Autour de nous, les poteaux électriques en bois ponctuent le paysage. Traités chimiquement, ils font pourtant fi de l’environnement. Écopoto, entreprise fondée par Adrien Cherrier et Sofiane Bounaffaa, entend changer la donne en produisant des poteaux durables, écologiques et économiques. Le secret? Les matériaux biocomposites.

Aujourd’hui, Hydro-Québec remplace environ 70 000 poteaux en bois annuellement, des « i majuscules tendus vers le ciel » protégés entre autres de la moisissure par des produits chimiques reconnus comme contaminants des sols. Trente ans de vie utile et des coûts d’entretien récurrents pour renouveler la carapace chimique n’en font pas le meilleur candidat à l’Oscar du développement durable.

UNE OCCASION À SAISIR

Portés par leur envie d’œuvrer dans les technologies vertes et propres, les entrepreneurs flairent le potentiel économique d’un substitut écoresponsable. Ils lancent Écopoto lors du concours de plans d’affaires Savoir Affaires en février 2014. Leur idée séduit Centech, l’incubateur d’entreprises de l’École de technologie supérieure (ÉTS), qui les intègre à son programme.

« La demande pour le remplacement de poteaux est là. Nous avons senti que c’était le bon timing pour lancer un poteau composite fait de résine polymère et de copeaux de bois, un sous-produit des scieries québécoises jusque-là utilisé par les entreprises de pâtes et papiers. Avec le déclin de cette industrie, nous offrons un autre débouché pour cette matière première », dit Adrien Cherrier.

Leur poteau aura une longue durée de vie (80 ans), ne contaminera pas les sols et sera offert à un prix proche de celui d’un poteau en bois. Moins fragiles et plus légers à transporter que les poteaux en béton, ils pourraient même être une solution durable et économique dans les pays en voie de développement. Des demandes de brevets ont été déposées aux États-Unis, et le Canada devrait suivre.

ILS VOIENT GRAND

Que ce soit au Québec ou à l’international, le produit éveille la curiosité. « Hydro-Québec et d’autres acteurs (confidentiels) qui ont des réseaux de distribution en Asie et en Afrique sont intéressés », confie M. Cherrier.

« Actuellement, notre directeur technique Fayçal Mijiyawa, doctorant en génie mécanique spécialisé en biocomposites (UQTR), finalise la formulation du composite. Nous fabriquerons d’ici le début de l’automne un prototype répondant aux exigences mécaniques de nos clients. »

L’UTILITÉ D’UN CONSEILLER

Durant cette phase de prototypage, l’entreprise bénéficie d’une bourse de l’ÉTS, d’une bourse d’incubation du Centech et du soutien financier d’un investisseur privé. Le Centech soutient aussi la jeune entreprise en lui offrant notamment l’appui d’un conseiller en services financiers. « Il nous aide beaucoup pour le montage de budget et pour les demandes de bourses et de subventions », précise Adrien Cherrier.

Dans un premier temps, l’entrepreneur espère voir ses poteaux fleurir sur un marché de niche : les zones agricoles et les zones humides, où ils ne risquent pas de contaminer les sols agricoles et les nappes phréatiques. À suivre dans un champ près de chez vous…