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Chaque crise pousse de nombreux investisseurs à vendre leurs actions, tout de suite après que celles-ci perdent de la valeur. La logique est toujours la même : on souhaite sortir du marché avant que la situation n’empire, puis réinvestir juste au moment où les valeurs commenceront à remonter. 

Plus facile à dire qu’à faire, rappelle toutefois Brian J. O’Connor dans une chronique du New York Times. 

En mars dernier, les investisseurs se sont débarrassés de plus de 326 G$ US de parts de fonds communs de placement et de fonds négociés en Bourse (FNB), selon Morningstar. Une grande partie de cet argent reste en liquide, en attendant d’être réinvesti. 

On pourrait attendre longtemps. Certains ne sont jamais revenus dans le marché boursier après la crise de 2008, ratant ainsi dix ans de gains faramineux. « Sortir du marché est une erreur, mais rester dehors ne fait qu’empirer les choses », soutient Greg McBride, analyste financier en chef de Bankrate. 

CONTRÔLER SES ÉMOTIONS

Cependant, il peut être complexe de savoir quand et comment faire son retour dans le marché, tant sur le plan stratégique qu’émotif. Certains restent littéralement traumatisés par des crises comme celle de 2008 ou de 2020 et n’arrivent plus à se résoudre à racheter des actions. 

Pourtant, les investisseurs rusés savent bien que c’est dans ces périodes qu’il faut acheter, tout en acceptant les pertes à court terme, rappelle M. McBride. Beaucoup de gens font pourtant exactement l’inverse. Ils achètent quand ça va bien et vendent en panique quand ça va mal. 

« L’investissement est le seul domaine dans lequel les gens se ruent hors des magasins quand les produits sont à rabais », ironise Meb Faber, l’un des fondateurs de Cambria Investment Management. 

LA MAIN INVISIBLE DE LA FED

Les liquidités représentent en fait l’actif le plus difficile à gérer lorsqu’il ne fait pas partie d’une stratégie à long terme bien réfléchie, estime Chris Cordaro, directeur en chef de l’investissement à RegentAtlantic Capital. 

Les marchés monétaires à court terme et les comptes bancaires ne génèrent à peu près aucun rendement présentement en raison des faibles taux d’intérêt. Garder son argent dans ces outils plutôt que de l’utiliser pour acheter des actions à bas prix peut coûter cher à moyen terme.

« La Fed vous pousse vers le marché des actions, explique M. Cordero. Si l’on se sent si inconfortable dans les liquidités, c’est voulu. C’est exactement ce que la Fed essaie de faire. »

RESTER PRUDENT

Son de cloche un peu différent du côté de Ric Edelman, animateur radio et conseiller en services financiers américain. Celui-ci croit que l’on sous-estime l’effet de la pandémie, qui pourrait ébranler les marchés pendant encore deux ans. Si les investisseurs à long terme peuvent attendre que le tout se replace, les retraités ou ceux qui s’approchent de la retraite, ou encore les travailleurs qui ont perdu leur emploi se voient placés face à des dilemmes plus complexes. 

Il craint que ceux-ci ne se retrouvent obligés de liquider des placements au pire moment. Il conseille à ceux qui se sont déjà réfugiés dans les liquidités d’y rester jusqu’à ce que l’on ait trouvé un vaccin ou un remède à la COVID-19.

« Si vous avez paniqué et que vous avez vendu, ne revenez pas sur cette décision, avise-t-il. Si vous revenez dans le marché, la prochaine baisse des cours vous fera à nouveau paniquer. »

Aux autres, il propose une solution différente. Plutôt que la répartition d’actifs traditionnelle 60 % actions/40 % obligations d’un portefeuille équilibré, pourquoi ne pas diminuer l’exposition aux actions à 40 % ou même 20 %? Il suggère surtout de conserver un horizon à long terme autant que possible.

« Faites comme Rip Van Winkle : réveillez-vous dans dix ans [sic] et tout cela sera terminé », lance-t-il.

L’ASCENSEUR OU L’ESCALIER

En fin de compte, les investisseurs qui souhaitent revenir dans les marchés boursiers ont deux options : s’y relancer aussi rapidement qu’ils en étaient sortis ou y aller progressivement, en achetant des actions régulièrement, sur une plus longue période. 

« L’option correcte d’un point de vue mathématique est de tout réinvestir dès maintenant, estime M. Faber. Les marchés montent au fil du temps et vous voulez avoir le plus de temps possible pour profiter des rendements composés. »

Mais d’un point de vue émotif, il est complètement acceptable d’y aller à son rythme et de réinvestir en plusieurs mois, voire plusieurs années. 

« La clé, c’est d’en arriver à trouver une approche qui permette de survivre à toute cette folie », conclut-il. 

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