Attraper des billets de banque avec un filet à papillons.
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Les investisseurs, à l’exception des plus riches, devront s’habituer à un monde de faible rendement, affirme Richard Marston, professeur de finance à l’Université de Pennsylvanie et directeur du programme de gestion de patrimoine de Wharton à Financial Planning.

Les conseillers devront maintenant faire preuve de bien plus de prudence en matière de gestion d’actif, mais les gestionnaires de patrimoine dont les clients sont très fortunés (ceux qui possèdent plus de 5 millions de dollars d’actif) devront faire davantage, selon le professeur.

« Aux familles riches, la première chose à laquelle je leur dis de penser [lorsqu’ils cherchent un conseiller en patrimoine] est de s’assurer qu’ils auront accès aux meilleures sociétés de capital-investissement », a déclaré Richard Martson lors de la conférence annuelle sur l’investissement du Investments & Wealth Institute, à New York.

Conseil avisé puisque de 1998 à 2018, le capital-investissement a surperformé par rapport aux actions, générant pratiquement l’équivalent du double de rendement selon les chiffres de Cambridge Associates. Cependant, l’illiquidité, les valorisations élevées et les difficultés d’accès aux meilleurs gestionnaires mettent la classe d’actif hors de portée pour la plupart des investisseurs.

Les investisseurs devraient avoir, selon M. Marston, au moins 5 millions de dollars d’actif à investir pour éviter qu’il n’y ait trop d’illiquidité dans le capital-investissement.

De 1951 à 2018, les investissements en actions, mesurés par le S&P 500, ont généré un rendement réel de 7,1 %. En comparaison, le rendement réel des obligations du Trésor s’est élevé à 2,5 %.

Durant les 20 dernières années de cette période, le rendement réel des actions a été inférieur de plus de 2 % à celui de la période allant de 1951 à 2018. M. Marston estime que les perspectives de retour au cours des années à venir seront similaires.

« Je ne pense pas que la productivité revienne. Je pense qu’il est prudent de supposer que les tendances des 20 dernières années se poursuivront », confie-t-il.

Plusieurs facteurs expliquent la faiblesse persistante des rendements, notamment le vieillissement de la population, qui implique davantage de programmes sociaux et un ralentissement de la productivité. Une tendance qui ne devrait pas aller en s’améliorant dans les prochaines années.

LES INVESTISSEMENTS DITS ALTERNATIFS, UNE SOLUTION?

Si la solution pour générer de bons rendements se trouve dans les placements dits alternatifs, elle n’est pas du côté des marchés émergents. Leurs rendements ont certes augmenté au début des années 2000 jusqu’en 2010, mais depuis, ils ont été décevants, note Richard Marston.

De leur côté, les fonds spéculatifs ont procuré d’excellents rendements aux investisseurs, de plus de 18 % dans les années 1990. Cependant, la croissance rapide du secteur a eu une incidence négative sur les rendements qui ont chuté. Les fonds de couverture n’ont ainsi généré que 3,4 % au cours des huit dernières années. Il existe encore d’excellents gestionnaires de fonds de couverture, mais il peut être difficile de les identifier et d’avoir accès aux fonds, selon Richard Marston.

Reste donc les capitaux privés. Ceux-ci sont prometteurs puisque les rendements du capital-investissement ont dépassé de près de 6 % les actions.

« Il ne fait aucun doute que les investisseurs devraient envisager d’ajouter du capital-investissement privé à leurs portefeuilles, affirme Marston. Si j’étais riche, j’aurais une allocation importante de mon portefeuille en capital-investissement. Il présente clairement de grands avantages. »

Ce conseil est toutefois limité aux investisseurs très fortunés car seuls eux et les fonds de dotation peuvent encourir le risque d’illiquidité et sont capables de bloquer des fonds pendant dix ans ou plus.

En raison de l’illiquidité des catégories d’actif, la plupart des investisseurs ne placent pas plus de 10 % – ou au plus 20 % – de leurs avoirs en capital-investissement, ajoute-t-il, ce qui limite considérablement les rendements excédentaires que le portefeuille peut générer. Toutefois, les placements privés sont assurément le meilleur moyen pour générer davantage de rendement à condition d’y consacrer une partie importante de ses liquidités.

« Les fonds propres ont généré un rendement excédentaire considérable par rapport à toutes les formes de fonds publics au cours des 20 dernières années. Bien que les rendements diminuent, l’écart restera important », a-t-il affirmé.