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6. « JE DÉMARRE MA PROPRE ENTREPRISE DANS MES TEMPS LIBRES »

En 2009, Ben Gran travaillait à temps plein en tant que rédacteur technique pour une grande entreprise de services financiers. Dans ses temps libres, il a commencé à accepter des contrats de rédaction à la pige, par l’entremise de Elance, un site web où les pigistes peuvent miser sur des projets. « Je n’en ai jamais parlé à mon patron », dit M. Gran. Mais il a suivi à la lettre la politique de l’entreprise pour laquelle il travaillait, où il était stipulé que les employés n’avaient pas à demander la permission pour travailler à l’extérieur du bureau, autant que ce ne soit pas pour un compétiteur. M. Gran n’a jamais travaillé sur ses piges alors qu’il était à son travail. Malgré cela, « ces piges sont devenues de plus en plus une préoccupation. Mon esprit n’était plus au bureau quand j’y étais ». Ses performances s’en sont ressenties et son patron s’en est aperçu, explique-t-il. Il a finalement quitté son emploi à temps plein et se dit plus heureux désormais comme pigiste.

Près d’un tiers des pigistes travaillent également à temps plein, selon le tout dernier sondage Freelance Talent Report de Elance. Interrogés dans le cadre d’un autre sondage, 36 % des entrepreneurs affirment qu’ils ont lancé une entreprise alors qu’ils avaient un poste traditionnel à temps plein. La plupart des employés ne demandent pas la permission, parce que cela revient à dire à son patron qu’on a d’autres priorités, explique Mme Ceniza-Levine.

Les employeurs devraient permettre à leurs employeurs de faire ce qu’ils désirent de leur temps libre, explique Mitchell Weiss, consultant et professeur adjoint en finances à l’Université de Hartford, qui a déjà été à la tête d’une PME. Il faut cependant que ce soit clair que les projets personnels des employés ne doivent pas entrer en conflit avec leurs intérêts et que les employés doivent être productifs et concentrés quand ils sont au travail. Ce qui inclut ne pas arriver au travail trop épuisé ou pas concentré afin d’être productif, continue M. Weiss.

7. « MA MAUVAISE HUMEUR VOUS COÛTE DE L’ARGENT »

Les gens qui viennent travailler de mauvaise humeur voient leur productivité réduite de 10 %, selon les recherches de Nancy Rothbard, professeure associée en gestion à la Wharton School de l’université de Pennsylvanie. Admettons qu’un employé arrive cinq minutes en retard. Peut-être quelque chose s’est-il mal passé alors qu’il accompagnait ses enfants à l’école ou qu’il a été pris dans un bouchon de circulation. Quand il passe la porte, son patron lui crie dessus parce qu’il est en retard. Cela peut mettre la table pour le reste de la journée, ajoute Mme Rothbard. Il se peut qu’il ne fasse pas de son mieux.

Les employés ne sont que très rarement conscients du fait que leur mauvaise humeur influe sur leur productivité, continue-t-elle. Quand un employé arrive contrarié, son patron devrait éviter de commenter, parce que cela ne fera que renforcer la mauvaise humeur du travailleur. Autant que possible, les patrons ne devraient pas critiquer un employé qui arrive en retard ou qui semble bouleversé par des problèmes personnels, explique Mme Rothbard.

8. « JE VEUX QUE TU DEVIENNES MON PSY »

À l’époque où il était à la tête d’une PME, Mitchell Weiss affirme qu’il a vu souvent la productivité des employés être influencée par les problèmes personnels et financiers des employés. L’une de ses employés, représentante du service à la clientèle, une mère célibataire de deux enfants qui cumulait deux emplois pour arrondir ses fins de mois, a perdu son appartement dans un incendie. Heureusement pour elle, son patron l’a soutenue. En modifiant les heures de travail de cette employée, ce dernier lui a permis de reprendre les rênes de sa vie personnelle, tout en accomplissant ses responsabilités au travail.

La compagnie de M. Weiss s’est toujours fait un honneur de travailler main dans la main avec ses employés. Faire preuve de flexibilité, comme changer les horaires afin qu’un employé puisse s’occuper d’un membre de la famille ou réduire temporairement les responsabilités de quelqu’un trop bouleversé, a été payant. « Ça coûte beaucoup d’argent et de temps pour qu’un employé soit finalement productif. Je n’ai jamais voulu perdre un employé à moins d’avoir une très bonne raison », explique-t-il.

