De gauche à droite : Jean-Guillaume Dumont, Dany Joly et François Boucher-Genesse.
Crédit photo : Sylviane Robini
Votre enfant a de la misère avec les fractions? Vous ne savez plus comment l’aider? Respirez profondément, le trio de créateurs montréalais d’Ululab a de quoi vous faire passer votre mal de tête. Avec leur première application Slice Fractions, ils viennent de se faire un nom sur la scène des jeux vidéo éducatifs.

« L’idée derrière l’application est simple : utiliser la mécanique du jeu pour favoriser l’apprentissage », résume Jean-Guillaume Dumont, cofondateur d’Ululab. Et, de ce jeu-là, la jeune entreprise montréalaise a su astucieusement tirer son épingle.

Avec Slice Fractions, les élèves sont choyés. Fini les jeux-questionnaires où le niveau de littératie peut-être un obstacle à la découverte des mathématiques. Ici, les enfants entrent dans l’univers d’un jeu intuitif (à partir de 6 ans) où le texte n’a pas droit de cité et où la progression de l’apprentissage est dosée.

Le grand avantage? Ce jeu de résolution de problème peronmet aux enfants de comprendre par eux-mêmes les fractions, une des pierres angulaires des mathématiques avec l’algèbre. Testé auprès d’élèves du primaire, Slice Fractions a été plébiscité. Les enfants ne se rendent pas compte qu’ils apprennent.

Rien d’étonnant : la conception d’Ululab se distingue grandement de nombre de jeux dits éducatifs qui misent sur un fort contenu pédagogique tout en sabordant l’aspect ludique propre au jeu vidéo.

Un trio gagnant

Derrière le succès d’Ululab, lancée en 2012, se cachent trois entrepreneurs qui se sont rencontrés sur les bancs de l’université : Jean-Guillaume Dumont, journaliste puis enseignant; François Boucher-Genesse, ancien « game designer » chez Bungie et Dany Joly, ex-programmeur chez Microsoft.

Si François Boucher-Genesse avait déjà l’expérience des jeux éducatifs – il a notamment participé à la réalisation de Mecanika (Creo, 2011), les fondateurs d’Ululab n’ont pas hésité à faire appel à trois experts en pédagogie de l’UQAM pour les aider à concevoir un produit s’appuyant sur les dernières connaissances scientifiques en matière d’apprentissage.

Pour financer leurs ambitions initiales, ils ont raflé prix et bourses : 1er prix du concours Mon entreprise de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM en 2012, suivi par une bourse Pierre-Péladeau de Québecor la même année, puis une Bourse de la Fondation Montréal inc. et une autre des Jeunes promoteurs de la CDEC Centre-Sud en 2013. De quoi garnir leur cagnotte avec 35 000 dollars, sans compter une mise de fonds personnels.

Dès son lancement en février 2014, Slice Fractions se place en orbite. Décliné en six langues, le jeu obtient le label « Editor’s choice » dans 149 pays sur la plateforme App Store d’Apple et décroche aussi une place dans le convoité « Play our favorites » de Google Play. Dans le même temps, les critiques dans les revues et les blogues spécialisés vantent le cocktail savamment dosé d’apprentissage et de jeu.

Avec Slice Fractions, Ululab s’ouvre la voie de grands marchés (États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Canada, France, Allemagne) et profite de la publicité et du marketing de grosses plateformes comme Google Play, App Store ou Amazon.

En mode expansion

« À court terme, il faudra que notre équipe se compose d’une dizaine de personnes, que l’on sorte plusieurs jeux par année et que l’on soit bénéficiaire d’ici un ou deux ans », explique Jean-Guillaume Dumont.

Pour réaliser cet objectif, l’équipe recherche actuellement du financement. Un œil tourné entre autres vers le Fonds des médias du Canada ou Investissement Québec. Leur choix n’est pas encore arrêté. « Nous avons déjà reçu une subvention fédérale par l’entremise du programme d’aide à la recherche industrielle du CRNC (Conseil national de recherches Canada), mais cela ne sera pas suffisant », indique M. Dumont sans dévoiler la somme reçue.

Grandir, c’est bien, mais comment s’y prendre? « On y parviendra en multipliant le nombre d’applications au catalogue, en augmentant le nombre de fans d’Ululab. Bâtir notre communauté, être présent sur les réseaux sociaux, faire notre promotion croisée au travers de nos applications et développer notre “branding” sont des étapes essentielles à notre croissance », précise Jean-Guillaume Dumont.

Quant à faire appel à un conseiller avisé, M. Dumont y croit. Surtout si Ululab réussit à attirer des investissements dans les prochains mois. En attendant, la jeune entreprise travaille à la conception de « jeux amusants et engageants » dont le contenu éducatif s’appuie sur le programme scolaire. Apprendre en jouant? Les élèves en redemandent. Évidemment.

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