Femme à la maison qui effectue une vidéoconférence.
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Patrons et employés en télétravail doivent savoir marcher sur une fine ligne pour conjuguer confiance, surveillance et microgestion, disent des experts.

Ils se sont exprimés à la suite d’une décision d’un tribunal de la Colombie-Britannique ordonnant à une comptable de verser plus de 2600 $ à son ancien employeur après qu’un logiciel de surveillance eut découvert qu’elle n’accomplissait pas toujours ses tâches lorsqu’elle était en télétravail. Les données indiquaient que l’ordinateur de la dame n’avait pas été utilisé pendant une cinquantaine d’heures.

L’employée avait intenté une poursuite, arguant qu’elle avait été congédiée sans raison.

Sandra Robinson, une psychologue du travail qui enseigne à l’Université de la Colombie-Britannique, avance que les entreprises continuent de proposer le télétravail, complet ou partiel, à leurs employés afin de les garder heureux. C’est l’une des raisons pour lesquelles elles le font.

Elle met en garde les patrons contre la tentation d’employer des outils de surveillance, comme des logiciels de suivi. Cela pourrait éroder la confiance entre l’entreprise et les employés.

« Une des choses que je dis aux cadres, c’est qu’une des meilleures façons d’établir la confiance, c’est de faire confiance. La confiance doit être réciproque », souligne Mme Robinson.

Les recherches laissent entendre que le sens des responsabilités des employés se perd lorsqu’ils ont l’impression que l’entreprise leur fait moins confiance.

Les adultes n’aiment généralement pas être surveillés tout le temps. Les logiciels de suivi peuvent être des facteurs de stress pour les employés, dit Mme Robinson.

Surveiller les employés à domicile peut même contribuer à créer des normes irréalistes qui n’auraient pas leur place dans un bureau.

« Personne ne vient microgérer ce que l’on fait d’habitude. Au travail, les gens vont parler à la fontaine d’eau, ils vont à la salle de bain. Ils se perdent dans leurs pensées. »

Les recherches démontrent que les employés exerçant dans de nombreux domaines, ne peuvent pas faire leur boulot pendant huit heures d’affilée, même au bureau, constate Mme Robinson.

« Nos cerveaux ne peuvent pas tout faire. Sommes-nous en train d’établir des normes qui n’existent même pas en milieu de travail parce que nous voulons que les gens travaillent comme des robots? Allons-nous les payer seulement s’ils livrent ‘vraiment’ la marchandise? »

Shafik Bhallo, un avocat en droit du travail et professeur agrégé à l’Université Simon-Fraser, explique que la cause examinée par le tribunal était sérieuse parce que présenter une fausse feuille de présence est l’équivalent d’une fraude.

« L’acte en soi était assez sérieux pour constituer une violation du devoir d’honnêteté d’un employé envers son employeur. La confiance a été rompue. Il y a eu rupture. Dans ce cas-ci, la relation n’était plus réparable », dit-il.

Me Bhallo ne croit pas que la décision du tribunal incitera un grand nombre d’entreprises à poursuivre leurs employés. Ce que faisait l’employée fautive, c’était bien au-delà de répondre à un coup de fil personnel durant les heures de travail.

« Quand je travaille à la maison, je peux avoir un animal domestique qui attirera mon attention pendant un moment. Je peux recevoir un appel personnel. Je peux avoir mon jardinier qui a besoin de mes instructions ou le facteur peut sonner à la porte, énumère-t-il. Toutes des choses que je ne ferais pas si j’étais au bureau. »

Mais de telles activités ne représentent pas des raisons justifiant un congédiement, à moins que ces faits et gestes deviennent habituels et que l’employé ne corrige pas son comportement malgré les avertissements de ses supérieurs, ajoute l’avocat.

Il rappelle que le droit canadien demeure à « une étape de développement » lorsque vient le temps de régler des disputes au sujet du télétravail. La question du contexte sera déterminante devant un tribunal.