Le danger est que certains employés tirent avantage du fait d’avoir un patron empathique. « Un de mes employés s’est totalement joué de moi », raconte M. Weiss. Sachant que M. Weiss était sur le point de faire une évaluation médiocre de son travail, cet employé s’est mis à remettre à plus tard l’entretien en prétextant que sa femme venait tout juste d’être diagnostiquée d’un cancer. Ensuite, il a donné pour excuse qu’il n’était pas prêt pour la rencontre, parce quand il était rentré à la maison afin de consoler sa femme, il l’avait trouvée au lit avec le courtier en assurance. Ensuite, c’est sa fille qui se tailladait les poignets avec un rasoir. « Je l’ai finalement renvoyé », dit M. Weiss, qui a revu cet employé des années plus tard. Ce dernier lui a avoué avoir inventé toutes ses tragédies, parce qu’il savait très bien qu’il serait renvoyé.

9. « JE NE VEUX PAS ÊTRE TON AMI »

Les patrons veulent parfois être vus comme quelqu’un de l’équipe, mais les employés seront toujours conscients qu’ils parlent à leur patron, et non pas à un collègue. Malheureusement pour les adeptes d’internet, cela signifie qu’envoyer des demandes d’amitiés à vos employés va les rendre mal à l’aise. « Un des plus grands défis que posent les médias sociaux en milieu de travail est de savoir si on accepte les demandes de personnes provenant de différents niveaux de la hiérarchie », explique Mme Rhothbard. Elle ajoute que le dilemme d’accepter ou non la demande d’amitié d’un patron est semblable à celle d’accepter ou non la demande de sa mère. « Certaines personnes sont totalement à l’aise d’accepter ces demandes si elles leur sont faites. Mais reste qu’il y a encore beaucoup de malaise autour de telles demandes. » Tant avec maman que le patron, les gens ne sont pas seulement stressés de devoir restreindre ce qu’ils disent en ligne, mais de ce que disent les autres également. Malheureusement, on ne peut contrôler ce dernier point.

Le patron qui veut être le « chum » de tout le monde est un problème commun. De plus, cela peut causer des situations inconfortables pour les employés dans la vie réelle, autant que dans leur vie virtuelle, explique Eric Peterson, gestionnaire de la diversité et de l’inclusion à la Society for Human Resource Management. « Dans de nombreuses situations, les patrons ne réalisent pas qu’ils sont patrons », explique-t-il. Une patronne peut avoir l’impression de simplement discuter avec des collègues, mais ces employés peuvent être mis sous pression de faire semblant de s’intéresser ou de faussement approuver ses opinions, ajoute M. Peterson. Prenons l’exemple d’un patron qui a des opinions politiques tranchées. « Si vous dites que Stephen Harper est le meilleur, ou le pire premier ministre de tous les temps, vos employés qui ne sont pas d’accord avec vous ne diront rien. Il faut que vous vous rappeliez que tous vos mots ont un effet sur vos employés », conclut-il.

10. « L’ARGENT NE COMPTE PAS. JE VEUX JUSTE QUE TU SOIS GENTIL AVEC MOI »

Interrogés à savoir ce qui les rendent heureux au travail, les employés affirment que leur relation avec leurs patrons est plus importante que leur rémunération ou leurs avantages, si l’on se fie à un sondage réalisé en 2011 par la Society for Human Ressource Management. Cinquante-cinq pour cent (55 %) des employés affirment alors que cette relation était très importante quant à leur satisfaction au travail, et 73 % disent que cette relation a une incidence sur leur motivation au travail. Malheureusement, seulement 49 % des travailleurs disent qu’ils sont très satisfaits de leur relation avec leur patron.

L’influence des patrons sur la satisfaction de leurs employés est importante, explique M. Sheridan. Des recherches menées par sa firme montrent que la reconnaissance, la possibilité de développer sa carrière et la relation avec le patron sont les facteurs les plus importants quant à la mobilisation des employés. Un style de communication particulier d’un superviseur peut modifier l’attitude des employés. « La moitié du temps, quand les employés considèrent qu’ils ne sont pas reconnus, l’argent ou les promotions n’entrent pas du tout en ligne de compte. Ils veulent un simple “merci”. Les patrons ne remercient pas assez leurs employés et ne leur démontrent pas assez souvent qu’ils apprécient leur bon travail », continue-t-il. Parler régulièrement avec les employés à propos de leurs objectifs de carrière et leur démontrer de l’intérêt sur ce qu’ils font à l’extérieur du travail permettra également de rendre votre équipe heureuse. « Il y a un fond de vérité dans l’adage suivant : les gens ne quittent pas une entreprise, il quitte leur patron », conclut-il.