Plus grandes créatrices d’emploi et force motrice de l’économie du pays, les PME canadiennes risquent de traverser des temps difficiles si elles continuent de miser uniquement sur le marché intérieur, met en garde un rapport de Marchés mondiaux CIBC.

« Le secteur de la petite entreprise a très certainement évité à l’économie du Canada de s’enfoncer plus profondément, affirme l’économiste en chef adjoint de la CIBC Benjamin Tal, coauteur du rapport avec l’économiste principal Royce Mendes. Non seulement les PME ont fait preuve de résilience pendant la récession, mais elles ont aussi ouvert la voie durant la reprise. »

L’an dernier, les PME ont créé pas moins de 80 % de tous les nouveaux emplois du secteur privé au pays. Le nombre de personnes travaillant dans les PME a augmenté trois fois plus rapidement que dans les grandes entreprises.

« Le secret de cette capacité jamais vue auparavant des petites entreprises à surmonter la faiblesse de la conjoncture économique au fil du dernier cycle économique est leur lien direct avec les consommateurs canadiens qui, en ouvrant leurs portefeuilles, ont presque à eux seuls relancé la croissance du Canada », explique M. Tal.

CROISSANCE DOPÉE PAR L’IMMOBILIER

La solidité sans précédent du marché canadien de l’immobilier a offert un appui important aux PME du Canada, qui emploient près de 70 % des travailleurs des secteurs de la construction et de l’immobilier. À eux seuls, ces deux secteurs ont créé plus de 200 000 nouveaux emplois, soit 17 % du marché du travail depuis le début de l’année 2010, selon le rapport.

« La faiblesse des taux d’emprunt a été un facteur important qui a permis aux consommateurs de continuer à dépenser, mais la force du marché immobilier du Canada a également joué un rôle important en créant une impression de richesse chez les Canadiens », souligne M. Tal, qui prévient cependant que le vent pourrait tourner.

« Avec un ratio dette/revenus de près de 165 % et le prix des maisons artificiellement élevé dans de nombreuses régions du pays, les consommateurs ne peuvent plus générer une croissance aussi importante que celle qu’on a observée récemment. Les Canadiens ont pratiquement atteint la limite de consommation reposant sur l’endettement », affirme-t-il.

L’EXPORTATION N’EST PLUS UNE OPTION

Seulement 10 % des PME canadiennes sont présentes sur les marchés d’exportation, un niveau qui n’a pas changé depuis 15 ans, malgré l’accroissement de l’activité commerciale et l’essor du libre-échange partout dans le monde, souligne le rapport. Maintenant que la parité du dollar est chose du passé et que la consommation ralentit, M. Tal estime que les PME doivent se concentrer sur les marchés d’exportation, en particulier les États-Unis et l’Europe.

« Pour maintenir le rendement du dernier cycle économique et en tirer parti, les PME devront changer leurs modèles commerciaux en augmentant à la fois leur capacité d’exportation et leurs investissements dans la recherche et le développement », poursuit-il.

Le rapport note d’ailleurs que les petites entreprises qui exportent déjà sont en position de force, car elles ont investi davantage dans l’innovation que celles qui n’exportent pas.