF), qui s’est déroulé la semaine dernière à La Malbaie, il a présenté différentes hypothèses permettant de déterminer comment utiliser judicieusement des excédents d’encaisse.

Pour les individus ayant un profil d’investisseur prudent, il sera généralement plus avantageux de retirer des sommes de la société sous forme de dividendes pour investir dans un REER, un CELI, ou bien rembourser des dettes personnelles.

En revanche, plus le profil d’investisseur du propriétaire de la société est audacieux, plus il est recommandé de conserver les sommes au sein de la société.

LES HYPOTHÈSES

Dans le cas d’un portefeuille investi uniquement dans des titres à revenu fixe, et dont le rendement espéré est de 4 % annuellement, un solde initial de 5 000 $ vaudra 5 613 $ 20 ans plus tard, une fois les impôts payés, s’il est conservé à l’intérieur de la société.

Si le propriétaire décide plutôt de se verser cette somme en dividendes, il lui restera 3 150 $ nets. Vingt ans plus tard toutefois, cette somme investie exactement de la même manière, mais cette fois dans un CELI, atteindra 6 902 $. Le résultat final sera le même dans le cas du REER. Dans un régime non enregistré, plus lourdement imposé, le solde net sera plutôt de 4 775 $.

Les hypothèses révèlent des résultats totalement différents dans le cas d’un portefeuille d’actions imposé annuellement. Supposons un rendement annuel de 6,6 %, une somme initiale de 5 000 $ conservée au sein de la société vaudra 11 325 $ dans 20 ans. Pour ce qui est du REER et du CELI, on parle plutôt de 11 310 $. Dans un régime non enregistré, le solde net après 20 ans sera plutôt de 8 412 $. Quand il est question d’épargne non enregistrée, il est donc toujours préférable, d’un point de vue fiscal, de conserver l’excédent d’encaisse dans la société. Et ce, peu importe le profil d’investisseur.

Conserver les sommes au sein de la société devient encore plus avantageux si le portefeuille d’actions repose sur une stratégie de détention à long terme des titres (buy and hold), et n’est donc pas imposé annuellement.

REEE ET DETTES

Peu importe le profil d’investisseur, il y a toujours un grand gagnant : le REEE. Selon les hypothèses de Sylvain Chartier, dans toutes les situations, il est plus avantageux d’augmenter la rémunération pour cotiser le maximum permis dans le REEE que de conserver l’actif dans la société. Une somme de départ de 5 000 $ retirée de la société vaudra ainsi, 20 ans plus tard, 8 390 $ si elle est investie dans un REEE constitué uniquement de titres à revenu fixe, et 13 547 $ si elle est placée exclusivement dans un REEE d’actions.

Votre client envisage de rembourser des dettes personnelles? S’il a un profil d’investisseur prudent, il aurait avantage à se verser des dividendes, mais seulement dans le cas où le taux d’emprunt est supérieur à environ 75 % du taux de rendement attendu. S’il a un profil plus audacieux, le versement de dividendes est à privilégier si le taux d’emprunt est supérieur au taux de rendement attendu. Dans le cas d’une stratégie de croissance buy and hold, vaut mieux laisser les sommes dans la société, peu importe le taux d’emprunt et le rendement espéré.

Pierre-Luc Trudel