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Les performances environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) des entreprises sont principalement évaluées par six grands fournisseurs. Toutefois, les notations varient considérablement d’un fournisseur à l’autre, laissant une grande incertitude aux investisseurs quant au choix du produit qui répond réellement à leurs critères personnels.

Ces différences s’expliquent dans le manque de cohérence des données utilisées pour construire les portefeuilles ESG entre les fournisseurs. Pour ces raisons, les fonds peuvent ne pas être alignés sur les objectifs et les convictions des investisseurs. Cela joue également sur le rendement et le risque associés aux fonds ESG qui dépendent de critères spécifiques, rapporte Larry Swedroe, responsable de la recherche pour Buckingham Strategic Wealth et Buckingham Strategic Partners dans le Advisor’s perspectives.

La plupart des institutions s’appuient entièrement ou partiellement sur des fournisseurs externes de données ESG, il existe une corrélation minimale entre les notations ESG, révèle l’étude « Divergent ESG Ratings« , publiée dans le numéro de novembre 2020 de The Journal of Portfolio Management.

Le classement des entreprises varie en fonction du fournisseur, et ce, pour un même facteur. Ainsi, Facebook est classé au 1er rang par Sustainalytics pour le facteur environnemental et au 96e rang par MSCI.

Cette diversité montre les différences considérables entre les évaluations, reflétant les attributs spécifiques des entreprises, les différentes terminologies, métriques et unités de mesure. De plus, les évaluateurs n’utilisent souvent pas le même point de référence. Par exemple, Sustainalytics compare les entreprises aux composantes d’un vaste indice de marché, tandis que S&P compare les entreprises à leurs homologues du secteur.

De plus, lorsqu’une entreprise ne révèle pas de paramètres, certains évaluateurs supposent le pire et attribuent un score de zéro alors que d’autres attribuent un score qui reflète celui des pairs qui communiquent les données.

« L’utilisation généralisée des notes ESG n’est pas la solution. Au mieux, elles constituent un point de départ. Les analystes et les gestionnaires de fonds doivent comprendre comment ils sont construits et les compléter par leur propre examen afin de construire une compréhension holistique d’une entreprise et ainsi garantir que leurs investissements reflètent au mieux les valeurs de leurs investisseurs finaux », concluent Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, les auteurs de l’étude.

ET LES RENDEMENTS?

Toujours selon cette étude, il n’y aurait que peu de preuves que les notations ESG entraînent une surperformance ou une sous-performance. Ces derniers s’appuient ainsi sur l’étude de 2001 intitulée « Corporate Governance and Equity Prices », réalisée par Paul Gompers, Joy Ishii et Andrew Metrick.

Celle-ci montre que les entreprises dotées d’une gouvernance solide en matière de défense contre les prises de contrôle et de droits des actionnaires ont surperformé celles dont la gouvernance était plus faible de 8,5 points de pourcentage au cours de la décennie des années 1990. Mais depuis, cette surperformance a disparu.

Même chose du côté social, si on se fie à l’étude de 2015 « The Wages of Social Responsibility – Where Are They ? A Critical Review of ESG Investing ». Dans celle-ci la surperformance s’estompe doucement au fil des années, car les investisseurs apprendraient graduellement dans le temps et les marchés deviendraient plus efficaces lorsqu’il s’agit d’ignorer les informations ESG.

Les auteurs s’attendent ainsi à ce qu’un phénomène analogue se produise pour le facteur environnemental.

Selon certains experts, les entreprises dont les scores de durabilité sont élevés ont une meilleure gestion des risques et de meilleures normes de conformité, ce qui entraîne une diminution des événements extrêmes tels que les catastrophes environnementales, la fraude, la corruption et les litiges et donc une réduction du risque. Toutefois des forces contradictoires pourraient être à l’œuvre.

La première étant l’effet de mode, ce qui entraîne des gains en capital à court terme pour les actions. Mais à long terme, cela finit par s’estomper, rapporte Larry Swedroe. Et si le fait d’être une entreprise citoyenne permet d’augmenter la rentabilité et/ou de réduire les risques, le marché intègre rapidement cette information dans les prix, donc on ne devrait pas s’attendre, d’après lui, à ce que ce facteur apporte de meilleurs rendements à long terme.

« Pour un investisseur à long terme, la perspective que nous adoptons est que nous manquons de preuves formelles que le filtrage ESG améliore le rendement attendu ou réduit le risque », soulignent Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton.

« Pour les stratégies d’investissement ESG basées sur des exclusions, la théorie et les preuves disponibles jusqu’à présent suggèrent que le sacrifice consenti par les investisseurs ESG est une légère baisse du rendement attendu et une réduction mineure de la diversification. Le prix à payer pour les principes éthiques semble faible, et c’est un prix que de nombreux investisseurs vertueux peuvent se permettre de supporter », ajoutent-ils.

Pour le moment toutefois, le marché n’aurait pas atteint un nouvel équilibre, car la demande accrue d’investissements de style ESG continue de stimuler les valorisations.

À noter que leur avis est loin d’être partagé par tous les experts. Pour n’en citer qu’une, récemment Desjardins a montré que le sacrifice de rendement souvent lié à l’ESG était un mythe et qu’au contraire ces placements apportaient davantage de rendement en raison de leur meilleure gestion du risque.

Difficile toutefois de prédire l’avenir. Ce surplus de rendement est-il voué à disparaître, assimilé par le marché? Peut-être, mais l’autre question étant, est-ce que les portefeuilles ne prenant pas en compte les facteurs ESG ne risquent pas, à long terme de sous-performer le marché? Qu’en pensez-vous?