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Si la plupart des manufacturiers offrent aujourd’hui des fonds négociés en Bourse (FNB) de dividendes, ce n’était pas le cas en 2006 lorsque WisdomTree a lancé son premier FNB à New York, selon un de ses dirigeants. Retour sur une stratégie qui a fait des petits.

À l’époque, la plupart des indices étaient pondérés selon la capitalisation boursière. Et c’est encore parfois le cas aujourd’hui lorsqu’on effectue des rééquilibrages, souligne Randall Alberts, chef de Distribution, Est du Canada, à WisdomTree. C’est ainsi sa méthodologie qui différencie le manufacturier, avance-t-il. À noter que WisdomTree crée ses propres indices.

« Nos produits canadiens sont pondérés selon les dividendes parmi les entreprises qui ont une capitalisation boursière minimale de 300 M$, explique M. Alberts. Cela apporte une meilleure valeur aux portefeuilles. »

L’IMPORTANCE DES BASES

Pour construire l’indice, sera ensuite appliqué un système de filtrage des titres suivant différents facteurs de base (ou « fondamentaux ») : le taux de rendement de l’actif investi (ROA, ou return on assets) le rendement (ROI, ou return on investment) et la croissance estimée des bénéfices (estimated earnings growth).

Une telle stratégie permet de corriger certains problèmes, soutient-il. Par exemple, les produits canadiens sont souvent surpondérés dans quelques secteurs, notamment les services financiers et l’énergie. Les filtres de WisdomTree font que ses FNB sont plutôt sous-pondérés en services financiers. Aucune des cinq grandes banques canadiennes n’en font partie.

« On parle ici de solutions core [investissement de base]. Notre méthodologie nous permet de sortir des titres qui ont un meilleur potentiel de croissance. Il s’agit donc d’une approche croissance, avec une touche « valeur », moins « momentum » », explique Randall Alberts.

Ces produits, qu’il qualifie de « solutions plus matures », conviennent davantage aux investisseurs prudents, sans qu’ils ne soient nécessairement à la veille de la retraite. Le but n’est pas d’obtenir un revenu constant pour ses vieux jours, mais bien d’aller chercher de la croissance.

Pas question d’offrir différentes déclinaisons de produits à la mode, donc. Exit les fonds de cryptomonnaie, de cannabis ou de haute technologie.

« Plus tu es spécialisé, moins tu es diversifié, plus tu es volatil et plus tu risques d’avoir des clients contents… et d’autres, beaucoup moins », lance-t-il.

POUR LES CONSEILLERS AUTONOMES

Les produits de WisdomTree sur le marché canadien fêteront leur troisième anniversaire à la fin juin. Une étape importante, car plusieurs gestionnaires discrétionnaires ont besoin de trois ans de données pour même considérer utiliser un produit. La fameuse cote Morningstar est elle aussi basée sur un tel historique. La firme espère ainsi voir une croissance de son actif sous gestion.

« Nous ne faisons que des FNB et nous n’avons aucun réseau de distribution. Nous n’avons donc qu’un seul but : livrer des produits indépendants pour que les conseillers puissent construire des portefeuilles, souligne Randall Alberts. Les clients ont besoin d’avoir du choix, pas d’avoir seulement accès aux fonds communs de leur banque. »

Sans réseau de distribution, la firme mise évidemment sur ses produits, mais aussi sa valeur ajoutée pour attirer les conseillers, notamment :

  • le Digital portfolio developer, une plateforme permettant de construire des portefeuilles modèles avec des fonds communs, des FNB et des actions individuelles
  • des recherches avancées disponibles pour les professionnels
  • des outils de gestion des émotions du client
  • de l’aide concernant la pratique, par exemple une analyse de la présence en ligne des conseillers effectuée par la firme Credible

SUR LE RADAR

Quel avenir pour le marché des FNB? Le dirigeant de WisdomTree voit l’actif sous gestion de ces fonds, actuellement à 10 % de celui des fonds communs, augmenter. Il croit aussi que les FNB actifs vont croître en importance et estime que le nombre d’émetteurs pourrait diminuer.

« Il y a toujours une explosion quand il y a quelque chose de nouveau », explique-t-il, prévoyant un retour du balancier.

Il ne voit pas non plus les frais de certains fonds canadiens se réduire à zéro comme aux États-Unis, le marché d’ici étant trop petit pour rendre rentable une telle stratégie. Mais les FNB conserveront ce qui a fait leur marque de commerce : des coûts faibles pour aller chercher une exposition à certains marchés.