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Les analystes qui suivent la société SNC-Lavalin ne font toujours pas de recommandations de vente malgré l’enchaînement des scandales et un plongeon de 40 % des actions de la société depuis juin. Bon investissement ou suicide financier? Les actions de SNC-Lavalin suscitent des avis partagés, souligne un article du Financial Post.

Prises dans une spirale négative, les actions de la firme d’ingénierie montréalaise sont passées d’un sommet de plus de 61,54 $ en juin à environ 35,90 $ en l’espace de huit mois.

Les problèmes de SNC-Lavalin ont commencé au mois d’août dernier avec la rupture diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite, pays où la firme exerce un bon nombre de ses activités.

Les actions ont connu une nouvelle glissade en octobre. La firme s’est alors vu refuser un accord de réparation par Ottawa pour des accusations de fraude et de corruption découlant d’un projet en Libye qui risque de faire l’objet d’un procès.

La série ne s’arrête pas là. En effet, à la fin de janvier, SNC-Lavalin a annoncé qu’elle manquerait son objectif de profit pour l’année en raison de l’incertitude entourant ses activités en Arabie saoudite et d’un nouveau problème majeur, non spécifié, concernant un projet minier sud-américain. Ce nouvel épisode a fait plonger le titre de la multinationale à la Bourse de Toronto, qui a abandonné 13,49 $, pour clôturer à 35,01 $, son plus bas niveau depuis septembre 2012.

Une semaine plus tard, la firme a fait la une des journaux pour une tout autre raison. Elle a ainsi joué un rôle phare dans un scandale politique, au sujet d’allégations selon lesquelles le bureau du premier ministre, Justin Trudeau, aurait tenté de s’immiscer dans l’affaire pénale de SNC.

Une autre mise en garde concernant les bénéfices a suivi deux semaines plus tard. Et finalement, il a été signalé que la société pourrait faire face à de nouvelles accusations de fraude liées à un contrat de pont à Montréal.

PAS ENCORE BOUDÉE

Cet enchaînement de scandales a bien évidemment eu un résultat désastreux sur les actions de la firme, qui ont chuté de 40 %. Pourtant, au cours de cette baisse vertigineuse, aucun des douze analystes qui suivent la société n’a placé l’équivalent d’une recommandation de vente sur le titre, selon les données recueillies par Bloomberg et reprises par le Financial Post.

En juin 2018, les analystes qui couvraient la société avaient l’équivalent d’une recommandation d’achat sur SNC, selon Bloomberg et leurs prix cibles s’élevaient à 77 $. Depuis, il y a eu des déclassements et des réductions d’objectifs de prix. Mais actuellement, huit des 14 analystes qui couvrent SNC ont encore des cotes d’achat et six possèdent des actions de la firme en portefeuille.

Selon Ross Healy, gestionnaire de portefeuille de MacNicol & Associates, la base de la valorisation de SNC par les analystes repose sur sa participation dans l’autoroute 407, une route à péage qui longe Toronto.

Dans un billet du 3 mars, Maxim Sytchev, analyste à la Banque Nationale du Canada, a défendu l’action, affirmant qu’il restait « une valeur claire dans la plupart des activités segmentées » tout en suggérant que les actions avaient atteint un plancher et ne pouvaient plonger plus.

UN PROBLÈME PLUS PROFOND

Ambrus Kecskes, professeur à la Schulich School of Business, estime que la raison à cet entêtement pourrait être révélateur d’un problème plus profond. Les notes de ventes sont en train de disparaître. Les analystes ont tendance à privilégier le côté positif et hésitent parfois à déclasser les actions.

« Vous pouvez presque parier que vous ne verrez jamais une recommandation de vente à moins que ces gars-là ne fassent faillite », affirme-t-il.

Selon lui, cela serait dû au fait que les analystes sont biaisés, car ils craignent de nuire aux relations qu’ils entretiennent avec la société qu’ils suivent. Certaines sociétés sont connues pour couper l’accès des analystes aux équipes de direction s’ils émettent des évaluations de vente sur leurs actions, explique-t-il.

Ceux qui travaillent pour des banques d’investissement risquent davantage de nuire aux relations de leur employeur avec une entreprise. Si la société cherche à refinancer sa dette, par exemple, passer devant la société ayant émis une cote de vente est un choix qui pourrait lui coûter des dizaines de millions de dollars en frais de gestion.

QU’EN EST-IL DE L’AVENIR DE SNC-LAVALIN?

Norman Levine, gestionnaire de portefeuille auprès de Portfolio Management, affirme qu’il est presque impossible pour un analyste de donner un avis sur le titre de SNC-Lavalin. La firme est au centre de trop de scandales pour s’en remettre uniquement à ses bases. La participation de la société dans l’autoroute 407 n’est pas pertinente, selon lui.

Son avenir est maintenant « impossible » à prédire, a-t-il déclaré. Dans les cas où les actions sont aussi incertaines que SNC, il estime que les analystes devraient s’abstenir de donner leur opinion en matière d’investissement.

Ross Healy est tout aussi incertain quant à l’avenir de la société. Lui aussi conseille de ne pas y investir. Selon lui, même si les prévisions des analystes sont correctes et que l’action rebondit, ses clients, qui sont plutôt prudents, lui en voudraient d’avoir pris un tel risque, peu importe le gain potentiel.