freedomtumz / 123RF

Cette question revient constamment sur le tapis. La récente décision de l’Ontario de hausser le salaire minimum à 15 $, comparativement à 13,50 $ au Québec, a encore une fois relancé le débat.

Selon l’Institut du Québec (IDQ), alors que le gouvernement Legault prépare une mise à jour économique, il y a fort à parier qu’il remette à l’agenda un de ses engagements d’accroître le salaire moyen des Québécois afin de rattraper celui des Ontariens. Dans cette optique, l’organisme vient de publier un rapport qui fait le point sur ce dossier et présente des pistes de solutions.

Mais combien gagnent au juste les Québécois par rapport aux Ontariens ?

En 2019, selon les données de l’Enquête sur la population active, le salaire annuel moyen au Québec s’établissait à 47 542 $. Il s’élève à 55 969 $ si on exclut les travailleurs autonomes et les travailleurs à temps partiel de cette équation pour ne considérer que les travailleurs à temps plein.

Il y a toutefois un écart important entre les travailleurs à temps plein du secteur privé dont le salaire moyen se chiffrait 52 672 $ comparativement à 64 980 $ pour ceux du secteur public.

DES SALAIRES PLUS ÉLEVÉS EN ONTARIO

En 2019, l’écart des salaires annuels entre le l’Ontario et le Québec a atteint 8,8 % pour les employés à temps plein du secteur privé et 11,8 % pour les employés à temps plein du secteur public.

Selon les calculs de l’IDQ, l’effet combiné des heures travaillées et de la structure de l’emploi pourrait expliquer 35 % de l’écart salarial entre les deux provinces. L’Ontario compte davantage d’employés qui gagnent un meilleur salaire horaire que le Québec pour des postes équivalents. Ainsi, en 2019, 38,9 % des employés à temps plein du secteur privé dans la province voisine gagnaient 28 $ de l’heure ou plus contre 33,9 % au Québec.

DES SOLUTIONS ?

Combler l’écart salarial entre les Québécois et les Ontariens s’avère un exercice complexe, soutient Mia Homsy, présidente-directrice générale de l’IDQ.

« La meilleure façon d’accroître les salaires des Québécois consisterait à remplacer les critères traditionnels d’octroi d’aide aux entreprises liés à la création d’emplois par des conditions qui viseraient plutôt à stimuler davantage l’innovation et la productivité telles que le rehaussement des compétences, la requalification de la main-d’œuvre et l’investissement en capital », explique-t-elle.

Selon l’IDQ, il serait plus pertinent que l’aide publique favorise l’accroissement de la productivité des organisations (qui entraîne une hausse des salaires), plutôt que la création de nouveaux emplois, surtout que le Québec est aux prises avec des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs et régions.

« Miser sur une approche qui favorise les entreprises qui s’engagent à créer des emplois payants à plus de 56 000 $ par année, soit le salaire moyen des employés à temps plein en 2019 – nous apparaît périlleuse, trop restrictive et inadaptée à la réalité économique, affirme Simon Savard, économiste principal à l’IDQ. Cette approche drastique exclut près des deux tiers des travailleurs à temps plein du secteur privé et parfois même, plus de 80 % des emplois de certains secteurs (agriculture, commerce de détail, etc.). »

Il faut considérer que plusieurs emplois payants reposent sur l’existence même d’emplois plus faiblement rémunérés, qui s’avèrent donc complémentaires. De plus, une telle approche risque d’avantager les grandes entreprises qui ont plus de moyens que les PME, et d’accentuer ainsi les clivages entre ces catégories d’entreprises qui rivalisent déjà pour dénicher les ressources nécessaires à leur développement.

« Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre qualifiée, il serait donc tout à fait contre-productif de subventionner la création d’emplois, même les plus payants », conclut Mia Homsy.