Plusieurs mains d'hommes d'affaires mettent de la monnaie dans des pots d'où poussent des plantes.
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On note un enthousiasme grandissant, autant de la part des investisseurs que des institutions financières, pour l’investissement socialement responsable (ISR). De plus en plus de produits sont proposés et de nombreuses sociétés se sont spécialisées dans l’analyse des politiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) des entreprises. Découvrez pourquoi.

Avec les catastrophes naturelles des dernières années, difficile de ne pas penser à l’environnement. « L’impératif environnemental reste toujours dans nos esprits, car on le subit. Il y a des villes qui vont disparaître ou avoir les pieds dans l’eau d’ici quelques années » et la situation ne va pas aller en s’améliorant, note Valérie Cecchini, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille à Placements Mackenzie.

Les investisseurs veulent plus que jamais faire une différence à leur niveau. Depuis octobre 2018, la majorité des actifs canadiens intègrent des critères ESG. Ces cinq avantages y sont peut-être pour quelque chose.

1) UN RENDEMENT ÉQUIVALENT

Si les fonds qui intègrent des facteurs ESG ont de bons rendements, il n’y a pas vraiment de raisons de ne pas se lancer, affirme Normand Vachon, directeur général, Investisseurs institutionnels, à BMO.

« À rendement équivalent, je pense que nous avons tous une conscience sociale. On voudrait que nos investissements soient dans des entreprises qui ont un comportement responsable », ajoute-t-il.

Certains fonds d’ISR sont créés à partir de filtres d’exclusion qui écartent, par exemple, les entreprises d’armement, de tabac ou d’alcool. De grands secteurs d’activités économiques ne sont donc pas représentés. Certains pensaient qu’en réduisant ainsi l’univers d’investissement, cela aurait des répercussions sur les chances d’obtenir un bon rendement. Ce n’est pas le cas, selon Normand Vachon.

Normalement, un portefeuille est constitué d’une centaine de titres, alors qu’il doit exister plusieurs milliers de titres dans le monde. Il est donc possible d’exclure certaines entreprises, voire certains secteurs, sans être trop limité dans ses choix, souligne-t-il.

De plus, « la performance sociale a des répercussions positives sur la performance financière; beaucoup d’études l’ont démontré », ajoute Sébastien St-Hilaire, conseiller en placement à Valeurs Mobilières Desjardins pour l’équipe Leblanc Martineau St-Hilaire.

2) UNE MEILLEURE GESTION DE RISQUE À LONG TERME

« Le fait d’être transparentes va amener les entreprises à faire de meilleurs choix et prendre des décisions à plus long terme, car tout le monde va pouvoir les juger. Les compagnies se sont responsabilisées », affirme Valérie Cecchini.

Les entreprises qui suivent les critères ESG sont moins à risque d’être poursuivies, car elles ont moins de chance d’avoir une incidence négative sur les communautés environnantes. Elles prennent aussi en compte la diversité de leur conseil d’administration. Cela les amène à avoir une connaissance du marché et de certains groupes sociaux que d’autres n’ont pas, explique Normand Vachon.

Évidemment, intégrer les critères ESG peut engendrer des frais à court terme, comme la formation du personnel ou l’achat de nouveau matériel, mais « à long terme, l’entreprise voit la plus-value de se munir de processus qui vont diminuer au maximum le risque de controverse environnementale », ajoute Sébastien St-Hilaire.

Selon Normand Vachon, en se responsabilisant, ces entreprises sont mieux gérées et devraient donc avoir un meilleur rendement à long terme.

3) LE SOUTIEN À LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

En tant qu’investisseur, il est possible de cibler des domaines que l’on aimerait voir avancer en faisant de l’investissement thématique. Pourquoi ne pas mettre de l’argent dans des sociétés qui fabriquent des panneaux solaires ou dans un parc éolien pour stimuler la transition vers les énergies renouvelables?

Au lieu de rechercher les gros profits, on pourrait décider d’investir dans des entreprises qui veulent changer les choses, propose Normand Vachon.

RBC investit par exemple dans Linde, une entreprise de gaz industriels dont les activités sont axées sur la transformation de l’air et d’autres gaz en produits et en applications. L’entreprise espère qu’à long terme, ses utilisateurs pourront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de ses processus.

4) L’INVESTISSEMENT À RETOMBÉES SOCIALES

Par leur droit de vote, les actionnaires peuvent influencer les entreprises et leur suggérer d’adopter de meilleures pratiques.

« Peut-être qu’un investisseur particulier, une entreprise ou un régime de retraite n’a que peu de poids à lui seul. Par contre, ces entités peuvent unir leurs forces autour d’un thème et ainsi avoir un véritable poids », suggère Normand Vachon.

Sébastien St-Hilaire fait plutôt prendre connaissance aux entreprises de leur notation globale en matière d’ESG. De cette façon, celles-ci peuvent s’améliorer.

« À mon avis, ça peut avoir des répercussions sur le cours de l’action, dit-il. Certains régimes de retraite veulent justement détenir des actions d’entreprises dont la notation sociale affiche une croissance positive. »

En faisant évoluer positivement une société, Sébastien St-Hilaire sait qu’il a de meilleures chances de rendement. C’est donc dans l’intérêt de l’entreprise, mais également dans celui de ses clients.

5) L’EXCLUSION DE CERTAINS SECTEURS

On peut aussi vouloir exclure des secteurs par conscience sociale, note Normand Vachon. « Par exemple, on peut travailler sur le réchauffement climatique et vouloir réduire l’empreinte carbone de notre portefeuille. Nous n’investirons donc pas dans des entreprises qui exploitent les énergies fossiles », précise-t-il.

Pour certains, il s’agit vraiment d’un acte de foi. Normand Vachon se rappelle d’un client très préoccupé par la santé. Il possédait une fondation qui détenait des millions de dollars et il refusait que son argent soit investi dans des entreprises de tabac, et cela, même s’il devait laisser un peu d’argent sur la table.

De son côté, Sébastien St-Hilaire évite le secteur des énergies fossiles. Pour lui, il est inconcevable d’investir dans des entreprises qui utilisent des sables bitumineux, même s’il s’agit des meilleures de leur industrie. Même s’il passe un jour à côté de rendements exceptionnels, il n’aura aucun mal à expliquer sa façon de penser à ses clients.

« S’ils n’adhèrent pas à mes valeurs, ils ne me choisiront pas comme gestionnaire. Il existe des milliers de sociétés cotées en Bourse. Si j’en choisis 20, je vais sélectionner celles qui sont les plus en accord avec mes valeurs et les valeurs que je veux se voir développer », conclut-il simplement.