La relève des entrepreneurs québécois entre dans une période trouble, alors que 70 % des propriétaires de PME se disent mal préparés en vue du transfert de leur entreprise.

C’est l’alarmant constat que pose la firme Raymond Chabot, commanditaire d’un sondage sur la relève entrepreneuriale dont les résultats ont été publiés la semaine dernière.

Des quelque 300 propriétaires de PME sondés en octobre dernier, plus de la moitié disent prévoir un départ à la retraite dans la prochaine décennie. Et parce que le transfert d’entreprise nécessite plusieurs années de préparation, le fait de ne pas s’attaquer à la problématique rapidement pourrait avoir de graves conséquences sur l’économie québécoise, estiment les experts de RCGT.

Responsables de 57 % des emplois et de la moitié du PIB québécois, les petites et moyennes entreprises doivent donc se préoccuper de relève, selon RCGT.

D’autant qu’on estime que les PME québécoises feront face à un déficit de 38 000 « releveurs », prêts à succéder au fondateur d’une PME, d’ici 10 ans.

Au total, le nombre d’entrepreneurs québécois pourrait diminuer de 14 % dans la prochaine décennie, précise RCGT.

Manque de préparation

S’ils sont conscients des problèmes que peut générer le manque de préparation au transfert d’entreprise, les entrepreneurs ne savent pas comment faire face au défi : « seuls 8 % des entrepreneurs se disent très bien informés des modalités d’un transfert d’entreprise. »

Un exemple de ce manque d’information s’illustre notamment par l’absence de connaissances d’entrepreneurs relativement au temps nécessaire pour transférer une entreprise : alors qu’il faut au moins trois ans pour assurer une succession sans heurts sur la rentabilité de l’entreprise, « 40 % d’entre eux croient que le transfert d’une entreprise se prépare en moins de un an », écrit RCGT.

Seulement 15 % des répondants au sondage savent que le transfert peut prendre plus de trois ans.

Une période « essentielle pour assurer la pérennité de l’entreprise, surtout que 30 % des entreprises ne survivent pas au passage à la deuxième génération et que seuls 10 % survivent au passage à la troisième ».

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Autre problème posé par ce manque de connaissances : « Bien que 43 % des répondants aient dit souhaiter transmettre leur entreprise de préférence à un membre de leur famille, près des trois quarts ignorent qu’il est fiscalement plus avantageux de transférer son entreprise à un étranger plutôt qu’à un membre de sa famille. »

Ainsi, la déduction pour gain en capital de 750 000 $ (800 000 $ en 2014) applicable au transfert d’entreprise ne joue pas lorsque les parts de l’entreprise sont cédées à la famille. C’est donc une économie d’impôts pouvant aller jusqu’ 200 000 $ que des entrepreneurs non avertis peuvent laisser filer…

Plus de programmes ciblés

Les entrepreneurs jugent que soutenir la relève est autant leur rôle que celui du gouvernement. Pourtant, « 55 % des répondants estiment que la relève n’est pas un sujet prioritaire pour le gouvernement ». Par ailleurs, 82 % des propriétaires et dirigeants de PME disent n’avoir aucune idée des actions entreprises dans les dernières années par Québec relativement au transfert d’entreprise.

Enfin, les entrepreneurs disent souhaiter qu’un train de mesures soit mis en place pour soutenir le transfert d’entreprises : « l’aide financière (subventions, mesures fiscales, crédit d’impôt et financement) arrive en tête avec 44 %, suivie par les divers services de conseil et d’accompagnement (coaching, formation de la relève, diffusion d’information et mentorat), avec 20 % ».

Bonne nouvelle pour les conseillers cependant : les entrepreneurs font davantage confiance aux experts pour les aider à faire la transition, dans une proportion allant de 40 à 57 % selon les professions.

Seuls 5 % disent faire confiance aux organismes publics.

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