Des mains jointes tenant un arbre miniature et des pièces de monnaie.
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Les Québécois montrent un intérêt grandissant envers la finance socialement responsable (FSR). En 2019, les actifs totaux engagés dans ce créneau ont atteint près de 700 G$, soit une croissance de 53 % depuis 2016.

La part de la FSR québécoise au sein de la FSR canadienne est à nouveau en augmentation. Elle est passée de 28,3 % du total à 32,8 % entre 2013 et 2019. Ce pourcentage est toutefois encore loin du sommet de 43,2 % atteint en 2006.

Ces données proviennent du plus récent portrait de la finance responsable au Québec publié en novembre dernier par l’Institut de recherche en économie contemporaine du Québec (IRÉC) en collaboration avec CAP Finance et le ministère de l’Économie et de l’Innovation. L’étude repose sur les activités de plus de 90 organisations actives dans la province de la fin de 2016 à la fin de 2019.

PLACEMENT RESPONSABLE : DES ACTIFS EN HAUSSE

En matière de placement responsable (PR), les actifs s’élevaient à plus de 663 G$ au 31 décembre 2019, soit une croissance triennale de 50 %. Ce total comprend 309,96 G$ émanant de détenteurs d’actifs (assureurs, caisses de retraite, fondations) et 353,19 G$ provenant de gestionnaires d’actifs (banques et gestionnaires de fonds).

Les actions (37 %), les titres à revenus fixes (37 %), les placements privés (7 %) et l’immobilier (6 %) représentent toujours les quatre principales classes d’actifs du PR, dans des proportions qui ont toutefois évolué par rapport à 2016.

L’ensemble des répondants du sondage affirment prendre en compte les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance pour mieux gérer leurs risques financiers. Pour 80 % d’entre eux, encourager la croissance d’entreprises socialement responsables fait partie de leur mission.

L’accès limité aux données ESG des entreprises et des fonds et les problèmes d’évaluation des risques que cela entraîne constituent les principaux obstacles à la croissance du PR, selon les sondés.

INVESTISSEMENT RESPONSABLE : UN BOND IMPORTANT

Du côté de l’investissement responsable (IR), les actifs totalisent 36,7 G$ (+ 162% en trois ans), soit environ 35,6 G$ en capital de risque et en capital de développement et environ 1,19 G$ en finance solidaire. Les différents types de prêts (garantis, sans garantie, participatifs, quasi-équité) sont de loin la forme de financement la plus utilisée, suivis par les prises de participation, les débentures, des garanties de prêt et des subventions.

Les acteurs de l’IR sont particulièrement présents dans les secteurs de la fabrication et de la transformation, du tourisme, de l’hébergement et de la restauration, des services aux entreprises, le transport et l’entreposage. Certains obstacles nuisent toutefois à la croissance de l’IR : le manque d’information sur l’IR et les enjeux ESG au sein de l’industrie financière, la rareté des opportunités d’investissement, le déficit d’accompagnement technique et le manque de données sur les pratiques ESG des entreprises.

ACCÉLÉRATION À PRÉVOIR

Il n’en reste pas moins que la finance responsable mobilise désormais environ 68 % de l’épargne collective totale des Québécois (1028,4 G$). Le fait qu’elle ait doublé depuis 2013 constituerait un signe encourageant quant à l’avenir de la FSR au Québec, peut-on lire dans le rapport.

Selon l’auteur, X. Hubert Rioux, chercheur à l’IRÉC, le contexte bien particulier engendré par la crise sanitaire, laisse croire qu’on serait à « l’orée d’une nouvelle accélération » de l’intégration des préoccupations environnementales, sociales et/ou de gouvernance (ESG) aux politiques et aux stratégies de placement, d’investissement et d’engagement actionnarial des organisations.

« La déstabilisation des chaînes de valeur et d’approvisionnement, le ralentissement drastique de l’activité industrielle et de la consommation, les pénuries momentanées dans les secteurs pharmaceutique, agroalimentaire et de l’équipement médical, l’effondrement du tourisme et de l’industrie aérienne, l’instabilité boursière, les tensions géopolitiques, les programmes massifs d’assouplissement quantitatif et la recrudescence du protectionnisme et du nationalisme économique accompagnant la relance en cours ont en effet mis en exergue l’importance d’une prise en compte systématique des risques financiers associés aux enjeux ESG », écrit-il.