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L’écart se creuse entre les PME qui prennent le virage technologique et celles qui adoptent le statu quo, constate une étude de la Banque de développement du Canada (BDC), publiée mardi.

À la lumière des réponses d’un sondage effectué auprès de 1500 PME, l’économiste en chef de l’institution fédérale, Pierre Cléroux, est « surpris » de voir que le tiers (33 %) des répondants qualifiés de « retardataires » technologiquement ont vu leur chiffre d’affaires stagner ou décroître en 2021. En comparaison, cette proportion n’est que de 4 % en moyenne pour le profil « avancé ».

« Ce qu’on voit, c’est un écart qui se crée entre les PME qui investissent en technologie, qui sont en train de prendre une plus grande part du marché, résume-t-il en entrevue. L’étude le montre clairement, les retardataires sont en train de s’engouffrer. »

La BDC utilise le concept de la « maturité numérique » pour évaluer le stade de développement technologique d’une PME à l’aide d’une série de questions. Ce stade de maturité est déterminé à l’aide de six axes, dont l’analyse des données et la numérisation des processus d’affaires.

L’étude démontre que les entreprises les plus avancées technologiquement, peu importe le secteur, sont les plus susceptibles d’afficher une forte croissance. En fait, plus de la moitié des entreprises (52 %) qui ont un profil avancé ont enregistré une croissance de leur chiffre d’affaires de plus de 10 %. Cette proportion est de seulement 7 % pour les retardataires, le profil le moins avancé parmi les quatre identifiés.

LES PME PLUS NOMBREUSES À INVESTIR

La « bonne nouvelle » qui ressort de l’étude est que les PME canadiennes sont plus nombreuses à investir dans les technologies numériques que la dernière fois où la BDC a posé la question en 2018, estime Pierre Cléroux.

Près de 91 % des PME canadiennes ont investi en technologie en 2021. Elles y ont consacré en moyenne presque 120 000 $. « Beaucoup d’entreprises ont investi en technologie durant la pandémie et c’est ce qu’on voulait voir », se réjouit l’économiste.

Encore trop d’entreprises ne sont toutefois pas suffisamment avancées dans leur transformation numérique, prévient-il. Seulement 5 % des entreprises utilisent efficacement les technologies, c’est-à-dire qu’elles « cochent les six cases » de la grille d’analyse de la BDC. « Il reste encore du chemin à faire. »

Par exemple, le sondage démontre que 60 % des PME possèdent un site web et seulement 34 % analysent les données de leur clientèle.

Fait intéressant, les PME détenues par des propriétaires autochtones sont les plus représentées parmi les entreprises avancées technologiquement. C’est le cas pour 15 % d’entre elles, contre une moyenne de 5.

LE FREIN DES COÛTS ET DE LA CYBERSÉCURITÉ

Le plus grand frein aux investissements numériques est leur coût, selon 42 % des répondants. Or, la perception qu’il faut avoir des coffres bien garnis pour prendre le virage technologique est « de moins en moins vraie », souligne l’économiste.

Il donne l’exemple des services technologiques en infonuagique, qui requièrent un abonnement mensuel plutôt qu’un important investissement de départ. « Ce n’est pas une bonne raison. La réalité, c’est que ça coûte moins cher. »

Les craintes de 32 % des PME sur la cybersécurité, perçue comme un frein aux investissements, sont toutefois fondées, reconnaît Pierre Cléroux. Il y a 18 % des répondants qui ont admis avoir fait l’objet d’une attaque en 2021. En moyenne, les dommages s’élèvent à près de 50 000 $ par attaque.

La formation des employés pourrait être une manière de réduire ce risque, mais seulement 55 % des PME forment leur personnel en matière de cybersécurité.

Avant d’investir, l’économiste suggère aux entrepreneurs de bien planifier leur transformation numérique. « Faites un plan avec des gens qui peuvent vous conseiller. Pour maximiser vos investissements en technologie, la stratégie est différente d’une entreprise à l’autre. »