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Face aux changements de comportement des consommateurs et des occasions créées par le big data, l’industrie de l’assurance, vieille de 300 ans, commence à s’adapter.

« La plupart des compagnies ont une longue histoire derrière elles, a souligné Charles Hung, président et chef de la direction de l’assureur vie numérique Blue lors d’un panel tenu la semaine dernière dans le cadre de la Hong Kong FinTech Week. Cet historique vient avec un lourd bagage de structures d’entreprises complexes et de résistance au changement », a-t-il ajouté.

En activité depuis le mois de septembre, Blue permet aux consommateurs d’acheter en ligne des produits d’assurance vie et maladie grave sans avoir à payer de commissions. La société est soutenue par l’assureur Aviva et le géant chinois du web Tencent.

Tencent a aussi lancé l’année dernière WeSure Internet Insurance par le biais de sa plateforme sociale WeChat. Grâce à elle, les clients peuvent acheter différents produits d’assurance offerts par des assureurs bien établis.

« Voulez-vous continuer à investir dans votre héritage, ou voulez-vous construire quelque chose de complètement nouveau? » a demandé M. Hung.

Pour certains, la voie à suivre consiste à conclure des partenariats avec des firmes d’insurtechs qui ont développé des plateformes et des produits mettant de l’avant des modèles de tarification novateurs. La présidente et chef de la direction de l’organisme Toronto Finance International, Jennifer Reynolds, a d’ailleurs cité un sondage qui indique que 85 % des grands assureurs cherchent à conclure de tels partenariats.

Il s’agit d’un bon compromis : les startups proposent des idées nouvelles pour attirer la prochaine cohorte de clients tout en capitalisant sur la notoriété des grands assureurs.

Scott Walchek, fondateur et PDG de la société d’assurance à la demande Trov, est d’avis que le secteur de l’assurance est peut-être celui qui est le plus dépendant d’une image de marque forte et de confiance. Après tout, le client paie régulièrement une prime et s’attend à ce que son assureur verse les prestations auxquelles il a droit le moment venu. Pour lui, il est donc ardu pour les startups de concurrencer des entreprises qui dépensent des millions en publicité. Dans un tel contexte, l’idée des partenariats devient fort attrayante.

Alan Lau, PDG de WeSure, précise que 80 % des clients de sa firme sont âgés de 25 à 40 ans. Bon nombre d’entre eux en sont à leur premier achat d’un produit d’assurance, et sont donc particulièrement sensibles au prix.

« Les anciens produits ne permettent pas d’attirer ce nouveau segment de consommateurs, assure-t-il. Nous devons aider les compagnies d’assurance traditionnelles à proposer des produits beaucoup plus abordables et amusants. »

Il a donné l’exemple d’un nouveau produit d’assurance vie bâti en fonction d’un problème très précis. En Chine, beaucoup de jeunes ont quitté leur famille habitant dans des régions rurales pour aller travailler dans les grandes villes côtières. Ils s’inquiètent donc de savoir qui va s’occuper de leurs parents. WeSure a créé un produit conçu pour verser un montant mensuel aux parents, pour le reste de leur vie, en cas de décès de l’enfant.

« Essentiellement, nous avons transformé une assurance vie classique en une rente », a-t-il expliqué.

TOUT PASSE PAR LES DONNÉES

Un autre élément modifiera en profondeur les produits d’assurance et leurs prix : les données. En assurance automobile par exemple, les principaux facteurs qui influenceront le coût de la prime ne seront plus le modèle et l’année du véhicule, mais plutôt le kilométrage, les routes empruntées le plus souvent par l’assuré et les endroits où il se stationne, mentionne Naveen Kukreja, cofondateur et PDG de la fintech indienne Paisabazaar.com. Du côté de l’assurance soins de santé, les données biomédicales récoltées par les montres intelligentes et les autres dispositifs connectés serviront à établir les primes payées par les assurés.

Si de telles innovations technologiques soulèvent des enjeux de confidentialité des données, M. Kukreja s’attend à des changements réglementaires qui redonneront aux consommateurs la propriété de leurs données. Il reviendra ensuite aux entreprises de convaincre leurs clients de leur partager ces informations.

« Je ne crois pas que les consommateurs seront réticents à partager des données s’ils savent pourquoi ils le font, et qu’ils ont la certitude que les entreprises vont les utiliser de manière transparente et uniquement pour les raisons demandées », affirme-t-il.

Scott Walchek explique que son entreprise récompense ses clients d’assurance automobile qui partagent leurs données de géolocalisation avec des « points de mobilité » chaque fois qu’ils utilisent des modes de transport autres que l’auto, comme les transports collectifs ou le vélo. Ces points se transforment éventuellement en rabais sur les primes mensuelles d’assurance.

WeShure accorde aussi des rabais à ses assurés de soins de santé qui partagent les données qui montrent leur niveau d’activité physique.

« Les gens voient un réel avantage à nous donner accès à ces informations, dit-il. Mais nous devons en premier lieur leur expliquer clairement pourquoi nous les collectons. »

Cet article a initialement été publié par Advisor’s Edge. Le gouvernement de Hong Kong a couvert les coûts liés à la couverture de la Hong Kong FinTech Week, mais les textes ont été rédigés sans aucune contribution ni supervision de la part du commanditaire.