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Les fonds négociés en Bourse (FNB) ont connu une forte progression ces dernières années. Ils totalisent actuellement 150 milliards de dollars d’actif au Canada. Le secteur de la gestion active doit-il s’inquiéter? C’est l’une des questions auxquelles ont tenté de répondre les panélistes invités mardi par le Cercle finance du Québec.

Les FNB répondent à cinq besoins non comblés par les fonds communs de placement, a affirmé d’entrée de jeu Caleb Jean, analyste, Investissements à Valeurs mobilières Desjardins. « Tout d’abord, les gens veulent avoir accès à des investissements à des coûts peu élevés. Ensuite, les FNB ouvrent des marchés qui sont moins accessibles et très chers. Il y a aussi une plus grande transparence quant aux titres qui composent les FNB, puisqu’ils sont divulgués de façon journalière plutôt que trimestrielle. Les FNB sont aussi plus liquides et plus efficaces d’un point de vue fiscal, car il y a moins de transactions en général et donc moins de gains en capital. »

Entre décembre 2017 et février 2018, l’actif investi dans des FNB a grimpé de 3 G$ au Canada. Quelque 100 nouveaux FNB se sont ajoutés durant la dernière année. Cette croissance rapide entraîne des inquiétudes.

« C’est un élément déstabilisateur pour l’industrie et cela entraîne certaines craintes, convient Guy Lamontagne, de Desjardins Gestion internationale d’actifs. Mais en fin de compte, les FNB démocratisent l’investissement et amènent, à des coûts très compétitifs, des solutions qui étaient réservées auparavant à des clients institutionnels. C’est très positif pour le marché. »

Même s’ils ne représentent qu’une petite part des investissements au pays, les FNB ont réussi à faire diminuer les coûts pour les épargnants. « Au cours des cinq dernières années, les frais de gestion ont baissé dans l’industrie des FNB, dans celle des fonds communs de placement et dans celle des stratégies non traditionnelles », constate Alain Desbiens, directeur général, distribution des FNB, Québec à BMO.

UNE BULLE?

Malgré la croissance rapide des FNB, les panélistes rejettent l’idée d’une bulle qui pourrait éclater au visage des investisseurs. « Oui, il y a un engouement et de l’intérêt, souligne M. Lamontagne. Un FNB, c’est un outil d’investissement, ce n’est pas un secteur d’activité. Une bulle dans un outil est peu probable, puisqu’il investit dans une foule de catégories d’actif. De plus, ce marché est en forte croissance, mais il demeure relativement modeste. La Caisse de dépôt et placement du Québec est deux fois plus grosse que toute l’industrie des FNB au Canada. »

« Les fonds communs de placement représentent le tiers des investissements au Canada. Les FNB constituent à peine 3,7 %. On est loin de la bulle », ajoute M. Desbiens.

D’ailleurs, même si les FNB occupent une place de plus en plus importante dans le portefeuille des investisseurs, ils ne sont pas près d’entraîner la disparition des fonds communs de placement, estiment les spécialistes. Ils sont plutôt complémentaires, à leur avis.

DES OCCASIONS

Les panélistes jugent que les FNB représentent différentes occasions pour les conseillers. « Cela offre différentes possibilités aux gestionnaires de portefeuille, qu’ils travaillent au détail ou auprès des institutions financières, indique M. Desbiens. Une des principales occasions, c’est la devise. Il y a de plus en plus de FNB libellés en dollars américains inscrits à la Bourse canadienne. C’est un élément important pour plusieurs gestionnaires parce que cela leur permet d’économiser des frais. »

Les FNB répondent aussi à l’intérêt des clients pour la gestion passive. « Après 2008, c’était très difficile pour les gestionnaires actifs de battre les indices une fois les frais facturés. Cela a contribué à la popularité des FNB, constate M. Lamontagne. Cet engouement fait en sorte que de plus en plus de joueurs veulent se démarquer et cela amène une grande diversité des produits et des stratégies d’investissement. La gestion active est une des stratégies qui peuvent bénéficier de cet outil-là. »

Les FNB peuvent-ils néanmoins représenter une menace pour les professionnels en services financiers? « Je n’ai aucune inquiétude, tranche M. Desbiens. Après 10 ans, les gens qui ont un conseiller ont 1,7 fois plus d’argent dans leur portefeuille que ceux qui investissent eux-mêmes via un courtier à escompte, selon une étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations menée par Claude Montmarquette. Ne négligez pas l’aspect psychologique que vous avez auprès de vos clients! »