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Alors qu’elle semble encore loin d’être contenue, la pandémie de COVID-19 a d’ores et déjà bouleversé les perspectives des compagnies d’assurance au pays, rapporte le Financial Post.

Dans un article publié vendredi, le quotidien torontois souligne que l’industrie fait aujourd’hui face à des « vents contraires ». En l’occurrence, son exposition à des secteurs comme l’immobilier et le tourisme, qui ont été durement touchés par le ralentissement économique, mais également certaines catégories d’actif, telles que les hypothèques des particuliers au chômage et les obligations d’entreprises en difficulté.

Analyste en services financiers à Valeurs mobilières TD, Mario Mendonca dit d’ailleurs s’attendre à ce que les perspectives à long terme soient meilleures pour les banques que pour les compagnies d’assurance. Comme l’a montré la crise de 2008-2009, les revenus des marchés boursiers devraient profiter aux institutions financières une fois que l’économie commencera à se redresser. Ce qui ne sera pas forcément le cas du secteur de l’assurance.

DES BÉNÉFICES EN CHUTE LIBRE

« En fin de compte, il est probable que la faiblesse des taux d’intérêt pèsera plus longtemps sur les assureurs que sur les banques en raison de la durée beaucoup plus longue des engagements de cette industrie », écrit l’analyste dans une récente note envoyée aux clients de son établissement. Pour appuyer son pronostic, il explique que les réponses politiques à la pandémie permettront de maintenir les taux à un faible niveau pendant « un certain temps ».

C’est dans ce contexte morose que plusieurs compagnies d’assurance viennent de publier leurs résultats pour le premier trimestre. Et si l’on en croit le Financial Post, ceux de la Financière Sun Life, rendus publics la semaine dernière, fournissent un bon aperçu de ce à quoi il faut s’attendre. La baisse des marchés boursiers a fait diminuer le bénéfice net de l’assureur à 391 millions de dollars, contre 623 millions de dollars l’an dernier à la même période. Son bénéfice net sous-jacent a cependant augmenté, passant de 717 M$ à 770 M$.

L’analyste Gabriel Dechaine, de la Financière Banque Nationale, estime qu’à moyen terme, « les perspectives demeurent sombres ». Les assurances collectives et les régimes de retraite, qui représentent environ un tiers des bénéfices de l’assureur, pourraient voir leurs primes et leurs actifs rémunérés diminuer à mesure que le chômage augmente au pays, explique-t-il.

Au même moment, le nombre de demandes de prestations d’invalidité pourrait s’envoler, ce qui accroîtrait encore la pression. Sans oublier le fait que les perspectives économiques incertaines auront « clairement » des répercussions sur le volume des ventes, et ce, malgré l’adoption d’outils de vente numériques, selon l’analyste.

La situation est la même du côté d’autres compagnies, notamment la Great-West, qui a annoncé la semaine dernière une chute de 50 % de ses bénéfices au 31 mars. Le bénéfice net attribuable aux actionnaires de la Financière Manuvie est également tombé à 1,3 G$, alors qu’il était de 2,2 G$ lors du même trimestre l’an dernier.

PRUDENCE À LONG TERME

Certaines compagnies sont aussi positionnées de façon moins avantageuse que les autres sur les marchés ou exposées à des secteurs d’activité particulièrement touchés, comme le pétrole et le gaz, qui connaissaient déjà des problèmes d’approvisionnement et de tarification sans rapport avec la pandémie.

Le pessimisme de l’analyste de la Financière Banque Nationale est partagé par Dean Connor, PDG de la Sun Life, qui reconnaissait mardi dernier qu’il est encore difficile de déterminer « de quelle façon l’entreprise sera affectée par les futurs sinistres et les expériences d’investissement à venir », selon le Financial Post.

Il faut se montrer prudent à long terme en ce qui concerne le secteur de l’assurance dans son ensemble, souligne Gabriel Dechaine dans une récente note destinée à ses clients. L’analyste y déclare notamment que la persistance de bas taux d’intérêt mettra de la pression sur les réserves des compagnies d’assurance, c’est-à-dire les fonds qu’elles doivent détenir pour être en mesure de faire face à leurs obligations lorsqu’elles arrivent à échéance, d’après le Financial Post.